Réal Bossé et Luc Senay ont partagé la scène du dernier ComediHa!, cet été, avec le spectacle «Impro texto».

Luc Senay, explorateur de l’impro

L’improvisation est à la fois l’occasion de construire une histoire à partir de rien, avec une liberté qui peut faire peur, et un jeu de contraintes où les interprètes sont constamment poussés hors de leur zone de confort. En équilibre sur ces deux axes, les improvisateurs chevronnés, comme Luc Senay, se prêtent aux cascades les plus surprenantes.

Après 25 ans à la Ligue nationale d’improvisation, il avait envie d’explorer d’autres carrés de sable et de laisser la place à d’autres. «J’ai ben apprécié qu’il y en ait eu pour moi quand j’ai commencé», note le comédien.

Luc Senay aura 60 ans cette année, et les tournages et les défis ne se sont jamais autant enchaînés. Il joue (nu!) dans Faits divers, tourne dans le film Mytho d’Émile Gaudreault, dans les Pays d’en haut, dans la série télé Cinquième rang, qui sera diffusée à l’hiver.

L’adrénaline de l’impro, dans tout ça, lui demeure nécessaire. «Je n’ai jamais trouvé quelque chose qui me garde davantage dans le moment présent. Je n’ai pas cette qualité-là dans mes relations humaines. En impro, les pensées ne peuvent pas vagabonder pendant qu’on parle à l’autre. On est complètement là», expose Luc Senay.


« Je n’ai jamais trouvé quelque chose qui me garde davantage dans le moment présent »
Luc Senay, au sujet de l'impro

D’où cette envie de multiplier des expériences. Comme au ComediHa! cet été, avec Impro texto, où le public était invité à envoyer des idées par messages textes pendant que Réal Bossé et lui tentaient de découvrir le secret de l’autre, dans une improvisation de 45 minutes.

«C’est seulement le dernier soir qu’on a trouvé la bonne formule, raconte Senay. Pendant qu’on construisait l’histoire, j’essayais trop de percer le mystère, l’impro ressemblait à un interrogatoire; mais le dernier soir, on a laissé ça de côté, on a plutôt permis au public de choisir entre deux thèmes. Là, j’étais heureux, je n’étais plus empêtré dans mon concept. Je suis même sorti de la tente pour continuer d’improviser, j’étais comme un chien fou.»

Il a aussi adoré ses deux passages à Wonder-Trois-Quatre, un concept d’Éric Desranleau (qui a fait partie de Mes Aïeux), où l’invité vient improviser en chantant, comme s’il était reçu dans une émission de radio diffusée en direct.

Il a donc accepté spontanément de se joindre aux Architectes (voir texte ci-dessous) pour une soirée, sans savoir grand-chose de l’expérience proposée. «Je crois que c’est plus près du Whose Line [Whose Line is it Anyway? un concept radiophonique de la BBC repris à la télé américaine], avec styles et des contraintes, mais où le développement de l’impro est vraiment entre les mains des comédiens, et ça, ça me plaît beaucoup.»

Sa (seule) crainte? «Mon manque de culture. Si on me demande de jouer à la manière d’Harry Potter, je ne saurai pas quoi faire. Tout ce qui touche à la science-fiction m’est aussi totalement inconnu», confie-t-il.

+

LA PETITE HISTOIRE DES ARCHITECTES

Contrairement aux parties d’improvisation classiques, les soirées des Architectes n’ont pas d’arbitre, ni d’équipes ou de vote.

Depuis bientôt 10 ans, les Architectes invitent le public à décider des thèmes et à assister à un spectacle qui n’existe pas encore. Contrairement aux parties d’improvisation classiques, il n’y a pas d’arbitre, pas de patinoire, pas d’équipes et pas de vote. Juste cinq comédiens et un musicien sur la ligne de départ. 

«Ce qui me fatiguait quand j’étais joueur d’impro était l’esprit de compétition. Dans le feu de l’action, l’assentiment du public, aller chercher le point, c’est plus fort que tout. Lorsqu’on décide de jouer de façon moins spectaculaire, plus en profondeur, c’est moins payant, donc on délaisse ces zones-là. J’ai voulu mettre en place un spectacle qui mettrait ces éléments de l’avant.», explique Christian Saint-Pierre, le fondateur des Architectes.

L’idée germe en Belgique, lorsqu’il assiste au spectacle Les souffleurs aux gradins. Les comédiens se mettaient à improviser à partir de thèmes donnés par le public. «Il y avait plein de liberté, presque rien sur scène, pas de compétition, juste une troupe qui crée du théâtre ensemble. Je trouvais que ça ressemblait à du jazz, avec une synergie autosuffisante et des forces qui se relancent», raconte Saint-Pierre. Il recrute des joueurs et lance le projet, qui conservera toujours la forme et le même noyau dur, mais se déplacera dans différentes salles de Québec.

Les Architectes joueront pour une troisième saison au Petit Théâtre de Québec, mais ajoutent la salle Jean-Paul Tardif, au Collège Saint-Charles Garnier, à leurs points de chute. Des invités spéciaux qui se joindront à la troupe dans cette nouvelle salle pour marquer l’anniversaire de la troupe. Luc Senay sera le premier à se lancer, les autres invités ne sont pas encore confirmés.

Sébastien Dorval s’ajoute cette année à la bande formée d’Yves Bernard, Geneviève Boivin, Élodie Cuenot, Daniel Gosselin, Martin Juneau, Denis Marchand et Christian Saint-Pierre. «À part Sébastien, personne n’est comédien professionnel, note Christian Saint-Pierre. Nous sommes vraiment des enfants de l’impro.»   

Spectacles des Architectes: à la Salle Jean-Paul Tardif les 15 septembre, 20 octobre, 10 novembre, 12 janvier, 9 février, 9 mars, 13 avril et 11 mai; au Petit Théâtre de Québec les 29 septembre, 27 octobre, 24 novembre, 26 janvier, 23 février, 23 mars, 27 avril et 25 mai. Les billets sont en vente sur lepointdevente.com