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Madame Claude (Karole Rocher) règne à Paris sur un réseau de prostituées de luxe à la fin des années 1960.
Madame Claude (Karole Rocher) règne à Paris sur un réseau de prostituées de luxe à la fin des années 1960.

Madame Claude : Sexe et secrets d’État *** [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / La fascination qu’exerce Madame Claude, Fernande Grudet de son vrai nom, se poursuit avec ce drame biographique que lui consacre Sylvie Verheyde. Son sulfureux portrait de la célèbre reine du proxénétisme peint une femme complexe brûlant d’une rage intérieure prête à exploser. Mais aussi une société machiste qui va chercher à la broyer quand son immunité devient menaçante aux yeux de l’État français et de sa police.

Le film s’intéresse surtout à la période (1968-1972) où Madame Claude (Karole Rocher) loge au faîte de son pouvoir. Elle prend sous son aile Sidonie (Garance Marillier, révélée dans Grave), jeune femme de la haute qui causera sa chute en raison de ses origines.

Il se développe un lien complexe de confiance et d’affection entre les deux. De toute évidence, Sidonie voit en son aînée une figure maternelle alors que celle-ci voit en sa protégée une figure de substitution pour sa fille. Madame Claude entretient une relation amour-haine avec son enfant unique, sa grossesse l’ayant «forcé» a adopté son mode de vie sulfureux (croit-elle).

Elle règne sur un réseau de 200 prostituées, triées sur le volet. Elles sont belles, éloquentes et bien traitées, versant en échange 30 % de leurs gains. Madame Claude recueille aussi les confidences, qu’elle refile à la police ou aux services secrets en échange d’une protection tacite.

Mais on ne dirige pas un tel système sans se faire des ennemis et susciter des rancœurs. Et plusieurs ne peuvent supporter cette réussite — nous sommes au début des années 1970, aux premiers jalons des revendications de la parité homme-femme.

Sexe et politique forment un couple explosif. Sylvie Verheyde propose quelques scènes explicites, mais sans insister. Elle porte surtout son attention sur les paradoxes de Madame Claude, dépeignant une ambitieuse impitoyable, motivée par l’appât du gain (qui lui offre une forme d’indépendance). «J’aurais aimé être un homme», lance-t-elle. Les comportements sont, en effet, plutôt masculins, jusque dans ses violentes colères.

Mais elle peut aussi se révéler protectrice et maternelle pour ses filles. Karole Rocher (Le bal des actrices, Les yeux jaunes des crocodiles) réussit à incarner avec beaucoup d’intensité cette femme forte qui ne mesure pas nécessairement toutes les facettes du jeu dangereux auquel elle se livre en titillant riches et puissants.

Sidonie (Garance Marillier) va devenir la préférée de Madame Claude et lui causer, bien involontairement, des ennuis.

Le chef de police (Benjamin Biolay) et Serge (Pierre Deladonchamps), son contact des services secrets, vont, en vain, la prévenir. Comme si Madame Claude souffrait d’une forme d’aveuglement volontaire. Ou se croyait au-dessus des contraintes du pouvoir en ayant JFK, Marlon Brando ou le shah d’Iran comme clients…

La reconstitution d’époque évite le tape-à-l’œil, l’utilisation de la musique s’avère judicieuse (notamment L’amitié de Françoise Hardy) et la réalisatrice cherche surtout à s’attacher aux émotions contradictoires qui agitent Madame Claude et Sidonie, souvent filmées en gros plans.

Elle occulte ainsi certains éléments de cette incroyable histoire, mais démontre suffisamment que le pouvoir politique s’est servi de la proxénète avant d’en disposer comme on jette un mouchoir…

Les temps changent, lui dit Serge à ce moment. Pas tant que ça...

Madame Claude est présenté sur Netflix.

Au générique

Cote : ***

Titre : Madame Claude

Genre : Drame biographique

Réalisatrice : Sylvie Verheyde

Acteurs : Karole Rocher, Garance Marillier, Roschdy Zem

Durée : 1h52