Marie-Pier Lagacé signe son premier texte avec «Celle qu’on pointe du doigt».

Marie-Pier Lagacé: rattrapée par la réalité

Marie-Pier Lagacé a commencé à écrire «Celle qu’on pointe du doigt» en 2015, mais l’idée de cette pièce de théâtre articulée autour d’un infanticide, elle la mijote depuis huit ans. Parce qu’elle s’intéresse à la part d’ombre qui se cache en tout être humain et parce qu’elle pense que quiconque, une fois poussé dans ses derniers retranchements, peut vouloir passer à l’acte. Puis, elle a vu apparaître dans les médias le visage d’Audrey Gagnon, accusée du meurtre de sa fillette de deux ans, Rosalie, trouvée morte dans une poubelle au printemps dernier. Le choc.

«J’ai eu une claque dans la face. J’ai fait des recherches, je sais que ça existe, ces choses-là. Mais on a toujours l’impression que ça n’arrive pas chez nous. Que la fiction soit rattrapée par la réalité comme ça, ça m’a vraiment [choquée]», raconte l’auteure et comédienne, qui campe le rôle principal du spectacle. 

«C’était vraiment troublant. J’ai même hésité. Je me suis dit : “mon dieu, on n’a plus le droit de parler de ces choses-là parce que c’est trop frais dans la mémoire collective”», ajoute celle qui a choisi d’aller de l’avant. Parce que de voir son sujet rebondir dans l’actualité, «ça souligne l’importance de parler de ces affaires-là», croit Marie-Pier Lagacé. 

La voix douce et le regard pétillant, la jeune auteure — elle signe ici sa première pièce — le précise d’emblée : son texte ne brosse pas le récit d’un infanticide, mais décrit plutôt le cheminement qui a poussé son personnage à commettre l’irréparable. Et si le sujet est grave, le spectacle a aussi ses zones de lumière, promet-elle. 

Quand la pièce commence, la jeune mère est déjà incarcérée. «À coup de flashbacks et de ce qu’on devine être des entretiens avec son psychologue, on revoit ses souvenirs et on découvre des pistes de ce qui aurait pu l’amener là : des enjeux relationnels, une rupture, un lien avec sa mère qui est difficile, détaille Lagacé. Mais il n’y a pas de réponse. J’ouvre une porte, je pose des questions. Après, c’est au public de se faire une idée. Est-ce que c’est pardonnable? Est-ce qu’on peut passer par-dessus ça?»

La goutte qui fait déborder le vase

Marie-Pier Lagacé a eu l’idée de créer une pièce abordant l’infanticide pendant sa formation universitaire, alors qu’elle avait bonifié son programme en théâtre de cours de criminologie. «On étudiait les facteurs qui peuvent prédisposer quelqu’un à devenir un criminel, précise-t-elle. Je me reconnaissais dans certains de ces facteurs. Au point où je me suis demandé : “quand est-ce que ça va m’arriver? Ça va être quoi la goutte d’eau qui va faire déborder le vase?”»

Elle évoque des exemples comme un milieu défavorisé, la pauvreté, une famille dysfonctionnelle... «Évidemment, tout ça ne s’applique pas à moi, mais quand tu te reconnais dans de petites choses, tu peux avoir un questionnement, précise-t-elle. Et je me dis que ça peut arriver à tout le monde. Des raisons de tuer, on en a tous. Évidemment, on ne passe pas tous à l’acte. Mais une blessure assez grande pour avoir envie de poser ce geste-là, je pense que ça peut arriver à tout le monde.»

Marie-Pier Lagacé croit que si elle n’avait pas été comédienne, elle aurait sans doute œuvré dans le service social. En ce sens, elle espère qu’aborder sur scène des sujets comme l’infanticide puisse susciter la réflexion. «Mon point est de voir ce qu’on peut faire en tant que société pour aider ces gens-là avant qu’il soit trop tard, avance-t-elle. Le titre le dit, c’est extrêmement facile de juger ces gens-là. On s’enflamme super rapidement sans prendre le temps de considérer tous les faits, tout ce qui a pu mener cette personne-là à poser ce geste. Si on avait accès à l’intérieur de la situation, peut-être qu’on pourrait voir ce qu’on aurait pu faire pour éviter ça...»

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  • Quoi: Celle qu’on pointe du doigt
  • Quand: du 2 au 20 octobre
  • : Premier Acte
  • Billets: 28 $
  • Info.: www.premieracte.ca