Vingt-cinq ans après, Lorena Bobbitt, qui aujourd’hui a repris son nom de jeune fille, Gallo, raconte son histoire dans un documentaire en quatre épisodes d’Amazon qui porte son prénom.

«Lorena», l’affaire Bobbitt revue sous l’angle des violences conjugales

LOS ANGELES — Quand on prononce le nom de Lorena Bobbitt, les réactions sont souvent les mêmes: des gloussements gênés, une moue pour mimer la douleur en même temps qu’un geste pour se protéger l’entrejambe. Mais on parle peu de son passé de victime de violences conjugales qui, assure-t-elle, l’ont menée à couper le pénis de son mari en 1993.

Vingt-cinq ans après, Lorena Bobbitt, qui aujourd’hui a repris son nom de jeune fille, Gallo, raconte son histoire dans un documentaire en quatre épisodes d’Amazon qui porte son prénom.

«Je savais que les cicatrices allaient s’ouvrir, que je ressentirais de l’angoisse en revivant ces souvenirs douloureux que j’avais pratiquement enterrés», dit à l’AFP cette femme de 48 ans née en Équateur.

«Mais je l’ai fait parce que je pense qu’en tant que femme, en tant que mère, que rescapée, c’est mon devoir d’utiliser la voix que beaucoup de victimes de violences conjugales n’ont pas».

L’affaire Lorena et John Wayne Bobbitt avait connu un retentissement mondial. Le 23 juin 1993, Lorena, 24 ans, tranchait le pénis de son mari pendant qu’il dormait, après avoir été violée par lui, a-t-elle assuré.

La presse à scandale -- et la presse tout court -- en avait fait ses choux gras. Mais l’histoire ouvrit aussi la voie à un débat jusque-là largement ignoré.

«Mon cas a aidé à lever les tabous autour de la violence conjugale, des abus sexuels et du viol au sein du couple», affirme Lorena Gallo, qui avait échappé à la prison à l’issue de son procès retentissant. Le jury l’avait déclarée non coupable, lui reconnaissant des troubles psychiques. Le juge lui avait toutefois imposé une hospitalisation de 45 jours pour évaluer son état.

- Méfiance -

Le documentaire de Joshua Rofé, produit par l’acteur et réalisateur oscarisé Jordan Peele, a été présenté en janvier au festival de Sundance.

Quand Rofé lui a fait part de son projet, Lorena Gallo vivait enfin la vie tranquille, presque anonyme, dont elle rêvait lorsqu’elle était en pleine tourmente.

«Je ne voulais pas le faire», se souvient Lorena, qui a aujourd’hui les cheveux blonds et lisses et non plus sombres et bouclés comme à l’époque du scandale.

«Je me méfiais parce que jusqu’ici (les autres productions) se focalisaient toujours sur John, sur l’acte (la mutilation, ndlr), d’une manière très sensationnaliste qui ignorait ce que j’avais traversé, et ça me déplaisait beaucoup».

Dans le documentaire, Rofé retrace minutieusement la vie de Lorena, décrivant la jeune fille qui déménagea de Caracas, où vivait sa famille, vers la Virginie, aux États-Unis, où elle réside toujours.

Il raconte ensuite son mariage, le début des abus, la mutilation, le procès... Et sa vie de nos jours.

Son ex-mari soutient encore aujourd’hui qu’il ne l’a jamais maltraitée.

«C’est un menteur pathologique», répond Lorena sans jamais se départir de son calme. «Comment est-il possible qu’il continue à mentir? Il est allé en prison pour violences conjugales, pas avec moi, mais avec d’autres femmes».

Rofé a aussi parlé avec les policiers qui ont enquêté sur l’affaire, les avocats, le procureur, des journalistes et des militants de la société civile.

Il montre des extraits du procès, retrace la vie de John Wayne Bobbitt, qui a fait un détour par la pornographie une fois son pénis recousu; le harcèlement de Lorena par les médias et la manière dont elle a essayé de reconstruire sa vie, avec son nouveau compagnon et sa fille de 13 ans.

«On pardonne, mais on n’oublie pas», dit Lorena. «Je n’ai pas John à l’esprit, je ne vis pas en pensant à lui», ajoute-t-elle néanmoins.

- Pas de remords -

Lorena Gallo, catholique pratiquante, a fondé une ONG dédiée aux victimes d’abus conjugaux. Elle a parlé de son histoire à sa fille très tôt, alors qu’elle «était très petite».

«C’est une enfant très forte, très mûre», dit-elle.

Lorena Gallo hésitait à lui montrer le documentaire, au contenu parfois très explicite. Mais la jeune fille a fini par le voir.

«Elle m’a dit “maman, je ne savais pas que tu étais aussi forte” et elle m’a enlacée», raconte Lorena. «Mes larmes ont commencé à couler et nous avons pleuré ensemble», se souvient-elle.

Et parce que tout ce qui s’est passé a fait d’elle la personne qu’elle est aujourd’hui, Lorena dit ne pas avoir de remords.

«Comment se repentir de quelque chose qu’on ne contrôle pas? Je ne voulais pas être dans cette situation. Ce n’est pas quelque chose que j’ai cherché», dit-elle.

Et «mon cas a beaucoup aidé, mais il y a encore beaucoup à faire» pour combattre les violences conjugales.