Lyne Fortin au Gala d’opéra sous les étoiles en juillet dernier. L’Hommage à Vienne l’enchante. «L’orchestre est immense, c’est gros, c’est bruyant, ça tourne au boutte, c’est vraiment le fun!»

Lyne Fortin: les hauts et les bas d'une impératrice

Lyne Fortin vit pour être sur scène, un univers qui lui semble beaucoup plus réel que la vie quotidienne. Alors que la soprano de l’Islet-sur-Mer célébrera le Nouvel An dans ses atours les plus extravagants pour l’Hommage à Vienne, Le Soleil en a profité pour prendre des nouvelles de la soprano qui brûle les planches à chacun de ses passages à Québec.

Pourtant, celle qui connaît une carrière exceptionnelle a trouvé le temps long en 2017. La présentation de la version concert de l’opéra Prima Donna de Rufus Wainwright à la Philharmonique de Paris et le Gala d’opéra sous les étoiles au Festival d’opéra de Québec n’ont pas comblé son appétit.

«Ça a été une trop petite année», laisse-t-elle tomber. Elle nourrit «de petits espoirs» pour 2018, mais n’a pas d’engagements à annoncer pour l’instant. «Il semble que la mode de me faire chanter soit passée», avance-t-elle. Le constat la peine, la fâche, même.

«Je vis sur la scène, c’est là que je suis à mon meilleur, le reste du temps je trouve ça plate!» expose la soprano. «Quelqu’un prenait de mes nouvelles dans un événement et m’a dit grosso modo qu’il fallait bien laisser la place aux jeunes. Je ne comprends pas pourquoi ce serait comme ça dans les arts, mais pas dans le milieu corporatif. Jeune, je veux bien, mais il faut qu’ils soient bons!» plaide la chanteuse qui, à 55 ans, est encore en pleine possession de ses moyens. 

Réparatrice de voix

Les jeunes, Lyne Fortin les aime bien. Même qu’elle leur enseigne depuis aussi longtemps qu’elle-même a appris à chanter. «Je veux qu’ils amènent le chant plus loin que moi je l’ai fait», note-elle. Chaque engagement s’accompagne d’une classe de maître ou de quelques cours privés. À la longue, elle s’est taillé une réputation de réparatrice de voix.


« Il semble que la mode de me faire chanter soit passée »
Lyne Fortin, qui nourrit «de petits espoirs» pour 2018, mais n’a pas d’engagements à annoncer pour l’instant

«Pour faire la musique qui est écrite, il faut avoir un instrument solide. Lorsqu’un pianiste ne joue pas, son instrument ne tombe pas en morceaux, mais nous, à chaque matin, on reconstruit notre instrument. Être chanteur, c’est un peu comme être athlète. Ça prend des années pour construire une voix. Beaucoup de gens ont de très belles voix, mais c’est comme avoir un très beau piano à la maison, ça ne fait pas de toi un pianiste, il faut savoir en jouer», explique-t-elle.

Elle-même a eu la peur de sa vie, à l’université, en apprenant qu’elle avait des nodules alors qu’aucun de ses professeurs ne l’avait détecté. «Je poussais, poussais, et personne ne l’entendait parce que j’avais une grosse voix, puissante. Je vois beaucoup plus de voix blessées chez les gens qui ont beaucoup de talent. Quand c’est beau, ça éclipse le reste», raconte la soprano. La pire erreur à faire serait de tenter de projeter sa voix. «Il faut considérer les personnes comme des émetteurs radio. Quand on est sur la bonne fréquence, le son porte automatiquement très loin.»

Pour elle, le chant est plus près du sport que de tout le reste. Il faut prendre soin de son corps, s’entraîner de la bonne manière, faire de la réhabilitation en cas de blessure. Elle-même a trouvé sa guérisseuse en la personne de Marlena Malas, qui enseigne à la prestigieuse Juilliard School de New York. Elle continue de lui rendre visite de temps en temps, question de s’assurer que tout est en ordre, mais aussi pour avoir la satisfaction de lui tirer une larme avec ses interprétations.

«Je crois que dans les milieux scolaires et académiques, l’enseignement du chant n’est pas aussi bon qu’il pourrait l’être. Mais évidemment, c’est un discours qui ne me rend pas très populaire auprès des institutions», indique la soprano.

L’Hommage à Vienne sera présenté pour la huitième année à Québec.

Pour l’Hommage à Vienne, qui sera présenté à Montréal pour la 20e année et à Québec pour la 8e, elle s’est fait plaisir en choisissant des pièces dans le vaste répertoire de l’Orchestre Strauss.

«L’opérette viennoise a un plus grand déploiement que l’opérette française. Ce n’est pas un répertoire que je fais souvent, donc j’ai dû travailler. L’orchestre est immense, c’est gros, c’est bruyant, ça tourne au boutte, c’est vraiment le fun!» résume Lyne Fortin, qui devrait difficilement résister à esquisser quelques pas de valse.

Le Nouvel An sur scène

Passer le Nouvel An sur scène l’enchante. «J’ai déjà commencé des répétitions d’opéra un 25 décembre», rappelle-t-elle. «Quand les gens se reposent, souvent, nous, on travaille.»

Ce qui ne l’empêche pas de préparer Noël et de se retrouver en famille. «J’ai fait mon arbre de Noël le 1er décembre et il est allumé en permanence. Pour moi, les Fêtes, c’est une grande période, pas seulement quelques jours», note la soprano. Elle fêtera en toute intimité avec sa mère et son frère cadet. «On retombe en enfance, on se lève de bonne heure le 25 pour jouer avec nos bébelles et manger du pain sandwich», raconte-t-elle.

Lors du passage à l’an 2000, elle était à Bruxelles, chez des gens qu’elle ne connaissait pas. «On a dansé dans les rues, bu, mangé du foie gras. Au Jour de l’An, c’est toujours facile de se faire de nouveaux amis.» Si elle n’a jamais chanté à Vienne ou passé les Fêtes dans la capitale autrichienne, elle y a tout de même été de passage pour visiter le célèbre château de l’impératrice Sissi. «Et c’est là que j’avais découvert qu’on pouvait commander du vin au McDo», note-t-elle. Notre cantatrice passe donc du foie gras au McDo? «On est des êtres humains avec beaucoup de fantaisie», plaide-t-elle en riant.

Pour le spectacle, elle a dû faire une plongée nostalgique dans les robes à froufrous confectionnées par sa mère. «Ça fait un peu partie de mon arsenal, autant j’ai des bibliothèques pleines de partitions, autant j’ai un garde-robe pleines de robes!» indique Lyne Fortin. Elle a arrêté son choix sur un triomphe de pastel, pêche, mauve et turquoise, et sur une robe scintillante verte et or et sertie de pierreries. «C’est entre Sissi et la Fée Clochette!»

VOUS VOULEZ Y ALLER?

  • Quoi: Hommage à Vienne
  • Qui: Lyne Fortin, Lara Ciekiewicz, Brian Cheney, des danseurs du Ballet national de Hongrie des  champions internationaux de danse sociale, Alexandre Steinitz (chef) et les 65 musiciens de l’Orchestre Strauss de Montréal
  • Quand: 2 janvier à 14h30 
  • Où: Grand Théâtre
  • Billet: de 55,50 $ à 104 $ (taxes et service en sus)
  • Info: 418 643-8131 et www.grandtheatre.qc.ca
  • * Sera aussi présenté à la Place des Arts de Montréal le 1er janvier à 14h30