Steve Hogarth, bien en voix, semblait possédé durant les portions les plus intenses des compositions.

Marillion enflamme l'Impérial

CRITIQUE / Le nouvel album de Marillion, Fuck Everyone and Run (FEAR), a beau être son plus sombre, les sourires fusaient tant sur scène que dans la foule, mercredi, à l'Impérial. Les Britanniques, heureux de renouer avec leur public, ont offert une performance de haut niveau, qui avait de quoi combler les plus exigeants.
Les vétérans du prog rock avaient concocté un concert généreux, réunissant de récentes compositions, certes, mais aussi plusieurs titres au long souffle, qui ont jalonné son parcours des trois dernières décennies. Invisible Man a habilement ouvert le bal. Tandis que la formation s'exécutait, le chanteur Steve Hogarth est apparu sur des projections dans la peau d'un personnage arborant lunettes, veston et cravate. La chanson, aux nombreux changements de teintes, a fait mouche. Il devait en être ainsi tout au long de la soirée... Il faut dire que le quintette défendait son matériel avec une grande justesse, technique et émotive. Hogarth, bien en voix, semblait possédé durant les portions les plus intenses des compositions, le claviériste Mark Kelly était invariablement efficace dans ses choix de couleurs sonores, tandis que le guitariste Steve Rothery a servi maints solos gorgés de sensibilité, notamment dans le classique Neverland.
Fait intéressant, le concert, qui a bénéficié d'une excellente qualité sonore, permettait de jauger combien Marillion a pondu des titres mémorables à toutes les époques de sa carrière, que ce soit dans les années 80, où Fish était au micro, avec Sugar Mice, au milieu de la décennie suivante, avec une formidable King, où le batteur Ian Mosley était une tempête derrière ses fûts, ou encore dans les années 2000, avec Sounds That Can't Be Made
Et comme l'inspiration n'a pas quitté la bande, les compositions récentes ont aussi vraiment bien marché, comme la mélodique Living in Fear ou l'ambitieuse suite The New Kings, qui traite des excès du capitalisme et qui est clairement devenue un nouvel incontournable - l'accueil de la foule ne permettait pas d'avoir le moindre doute à ce sujet.
Les vétérans du prog rock ont concocté un concert généreux, réunissant de récentes compositions, mais aussi plusieurs titres au long souffle.
Durant sa longue carrière, Marillion s'est aventuré dans plusieurs directions; or il était intéressant de voir combien la proposition de mercredi affichait une belle cohérence dans sa diversité. Les fans, qui avaient très bien rempli l'Impérial, n'y ont d'ailleurs pas été insensibles, réclamant longuement un premier rappel, qui aura pris l'allure de l'épique El Dorado, une autre chanson flambant neuve, appréciée. Mais un deuxième rappel costaud, amorcé par le toujours solide Pete Trewavas à la basse, attendait les spectateurs : This Strange Engine. Celle-là a achevé de propulser l'Impérial dans la stratosphère, avec un Hogarth qui s'est permis d'improviser quelques paroles pour s'adresser aux fans. On n'avait qu'un mot rendu là : wow!
Décidément, les cinquantenaires vieillissent bien : leur source d'inspiration ne s'est pas tarie et ils ont encore le don de concocter et de défendre des spectacles remarquables.
Wesley, un peu trop solo...
John Wesley, qu'on connaît bien pour avoir oeuvré auprès de Fish et de Porcupine Tree, s'est chargé de chauffer les planches. Le guitariste et chanteur américain s'est pointé seul sur scène. S'il est talentueux, on ne peut pas dire que son passage aura été mémorable. S'accompagnant uniquement à la six cordes électrique ou faisant appel à des bandes préenregistrées, il n'a jamais vraiment réussi à faire lever son matériel. À vrai dire, c'était plutôt ennuyant, tant musicalement que visuellement.