Sept ans après la première émission, «Plus on est de fous, plus on lit», pilotée par Marie-Louise Arsenault, cartonne. Les cotes d’écoute disent l’attachement des auditeurs au rendez-vous hors normes.

Marie-Louise Arsenault à micro ouvert

À la barre de Plus on est de fous, plus on lit, Marie-Louise Arsenault a dû recevoir à peu près tous les auteurs de la province sur son plateau. Elle croisera probablement certains d’entre eux la semaine prochaine, alors qu’elle fera une première trempette aux Correspondances d’Eastman. Pour une rare fois, elle ne sera pas aux commandes. C’est le journaliste Dominic Tardif qui, lors d’une longue entrevue, lui tendra le micro pour jaser des coulisses de son show de radio.

Des secrets, des moments forts, des moments fous, il y en a dans une saison. Beaucoup. C’est le propre du direct et d’une console autour de laquelle gravitent plusieurs voix: le mémorable s’invite souvent. 

Ça va de la prise de bec sur le plateau à l’interlocuteur un peu trop «coquetel» dans les studios de Paris (allo, Katherine Pancol) où, décalage horaire étant, l’heure de l’apéro est déjà bien dépassée lorsque c’est le moment d’entrer en ondes. Ça va d’un Claude Péloquin qui dérape en ondes à une Catherine Millet qui, en pleine vague du mouvement #moiaussi, assure qu’on devrait voir « dans une caresse insistante une forme d’hommage ». Ça va de segments musicaux touchants où une Lisa Leblanc fait pleurer tout le studio jusqu’aux confidences d’un Yves Jacques qui raconte ses regrets d’avoir choisi son métier au détriment du reste. 

«L’un des moments marquants reste cette fois où on avait repris La guerre des mondes de H. G. Wells, en l’adaptant au Québec. Dans notre version, ça se passait à Sherbrooke. Ça avait créé une petite commotion. Certains pensaient que ça se passait pour vrai. Un monsieur avait même fermé son usine. Radio-Canada avait reçu une mise en demeure», se souvient l’animatrice. 

Sept ans de Plus on est de fous

Sept ans après la première, l’émission occupe deux heures de temps d’antenne. Deux heures qui cartonnent. Les cotes d’écoute disent l’attachement des auditeurs au rendez-vous hors normes que pilote Marie-Louise Arsenault. 

C’était pourtant un audacieux pari que celui d’ancrer une quotidienne radiophonique à la littérature. Même à la Première chaîne de Radio-Canada, il fallait oser le faire. Heureusement, il y avait des gens pour y croire, des gens pour donner des cartes blanches, des gens pour rêver grand. «Le secret du rayonnement qu’on a eu au départ a peut-être à voir avec le fait qu’au début, l’émission était diffusée en direct, le soir. Quand on l’a conceptualisée, on avait cette idée-là en tête, on l’a pensée avec une certaine audace, en prenant des libertés, en imaginant un cabaret, par exemple. On a bâti un show sans limites, en phase avec le créneau de soirée qui était le nôtre», explique-t-elle.

Sauf que. L’année suivante, question de budget, le rendez-vous littéraire héritait d’une nouvelle case, en après-midi. L’équipe a embrassé le changement d’horaire sans entamer sa formule ni son esprit. 

L’idée, avant comme maintenant, c’était d’explorer la parole, les mots, tous leurs possibles.

«Dans le fond, on fait un talk-show. D’ailleurs, beaucoup de nos auditeurs ne sont pas nécessairement des lecteurs. Les livres sont un prétexte pour causer de l’amour, de la mort, de la philosophie, du sport, de la société, de la science, de la technologie, de tout.» 

Intérêts pluriels

La sympathique animatrice est à l’autre bout du fil comme à la radio. Débit rapide, parole franche et claire, intérêts pluriels. 

Coup d’œil à ses lectures récentes: elle a adoré le dernier essai de Raphaël Liogier (Descente au cœur du mâle), «une analyse dans laquelle il s’en prend à la façon dont on éduque les hommes sexuellement», elle a dévoré un ancien titre d’Arturo Pérez-Reverte (La reine du sud) «divertissant et vraiment bien écrit» et elle parle avec bonheur de son coup de cœur du printemps, le dernier roman de Philippe Claudel, «L’Archipel du chien, une espèce de fable en forme de thriller qui est une lecture de notre monde, où il est question de la crainte des immigrants et du pouvoir de l’argent».

Des intérêts pluriels, on l’a dit.  

«J’ai toujours aimé lire. Comme j’ai une formation en journalisme et pas en littérature, je suis une lectrice “comme les gens”, je dirais. Parce que ma culture littéraire n’a pas été dictée par les études. Il y a plein de classiques que je n’ai pas lus, ou bien que j’ai lus plus tard dans ma vie. Mon approche est plutôt hétéroclite. Avec l’émission, mon horaire est articulé autour de la lecture. Chaque semaine, je passe mon dimanche et quelques soirées dans mes livres.» 

L’équipe, qui sera de retour en ondes le 20 août, planche déjà sur les émissions à venir. Des nouveaux segments s’ajouteront. comme à chaque année. Et l’emballage sonore sera tout entier remanié.

«On travaille beaucoup, mais peut-être que ce qui est moins apparent, c’est toute la place qu’occupe la créativité sur notre plate-forme. Et parce que le livre, c’est encore là que les idées émergent, on lance plusieurs sujets qui sont hors de l’actualité. Il y a beaucoup de discussions, on parle de ce qui nous choque, nous émeut, nous dérange, ça fait partie du travail quotidien de l’équipe. Et on a du fun en maudit!» 

Ce plaisir-là s’entend. Il se communique, aussi. 

«Chaque année, on reçoit des lettres de gens qui nous confient qu’on les a aidés à traverser une période plus difficile. Ça, ça me touche vraiment.»

Comme la touche le fait que l’émission a des échos tous azimuts. Dans des milieux aux antipodes.  

«J’ai toujours pensé qu’on pouvait être exigeant avec un auditoire. À Plus on est de fous, on n’a jamais nivelé par le bas et les auditeurs sont au rendez-vous. On rejoint des gens de tous les milieux et vraiment pas que des universitaires. Ça, pour moi, c’est essentiel parce que dans ce boulot, je souhaite parler au plus de monde possible. Un succès populaire, pour une émission comme la nôtre, c’est vraiment le plus belle récompense», dit celle qui reprendra aussi cet automne l’animation de l’hebdomadaire émission télévisée Dans les médias, à Télé-Québec.

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Vous voulez y aller?

Grande entrevue avec Marie-Louise Arsenault

Terrasse Québecor, 11 août à 13h

Entrée: 24 $ (12 $/étudiant)