«Des corps en migration/numérisation, Vue de la mer» à la Galerie des arts visuels

Martin Beauregard: le flux des migrants en deux temps

D’une embarcation à demi submergée, le mouvement des vagues grises nous laisse voir des objets épars. Ils se greffent les uns aux autres pour s’élever sur d’étranges antennes paratonnerres, pendant qu’une voix donne les cotations boursières.

En utilisant la simulation numérique, Martin Beauregard a créé deux films sur les migrants à voir à la Galerie des arts visuels. Le premier, présenté jusqu’au 17 novembre, se déroule en mer et est projeté dans une salle remplie de canots gonflables orange vif, qui gisent comme des coussins en attendant d’éventuels spectateurs. Le second film, qui sera présenté du 21 novembre au 15 décembre, nous ramènera sur la terre ferme, dans une salle remplie d’abris de fortune, en feuilles de tôles et en bois.

Le professeur en création et nouveaux médias à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue a travaillé avec une équipe pour créer cet univers mouvant, sans humains, où les objets de première nécessité, des matériaux de construction et des articles domestiques voguent à la dérive. En utilisant un logiciel qui permet de créer des scènes de jeux vidéo, il mixe programmation et esthétisme, données financières et mouvements migratoires.

«Je m’intéressais à la manière dont on médiatise le phénomène migratoire à travers le traitement de données et la technologie numérique. La reproduction de statistiques, le contrôle des frontières et l’utilisation de la surveillance vont influencer des choix politiques et économiques. On est très loin des récits et de l’expérience vécue de la migration», explique-t-il.

Des corps en migration/numérisation, Vue de la mer à la Galerie des arts visuels

Vocabulaire désincarné

Le vocabulaire particulier, désincarné, qui comprend des mots comme «flux migratoire» et «masse», l’a inspiré. «On a l’impression que les gens, comme dans un film de zombies, grimpent sur les clôtures aux frontières et s’empilent les uns sur les autres», illustre-t-il. Il a cherché une manière, avec le mouvement des objets et des éléments naturels, d’évoquer l’idée de survie et la pulsion de vie qui pousse les humains à continuer, même dans un état de précarité extrême.

Dans le second volet de l’exposition Des corps en migration / numérisation, on reconnaîtra des objets du premier film, traînés par des porteurs aux corps morcelés faits de haillons, de jeans usés et de bottes disparates. On sentira le mouvement de la marche interminable, après la houle des vagues.

L’artiste donnera une conférence le 21 novembre à 16h. 

L’exposition se poursuit jusqu’au 15 décembre au 295, boulevard Charest Est. Info : www.galerie.art.ulaval.ca