La complicité entre le le flûtiste Emmanuel Pahud et le chef Yannick Nézet-Séguin était palpable.

Longue extase au Festival du Domaine Forget

CRITIQUE / SAINT-IRÉNÉE — Un flûtiste d’une agilité surréelle, un grand pianiste d’exception, un chef et un orchestre exaltés et une sublime pièce-surprise au violoncelle ont lancé le Festival international du Domaine Forget dans un déferlement d’émotions et de musique grandioses.

Rien ne pressait en ce samedi après-midi ensoleillé à Saint-Irénée. La salle du Domaine Forget était remplie d’estivants enthousiastes, l’ambiance était aux vacances et au plaisir. Puisque le concert était dédié à la mémoire de la mécène Jacqueline Desmarais, plusieurs de ses proches sont venus au micro, dont sa fille Sophie, qui a rappelé sa grande affection pour Yannick Nézet-Séguin, qui dirigeait le concert, et le violoncelliste Stéphane Tétreault.

Ce dernier est venu interpréter, avant le programme prévu, Bois silencieux de Dvorak, une magnifique complainte, qu’il a semblé jouer avec toute son âme. La joue pressée sur le manche de son instrument, avec sa dégaine à la Buster Keaton et toute la délicatesse du monde, il nous a fait flotter en apesanteur.

Le programme principal, déjà costaud, a donc commencé un bon 45 minutes après 15h. Emmanuel Pahud a brillé de mille feux pendant le Concerto pour flûte et orchestre de Jacques Ibert. Entre ses mains, sa flûte traversière semble avoir le poids d’une plume et émet une gamme impressionnante de sons, des piaillements d’une vitesse folle aux sons graves et doux les plus appuyés. La complicité entre le soliste et le chef, dont les regards se rencontraient souvent, était palpable. Nézet-Séguin se ploie avec allégresse des trois côtés de son podium, semblant aller chercher les sons émis par les musiciens pour les enlacer, les porter sur son cœur et en faire un mélange enchanteur. Sa direction ressemble à quelque art martial secret.

Voir Louis Lortie interpréter «l’injouable» Concerto no 1 de Tchaïkovski suscite une joie vive et nouvelle, très différente de celle engendrée par l’interprétation d’Alexandra Dariescu ce printemps à l’OSQ. La pièce prend réellement la couleur du soliste. Ici, c’était les élans du piano, savamment décousus, sa liberté fougueuse, son insouciance romantique, qui transcendait toute l’épopée. Le sourire de Lortie valait de l’or.

Restait, au retour de l’entracte, la Symphonie no 4 de Tchaikovski, où l’Orchestre métropolitain se pliait à ce grand poème tragique en appuyant tous les contrastes; de la broderie délicate, ténue et fragile aux élans quasi-sportifs. La flûte qui s’agite comme un souvenir au bord du sommeil, les pizzicatos qui évoquent l’imagination qui s’affole, le funeste «fatum», les percussions au galop… Chaque pièce a suscité une ovation exaltée et la finale a été longtemps et chaudement applaudie. 

Le concert était présenté le 23 juin au Domaine Forget. Le festival se poursuit jusqu’au 19 août.