Shimu (Rikita Shimu), au centre, va se lever debout pour obtenir de meilleures conditions de travail dans leur atelier de textile.
Shimu (Rikita Shimu), au centre, va se lever debout pour obtenir de meilleures conditions de travail dans leur atelier de textile.

Made in Bangladesh: on est au coton *** 1/2

CRITIQUE / Quiconque a vu le percutant documentaire On est au coton de Denys Arcand (1970, mais censuré jusqu’en 1976) sera saisi d’effroi, 50 ans plus tard, par Made in Bangladesh. Rubaiyat Hossain a utilisé la fiction, mais son touchant et sidérant long métrage décrit avec autant d’acuité l’exploitation des femmes dans les usines de textiles et leur lutte pour obtenir des conditions de travail décentes.

J’écris fiction, mais le drame s’ancre fortement dans la réalité puisqu’il «recrée» l’histoire vraie d’une ouvrière de Dacca à l’origine du premier syndicat féminin au Bangladesh. Et qu’il renvoie directement à l’effondrement de l’immeuble Rana Plazza qui avait causé la mort de 1 130 travailleurs du textile le 24 avril 2013 à Dacca.

Shimu (Rikita Shimu), 23 ans, l’héroïne du récit — j’utilise le terme à dessein — y fait allusion dès le début. C’est que Made in Bangladesh commence, après quelques plans de l’atelier de misère surchauffé, surpeuplé et bruyant, avec une alerte incendie. Paniquées, les pauvres femmes se ruent dans l’escalier en se bousculant, la catastrophe du Rana Plazza fraîche dans leurs esprits.

Le surlendemain, Shimu est interpellée par une syndicaliste, qui l’informe de leurs droits. L’idée commence à faire tranquillement son chemin. Mais la jeune femme joue un jeu dangereux dans cette société patriarcale répressive. Il faut éviter d’attirer l’attention des gérants, mais aussi de Sohel (Mostafa Monwar), son mari tire-au-flanc possessif. Et convaincre ses consœurs. «Il n’y a pas de loi pour les pauvres», lance l’une d’elles.

Made in Bangladesh s’attarde donc à son parcours, qui n’est pas sans rappeler celui de Norma Rae (Martin Ritt, 1979) avec Sally Field dans le rôle-titre. Déterminée, la modeste ouvrière tente de franchir les étapes lui permettant d’obtenir une première convention collective malgré les accidents de parcours — son amie Reshma (Deepanita Martin) y perdre son emploi.

Au passage, la réalisatrice Rubaiyat Hossain nous révèle aussi des pans de la société bangladaise, l’intimidation envers les femmes, souvent traitées comme des moins que rien; la corruption rampante; l’aveuglement volontaire des exploitants dans leur course au profit.

À un moment où la volonté de Shimu flanche, il y a cette séquence révélatrice. Elle apprend que le prix de deux ou trois gilets vendus en Occident comble un mois de son salaire. L’ouvrière en coud plus de 1000 par jour… Shimu va repartir au front, quoi qu’il en coûte.

On s’en doute, Made in Bagladesh adopte une approche documentaire, qui permet de découvrir les conditions de travail renversantes, mais aussi Dacca, mégapole surpeuplée et cacophonique. Dépaysement assuré.

Le film permet aussi de découvrir Dacca, mégapole surpeuplée et cacophonique.

Le schéma narratif propose un antagonisme somme toute simpliste, voire manichéen, mais la cinéaste a évité le misérabilisme. Elle mise également sur un quatuor de femmes fortes et attachantes, en particulier sa protagoniste principale, bien rendue par Rikita Shimu. Le film se concluant sur une fin ouverte, j’aurais volontiers pris une suite.

Présenté en première mondiale au Festival de Toronto (TIFF) et couronné de quelques prix, Made in Bangladesh évoque le fait que derrière chaque étiquette de vêtement, il y a quelque 4,5 millions de salariés du textile, dont 80% de femme. Et plus ça change, plus c’est pareil...

Made in Bangladesh est disponible en version originale avec sous-titres anglais sur la plateforme du Cinéma du Parc.

Au générique

Cote: *** 1/2

Titre: Made in Bangladesh

Genre: drame

Réalisatrice: Rubaiyat Hossain

Acteurs: Rikita Shimu, Novera Rahman, Deepanita Martin

Durée: 1h35