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<em>L'usine de théâtre potentiel</em> se renouvelle à chaque représentation selon les choix du public. 
<em>L'usine de théâtre potentiel</em> se renouvelle à chaque représentation selon les choix du public. 

L'usine de théâtre potentiel: des choix, de l'impro... Et Dom Juan (prise 2)

Geneviève Bouchard
Geneviève Bouchard
Le Soleil
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CRITIQUE / Installé pour trois jours au Carrefour international de théâtre, le Théâtre de la LNI demande au public de choisir la piste dramatique de son spectacle, l’intention que doivent lui donner les interprètes, son style de musique et d’éclairages... Nous voilà devant une multitude de possibilités et tout un défi pour les comédiens-improvisateurs. La première de cette mouture de L’usine de théâtre potentiel avait eu lieu quelques jours plus tôt dans la métropole. À un détail près, les mêmes contraintes ont été imposées à l’équipe dans la capitale, mercredi. Ça ne s’invente pas! 

Oublions la classique «rivalité Québec-Montréal». Semble-t-il que les amateurs de théâtre se ressemblent plus qu’on le pense à quelque 300 kilomètres de distance. Dans les deux villes, les spectateurs ont eu envie de voir la troupe revisiter la pièce Dom Juan, remise en perspective en imaginant le futur des personnages, dans un éclairage onirique. Seul le style musical — orchestral à Montréal et «petit ensemble» à Québec — a divergé, selon les comédiens. «C’est parce qu’ici, vous êtes habitués à moins de budget», a blagué l’un d’eux, Simon Rousseau. 

Selon le groupe d’improvisateurs «orgueilleux», le défi n’en a été que plus grand. Pas question ici de se répéter. Ils ont, nous disent-ils, réussi à aller ailleurs.

Loin du match d’impro

On connaît davantage la Ligue nationale d’improvisation (LNI) pour ses matchs déclinés dans une esthétique empruntée au hockey. L’usine de théâtre potentiel propose quelque chose de complètement différent. Pas d’arbitres pour jouer du sifflet ou du gazou, mais des contraintes imposées par le public. Et le projet de livrer une improvisation de 90 minutes dans une scénographie bien réelle, mais assez flexible pour se plier aux volontés du vote populaire.

En arrivant dans la salle de La Bordée, les spectateurs sont invités à rejoindre une plateforme en ligne grâce à leur téléphone intelligent. Au moment opportun, ils pourront se prononcer sur plusieurs composantes du spectacle, tandis que les résultats sont comptabilisés en direct devant les yeux des interprètes (Mathieu Lepage, Marie Michaud, François-Étienne Paré, Joëlle Paré-Beaulieu et Simon Rousseau), qui se prêteront au jeu d’improviser l’action et les dialogues. 

Là, une autre contrainte s’ajoute : celle du temps de parole accordé à chacun et dicté sur des écrans. Un processus particulièrement efficace quand un acteur a visiblement terminé sa réplique, mais que son nom toujours inscrit en vert le force à patauger pour trouver davantage à dire. La virtuosité de la distribution, qui en a vu d’autres, est ici mise en exergue. 

L’exercice est sportif pour l’équipe, mais aussi très convivial. La troupe n’hésite pas à s’adresser directement aux spectateurs pour mettre la table en début de soirée, pour revenir sur son ressenti en fin de parcours ou, entre les deux, apporter un peu de contexte. 

Marie Michaud l’a notamment fait en expliquant son personnage de mère, qui n’existe pas dans la pièce de Molière. Féministe et directe, celle-ci n’a pas mâché ses mots pour parler de Dom Juan et nous a bien fait rire avec ses références à Denise Bombardier. 

En ces temps où les #MoiAussi résonnent encore fort, on a aussi eu droit à une Elvire vengeresse et à un Sganarelle particulièrement torturé. 

Par définition, un spectacle d’improvisation est imparfait, mais il demeure un rendez-vous unique et a donné matière à réflexion, mercredi. À une époque où les langues se délient, mais où des victimes d’inconduites ou d’agressions peinent encore à obtenir justice, pourquoi le mythe de Dom Juan fascine-t-il toujours autant?

Bien sûr, la rencontre sera différente jeudi et vendredi à La Bordée. Une version d’un cabaret et un clin d’œil au théâtre documentaire sont notamment proposés au public, avec tous les choix de composantes musicales ou d’éclairage. Perso, j’avais bien envie de voir un classique revisité, mercredi. Mais j’avais voté pour Phèdre. Pas grave, on ne peut pas toujours gagner nos élections!

Le spectacle L’usine de théâtre potentiel est présenté à La Bordée jusqu’au 11 juin.