Après «Micro de feu», couronné de l’Olivier du meilleur spectacle de l’année en 2010, Martin Petit donne encore une fois dans l’incandescence avec ce nouveau spectacle nommé «Pyroman», où il s’amuse à river le clou à la rectitude politique.

Martin Petit: le feu sauvage de l’humour

CRITIQUE / Neuf ans que Martin Petit n’avait pas mis les pieds sur une scène pour un «one man show». Le bonhomme n’a pas paru trop rouillé, lundi soir, à la salle Albert-Rousseau. En tirant un peu dans toutes les directions, l’humoriste a forcément fait mouche à plusieurs reprises, mais l’absence de ligne directrice s’est souvent fait cruellement sentir.

Après Micro de feu, couronné de l’Olivier du meilleur spectacle de l’année en 2010, l’humoriste donne encore une fois dans l’incandescence avec ce nouveau spectacle nommé Pyroman, où il s’amuse à river le clou à la rectitude politique. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Ainsi en est-il, dans le premier cas, des numéros sur les handicapés, Petit se demandant en quoi un sourd avait le privilège de se stationner près de la porte, au centre commercial.

L’humoriste perd des points lorsqu’il s’agit de s’en prendre aux musulmans, à travers l’exemple vécu d’un groupe de soldats expulsés de l’Armée canadienne pour s’être livrés à des jeux sexuels devant un exemplaire du Coran. La plupart des gens dans l’assistance n’avait jamais entendu parler de cet incident. Léger malaise. Ce segment s’est rapidement dégonflé, tout comme sa perception des femmes portant la burka. «Je ne suis ni pour ni contre, mais quand j’en vois, je leur donne des bonbons.» Sa blague sur le ramadan n’a pas fait long feu, pour rester dans le titre du show...

C’est lorsqu’il ne cherche pas être incisif à tout prix sur des sujets sensibles que Petit marque des points. Il est impayable dans sa capacité à tourner en ridicule les obsessions de notre époque. À commencer par les réseaux sociaux, sujet incontournable s’il en est un. Rien ne l’énerve davantage que de voir des «amis» afficher leur temps au marathon. Si ces athlètes de la longue distance font preuve d’une telle vantardise, croit-il, c’est «qu’ils se font ch… par ceux qui font des Ironman» sur ces mêmes réseaux sociaux.

Si, comme lui, vous trouvez que Facebook, Twitter et cie sont devenus des déversoirs de fiel et d’injures, Petit a la solution parfaite : un logiciel qui bloquerait d’envoyer des messages scabreux remplis de fautes. «Me semble que ça résoudrait ben des affaires...»

Un bon gag, un autre moins bon, un autre excellent, le suivant non, il en a été ainsi une bonne partie de la soirée. C’est ce qu’on appelle un show en dents de scie. Le décrochage scolaire, les cours d’éducation sexuelle à l’école où les photos sont trop suggestives, le mouvement #MeToo, la prolifération des journées thématiques à longueur d’année, les menstruations, la pédophilie de Michael Jackson, les désavantages d’avoir atteint le cap de la cinquantaine («Il est temps «d’enlever des choses de ta bucket list. Oublies ça la semaine de party à Ibiza.»), Petit a de toute évidence vu trop large et trop grand.

Martin Petit sera de retour à la salle Albert-Rousseau le 6 février 2020.