Le duo d’artiste Geneviève et Matthieu présente L’opéra d’or, une œuvre multidisciplinaire qui culminera par une performance le soir de l’Halloween.

«L'opéra d'or» de Geneviève et Matthieu: décapante dystopie

Le duo Geneviève et Matthieu ont investi l’espace galerie de Regart pour camper le décor d’une œuvre chorale où musique, intrigue, sculpture et performance composent un grand thriller expressionniste. Voici venir «L’opéra d’or», qui prendra vie le soir de l’Halloween dans une toute nouvelle version lévisienne.

Nous y suivrons Feu Catharsis (Geneviève), une artiste prisonnière d’un monde parallèle doré avec l’alchimiste Fulcanelli, son obsédant mentor. À force de mantras et d’actions diverses, un ex-sculpteur devenu livreur de pizza et DJ de boîte de nuit (Matthieu) réussira à la ramener dans la réalité. Ils vivront une histoire d’amour passionnée jusqu’à ce qu’une mutante, nouvel espoir de l’art contemporain, vienne déverser envie et poussières sur la ville.

«Lorsqu’on fait la performance, on n’est pas certains que tout le monde comprend tout ça, souligne Matthieu. À certains moments, des bouts du synopsis apparaissent sur des écrans, mais on pourrait aussi faire un feuillet comme à l’opéra.»

Pour travailler la narration de ce récit décapant, le duo de Rouyn-Noranda (impliqué au centre d’artistes L’Écart et directeur de la Biennale d’art performatif) a fait appel au romancier Antoine Charbonneau-Demers.

«Souvent les artistes de performance vont évacuer la narration, mais nous on rentre dedans à fond. On aime les intrigues. On pose des questions, explique Geneviève. Les sculptures et l’environnement nous stimulent et font évoluer la performance. C’est souvent sous la pression que l’imagination et la pensée éclatent.»

Des sculptures textiles de l'installation «L'opéra d'or»

L’installation, qui sert aussi de scénographie, est composée de sculptures textiles, de masques et de globes de plâtres placés sur des socles et des tiges. Comme des fleurs ou des œufs extraterrestres qui auraient éclaté. Ils sont remplis à ras bord de crottes de fromage orange et, à l’intérieur, ils renferment des objets qui seront révélés lors de la performance. Les murs sont couverts de toiles pouvant servir de décor à des photographes (faites à Hong Kong et achetées sur eBay) qui évoquent un palais d’or et de cristal où trône, tenez-vous bien, la Joconde. Sur une pile de boîtes de pizza, une reproduction de la restauration tristement ratée du Christ de Borja a été peinte par Matthieu.

À l’avant de la galerie, un amas de poupées gonflables — non-fonctionnelles, précisent-ils — qui peuvent s’assembler avec du velcro pour composer un paon gigantesque incitent les curieux à se presser le visage contre la vitre qui donne sur la rue Saint-Laurent. «Ça évoque les amis et les amours gonflables, note Geneviève. Il y a beaucoup de désespoir dans ce projet-là, on est dans la profonde profondeur, mais on rit aussi.»

Un élément de l'installation «L'opéra d'or»

Le tout est à la fois baroque et cheap, mystique et comique, à l’image du travail artistique, où l’inspiration, l’immortalité et les œuvres transcendantes sont des notions qui survivent difficilement aux paramètres plus terre à terre et moins glorieux de la vie d’artiste.

Aussi musiciens, Geneviève et Matthieu ont composé une trame sonore de 45 minutes avec la complicité de leur collaborateur de longue date Mingo L’Indien et, au fil de deux résidences à Marseille, avec un percussionniste.

Depuis deux ans, à chaque recréation de L’opéra d’or, le duo compose une distribution avec la communauté locale. Cette fois, ce sont des étudiants du cégep de Lévis-Lauzon. Les talents en chant classique et en violon ont déjà attiré leur attention et ils adapteront la performance en fonction des profils des volontaires qui voudront y prendre part.

Un élément de l'installation «L'opéra d'or»

«C’est un univers préfabriqué, où on doit suivre la trame sonore, un peu comme dans un karaoké. Au départ, le projet s’appelait L’empire de la création. Le décor, avec la Joconde au travers, reflétait beaucoup ça. Mais je trouvais que ça manquait de poésie. Avec L’opéra d’or, on puise dans les codes de l’opéra, on peut ajouter un chœur, grossir les rangs», indique Geneviève, dont le personnage surfera aussi sur les métaphores de patinage artistique, chaussée de patins dont elle a coupé les lames.

En filmant des moments de la performance pour les assembler avec des codes du cinéma, ils ont composé un vidéo expérimental qui pourrait prendre la route des festivals ou, à tout le moins, être un pendant de L’opéra d’or plus facile à exporter. Leurs bagages restent légers (des toiles, des tissus, du plâtre) et le duo s’applique à restaurer son décor à chaque nouvelle halte — avec beaucoup plus de succès que le Christ de Borja.

Le volet installation de L’opéra d’or de Geneviève et Matthieu est présenté au 5956, rue Saint-Laurent à Lévis jusqu’au 31 octobre. Performance avec le dernier jour à 18h. Info: www.centreregart.org

Un élément de l'installation «L'opéra d'or»