D’entrée de jeu, je ne fais pas partie de ceux qui ont écouté le film de 2008 (lui-même issu de la comédie musicale de 1999) en boucle en chantant à tue-tête les chansons d’ABBA.

Mamma mia! Actif et ensoleillé

CRITIQUE / Était-ce possible de monter la comédie musicale Mamma Mia! sans débordements? On aurait dénaturé la chose… Serge Postigo et son équipe ont donc saupoudré généreusement des paillettes multicolores sur une production avec plusieurs points forts et quelques bémols.

D’entrée de jeu, je ne fais pas partie de ceux qui ont écouté le film de 2008 (lui-même issu de la comédie musicale de 1999) en boucle en chantant à tue-tête les chansons d’ABBA.

Dès les consignes d’usage, on signalait au public qu’on s’attendait à ce qu’il laisse exploser sa joie sans contrainte pendant la représentation. Ce qu’il ne s’est pas privé de faire à quelques moments forts.

L’aspect le plus impressionnant de la comédie musicale Mamma Mia! est sans contredit le travail chorégraphique de Steve Bolton, qui a guidé de main de maître une troupe aussi expressive qu’athlétique. La scène où Tanya (Karine Belly) répond aux avances de Pepper (Tommy Tremblay, qui va puiser dans son expérience en cirque pour quelques acrobaties) est l’une des plus réussies. Dès qu’elle jette sa jambe sur l’épaule du jeune homme pour un split vertigineux, le ton est lancé. On retiendra aussi la chorégraphie de Money Money Money, en début de spectacle, où les déguisements pleuvent dans une cascade de couleurs.

Comme par magie

Tout sur scène glisse et roule comme par magie, ce qui permet de changer de décor en quelques secondes. On passe en un éclair d’une vue paradisiaque sur la mer bleue et les maisons blanches de l’île grecque à un écran disco de points mauves qui volent dans tous les sens (et qui donnent légèrement le tournis).

Non, ce ne sont pas toutes les chansons qui sont des hits, certaines dégoulinent de sentiments et de nostalgie. Les chanteurs y naviguent avec une aisance (et une balance de son) un peu inégale, sous l’égide de Guillaume St-Laurent à la direction musicale et d’Estelle Esse à la direction vocale — qui a fait un bon travail avec le chœur.

Joëlle Lanctôt, qui joue Donna, sort tout son arsenal vocal dans The Winner Takes It All (qui devient, en français «Le vainqueur a tout pris»), tient la mélodie sans faillir pour les chansons plus introspectives de la deuxième partie, mais cherche un peu son souffle dans la chanson-titre du spectacle. Il faut dire qu’elle court entre des draps blancs répartis sur trois étages — un bel effet scénographique.

Romane denis charmante

Romane Denis, en Sophie, a la voix claire, forte et juste et exécute les chorégraphies avec une précision et un entrain qui l’honorent. Sa candeur et son discours articulé — qui contraste avec l’interprétation plus bouffonne d’une partie de la troupe, qui donne l’impression qu’elle joue dans La P’tite Vie — la rende charmante. Eloi ArchamBaudoin se démarque aussi vocalement dans le rôle de Sam, dont il pousse les accents lyriques, un aspect plus difficile pour Guillaume Borys en Sky et pour Hubert Proulx en Bill Austin, qui ne chante jamais vraiment.

Sauf au rappel, les chansons sont livrées en français. On se souvient encore de certaines tournures douteuses de la traduction des chansons de Grease, il y a quelques années. C’est heureusement beaucoup plus réussi ici. Les phrases coulent bien et certains mots-clés dans les refrains connus ont été conservés en anglais, ce qui aide à adhérer à la traduction.

Mamma Mia! est présentée à la salle Albert-Rousseau jusqu’au 14 septembre.