Dans moins de trois mois, la tour emblématique de la colline du Parlement s’éteindra pour au moins une décennie.

Malgré les travaux, le carillon du parlement ne sera pas réduit au silence

OTTAWA - Dans moins de trois mois, la tour emblématique de la colline du Parlement s’éteindra pour au moins une décennie.

Mais grâce en partie aux efforts de la carillonneuse nationale officielle, dont vous ne connaissiez sans doute pas l’existence, les célèbres cloches qui résonnent dans la tour de la Paix ne seront pas réduites au silence durant les travaux de rénovation de l’édifice du Centre, qui s’amorceront après Noël. Du moins pas tout de suite et pas pour longtemps.

On a promis à Andrea McCrady, qui occupe le poste de carillonneuse du Dominion, qu’elle pourra continuer à jouer de son instrument colossal jusqu’en 2021. Le carillon devra ensuite se taire, puisque tout comme l’édifice du Centre, il a grand besoin d’une cure de jouvence.

Selon Mme McCrady, le carillon sera opérationnel à temps pour jouer l’hymne national à l’occasion du centenaire de la tour de la Paix, le 1er juillet 2027.

Ainsi, tandis que les travaux de construction se poursuivront autour d’elle, la carillonneuse continuera d’emprunter l’ascenseur de la tour de la Paix pour se rendre, chaque jour de la semaine, à midi, dans la minuscule pièce sans fenêtre où se trouve son gigantesque clavier en bois.

Ses leviers s’apparentent à des bouts de manches à balai rattachés à des cordes métalliques. Chacun de ces fils est relié à un battant qui, une fois actionné, frappe une cloche en bronze, ce qui n’est pas une mince tâche considérant que certaines cloches pèsent plus qu’un éléphant.

Un carillon doit en comporter au moins 23, mais les plus imposants comptent au-delà de 70 cloches. Celui de la tour de la Paix en possède 53 pesant de 4,5 à plus de 10 000 kilogrammes.

Le carillon est l’un des plus grands instruments au monde, mais aussi l’un des moins bien connut. On en dénombre seulement 11 au Canada, sur un total d’un peu plus de 600 à travers le monde.

Beaucoup de gens se baladant dans le centre-ville d’Ottawa s’émerveillent au son des cloches du carillon, avant de passer au prochain parc ou à la prochaine statue. Mais pour quelques privilégiés, ce moment mélodique donne naissance à une véritable passion.

Les personnes ayant l’habileté ou du moins l’intérêt de jouer le carillon ont généralement eu la piqûre dès qu’ils en ont entendu la musique pour la première fois. Mme McCrady permet d’ailleurs souvent à des visiteurs de l’observer jouer.

«De temps en temps, quelqu’un me tape sur l’épaule et me demande: «Comment est-ce que je peux apprendre à jouer ça? « Et je dis, ‘’Oh, vous avez attrapé un cas de fièvre de la cloche et c’est incurable’’», raconte-t-elle.

Mme McCrady, qui était médecin de famille dans l’État de Washington avant de prendre sa retraite et de se consacrer à son art à temps plein, a été embauchée comme carillonneuse nationale en 2008.

Aucun Canadien qualifié n’avait alors postulé. Avec si peu de carillons au Canada, et seulement deux en dehors de l’Ontario, ce n’est pas un instrument des plus accessibles.

Mme McCrady a notamment travaillé à la mise en place de programmes éducatifs afin de développer le bassin de carillonneurs canadiens. Il y a maintenant un certificat en carillon à l’Université Carleton, ainsi qu’un baccalauréat en musique avec la possibilité d’une majeure en carillon.

Si vous passez par la tour de la Paix un jeudi ou un vendredi après-midi et que vous entendez des notes dissonantes, il s’agit sans doute d’un élève à qui Mme McCrady essaie de transmettre son art.