L’humoriste belge Manon Lepomme vient au Québec présenter «Non, je n’irai pas chez le psy».

Manon Lepomme: croquer dans les névroses

L’humoriste belge Manon Lepomme vient tout juste d’avoir 30 ans. «J’avais très peur, je me demandais ce qui allait se passer, mais finalement il ne s’est rien passé du tout!» note-t-elle. Au bout du fil, ses réponses déboulent à vitesse grand V et laissent présager que les spectateurs qui se déplaceront pour les deux représentations québécoises de son spectacle Non, je n’irai pas chez le psy ne devraient pas avoir le temps de s’ennuyer.

Qu’est-ce qui vous amène à présenter deux spectacles au Québec?

«Le Québec est une plaque tournante de l’humour et aussi une référence pour moi. J’ai la chance de vivre avec quelqu’un en Belgique qui a un peu vécu à Montréal. C’était une étape supplémentaire dans ma carrière et l’occasion de voir ce que le Québec pensera de mon spectacle. C’est un peu l’inconnu, on ne va pas se mentir, mais je me réjouis vraiment.»

Avez-vous dû faire quelques adaptations?

«Comme je fais des adaptations lorsque je joue en France ou en Suisse. Je vais expliquer les expressions typiquement belges, mais on ne va pas non plus foncer dans le cliché de l’Européenne qui arrive au Québec en disant «caribou» et «tabernacle» à toutes les phrases.»

Merci de ne pas prendre cette voie!

«Il faut savoir que lorsqu’on est Belge, on est aussi victime de beaucoup de clichés. Quand on débarque en France et qu’on se fait parler de moules et de frites, c’est juste pénible. Alors je sais à quel point c’est énervant.»

Quelle est la ligne directrice de Non, je n’irai pas chez le psy?

«Mon personnage a plein de névroses et tous ses amis lui suggèrent d’aller consulter. Elle passe d’un sujet à l’autre en expliquant pourquoi elle n’ira pas chez le psy. En plus, sur scène, elle a une pâtisserie à laquelle elle ne doit surtout pas toucher, parce que maintenant qu’elle est comédienne, elle doit faire attention à sa ligne. C’est un combat perpétuel contre la gourmandise… Alors pour passer au travers, elle parle de sa vie.»

Est-ce l’occasion de parler de la trop grande importance que certains accordent à l’apparence des femmes qui ont une vie publique?

«Il y a des messages qui vont vers ça, mais ce n’est pas exprimé de manière frontale. Elle n’hésite pas à parler fort, à dire des choses un peu crues, même si c’est une femme.»

Manon Lepomme

Y a-t-il des enjeux particuliers en Belgique lorsqu’on est une femme humoriste?

«Je croyais que non, mais je me rends compte que si. On juge encore beaucoup les femmes sur leur physique, on va dire d’une femme humoriste qu’elle est drôle, mais aussi vraiment belle, alors qu’on s’en fout. J’espère qu’on m’engage parce que je suis drôle et non pas parce que je suis une femme.»

Comment êtes-vous passée d’études en sciences politiques au métier de professeur de langues à celui d’humoriste?

«Ah! ça, c’est la magie de la Belgique, le surréalisme à la belge. Je parle l’anglais et le néerlandais et comme il y a une grande pénurie de professeurs et que je n’aimais pas tellement être politicologue, j’ai postulé. J’aimais bien les étudiants, ils me faisaient beaucoup rire. J’en parle dans le spectacle. Sinon, j’ai toujours voulu être comédienne, mais mes parents voulaient que je fasse de «vraies» études.»

Abordez-vous des sujets politiques dans le spectacle, puisque c’est un peu votre champ d’expertise?

«Pas du tout! La politique en Belgique, c’est vraiment très compliqué. Parfois quand ça s’y prête, je fais de petites allusions, mais c’est tout. Il y a plusieurs moments un peu improvisés dans le spectacle où je réagis à ce qui se passe dans la salle, à l’actualité, mais j’ai surtout envie que les gens se marrent, qu’ils s’amusent.»

Alors dans quelles zones nous amenez-vous?

«Je parle de mes deux grands-parents, qui avaient la maladie d’Alzheimer. Ça m’a beaucoup touchée. Je me suis amusée avec eux, et non pas à leurs dépens, dans cette maladie. Sur une note plus absurde, je parle aussi du fait que j’adore pleurer et que je prends tous les moyens pour y arriver, comme aller dans des enterrements de gens que je ne connais pas.»

Vous avez remporté le prix du meilleur spectacle d’humour au Festival d’Avignon en 2018. Est-ce que ce fut un moment marquant dans votre parcours?

«C’est assez chouette, je suis très contente de ça. Ça fait une belle petite ligne sur une carte de visite. Mais c’est surtout l’année d’avant qu’Avignon a débloqué beaucoup de choses dans ma carrière. En France, notamment.»

Vous serez en tête d’affiche du Voo Rire de Liège. Qu’est-ce que ça représente pour vous?

«Dans ceux qui font la plus grande salle, le Forum, il y a trois femmes et un homme cette année. Je me suis dit que c’était bien, pour une fois, de voir la tendance qui s’inverse.»

Manon Lepomme sera en spectacle le 11 juin à la Comédie de Montréal et le 16 juin à 17h, à la salle D’Youville du Palais Montcalm à Québec.