Droite et puissante, les traits et la silhouette altiers, Véronique Gens semble sortir tout droit d’une tragédie grecque.

Majestueuses envolées au Festival d'opéra

CRITIQUE / Véronique Gens et les Violons du Roy ont offert un concert-récital majestueux, lyrique, élégant et vif. La soprano française a une présence remarquable sur scène et une voix ensorcelante et le directeur musical Jonathan Cohen avait concocté un programme tout en arabesques pour compléter les airs. Ne manquait que quelques clés pour apprécier pleinement l’expérience.

Il est un peu étrange, déjà, d’isoler des airs d’opéra différents, chantés par différents personnages, pour les inclure dans un concert. On attrape une bribe d’histoire au vol, les paroles demeurent un peu abstraites et le chanteur doit se plonger chaque fois dans un rôle intense sans qu’aucune montée dramatique — outre celle de l’air lui-même — ne l’y ait préparé. Quelques phrases pour présenter les airs et les mettre en contexte dans le programme n’auraient pas nuit. Savoir que Phèdre entonne Cruelle mère des amours à l’Acte III d’Hippolyte et Aricie parce qu’elle attend son beau-fils, pour qui elle se languit, ne fait pas nécessairement partie du bagage de tout un chacun.

Cela dit, l’expérience a toutefois l’avantage de présenter, en condensé, le savoir-faire d’un interprète. Et quelle interprète! Droite et puissante, les traits et la silhouette altiers, Véronique Gens semble sortir tout droit d’une tragédie grecque. Lorsqu’elle chante Rameau et Gluck, en français, elle navigue entre les sons et propulse ses aigus de divine manière, sans jamais perdre de vue le sens de ses paroles. L’air tiré d’Iphigénie en Aulide nous a donné un vibrant aperçu de sa maîtrise du rôle-titre. Accompagnée par les coups d’archets incisifs et la contrebasse qui claque comme l’éclair, la soprano s’est montrée dans toute sa puissance.

Lumineuse éclaircie

En deuxième partie, Vado, ma dove o Dei! de Mozart est apparu comme une lumineuse éclaircie. La voix à la fois limpide et fleurie de Mme Gens pendant cet air en italien faisait de splendides envolées. Dans Ah! Perfido de Beethoven, toujours en italien, l’intensité des notes soutenues par un souffle agile et un passage appuyé par des pizzicatos étaient de toute beauté. 

Entre les apparitions de la soliste, les Violons du Roy ont joué une série d’airs variés aux contrastes parfois acrobatiques. Une pièce lyrique et sereine tirée de Les Boréades, un extrait un brin pompeux mais amusant de Les Indes galantes et un segment à la fois élégant et d’une belle profondeur sonore de Dardanus se sont succédés en première partie. Trois trépignants interludes de Mozart pendant la seconde ont notamment permis d’apprécier le jeu du joueur de hautbois Jean-Luc Côté. 

Le concert était présenté vendredi soir au Palais Montcalm. Le Festival d’opéra se poursuit jusqu’à dimanche et se terminera par un récital de Magali Simard-Galdès au Musée national des beaux-arts du Québec. Info: festivaloperaquebec.com