Adam Levine et James Valentine, respectivement chanteur et guitariste de Maroon 5.

Maroon 5, entraînant avant militant

NEW YORK — Avec les tensions exacerbées à travers le monde, l’heure n’est pas à la chanson militante selon le groupe Maroon 5, mais plutôt à celle de la fête et de la danse.

Les rockeurs-pop habitués à occuper le sommet des classements des meilleures ventes ont publié vendredi leur sixième album, Red Pill Blues. Cet opus est une série de chansons entraînantes teintées de funk, puisant à profusion dans les drames émotionnels des relations humaines.

Adam Levine, le chanteur du groupe, dont l’étonnante voix de fausset donne une nouvelle fois de l’élan à la musique, n’éprouve aucune gêne de ne pas avoir emboité le pas de nombreuses stars de la pop ayant politisé leurs albums sortis cette année. Selon lui, il peut compter sur les doigts d’une main les chansons militantes réussies.

«Je peux vous dire à cet instant que chaque parolier qui s’est assis en disant “Je vais écrire une chanson qui va changer le monde”, n’a probablement pas fait ça», a dit à l’AFP le chanteur de 38 ans, se prélassant dans la suite d’un hôtel new-yorkais.

Celui qui est devenu un personnage incontournable de la culture pop américaine depuis qu’il est l’un des jurés de l’émission The Voice, affiche néanmoins ses opinions politiques, orientées à gauche.

Il critique notamment le président républicain Donald Trump sur les réseaux sociaux et soutient depuis longtemps les droits des homosexuels.

«Parfois les gens dévalorisent beaucoup l’existence de la musique pop en disant “c’est stupide, écrivons une chanson de protestation”. Mais c’est une façon extrêmement étroite d’esprit de la considérer», a poursuivi Adam Levine. «Je pense que la musique pop a un niveau de sophistication qui, parfois, n’est pas identifié».

«Publier les bonnes chansons au bon moment est extrêmement important et une forme artistique sous-appréciée», a-t-il relevé, ajoutant après une brève pause: «à mon humble avis».

Science-fiction

Le titre de l’album, Red Pill Blues, fait malgré tout une subtile référence à l’époque actuelle. Elle renvoie au film culte de science-fiction Matrix (1999) dans lequel le héros Neo doit choisir entre la pilule rouge de la connaissance et la pilule bleue de l’ignorance.

Cet opus marque une avancée supplémentaire de Maroon 5 dans les effets en studio. Le groupe a été salué pour ses titres teintés de soul comme She Will Be Loved (2002) ou pour des chansons plus dance comme Moves Like Jagger (2010).

Cette fois, le synthé se fait plus minimaliste et mélodieux sur Best 4 U, Plastic Rose et sur les premiers extraits Don’t Wanna Know et What Lovers Do.

Le groupe a collaboré avec des vedettes du moment comme les rappeurs Kendrick Lamar et Future ou encore les chanteuses SZA et Julia Michaels.

Selon le guitariste James Valentine, le groupe a passé moins de temps ensemble en studio à cause du planning de The Voice, mais ils ont pu expérimenter le bon côté des techniques modernes d’enregistrement comme le partage de fichiers électroniques entre tous les contributeurs.

Adam Levine parle sur la plupart des titres d’amours passées ou présentes mais il a pris soin de ne pas avoir des textes trop ouvertement personnels.

«Je ne veux pas faire un disque rempli de chansons disant que mes problèmes sont ce qui est vraiment important et que ce que les gens pensent de moi est le plus important», a-t-il expliqué.

Mais, selon lui, «c’est en quelque sorte une réflexion sur une expérience collective dans la musique — “je te fais du mal, tu me fais du mal, nous nous faisons du mal”. C’est un thème universel de la musique pop».