LIVRES

Livre d'Anaïs Barbeau-Lavalette : hommage à celles d’avant

Il y a longtemps qu’Anaïs Barbeau-Lavalette songeait à écrire sur les Québécoises inspirantes qui ont vécu avant nous. Depuis qu’elle a refermé le manuscrit de « La femme qui fuit », en fait.

« J’avais alors ce sentiment flagrant qu’on manquait de modèles. Qu’il fallait parler de ces femmes qui avaient su concilier leur féminité et leur maternité avec un certain héroïsme. Parce que, jusqu’ici, les représentations de l’héroïsme au féminin étaient assez unidimensionnelles. C’était soit des espèces de saintes vierges comme Jeanne d’Arc, soit des femmes fatales inaccessibles. Elles avaient en commun d’être rarement dépeintes de façon réaliste, de sorte qu’on ne voyait pas nécessairement en elles le portrait de femmes normales qui avaient su être courageuses. On ne se reconnaissait pas. Moi, j’avais envie d’aller là. De montrer ces femmes qui nous ressemblent, et qui, chacune à sa manière, ont fait preuve de grandeur. »

L’intuition de départ s’est muée en nécessité, après qu’on eut invité l’auteure et réalisatrice à prendre la parole lors de la Fête nationale, en juin dernier.

« Ce discours sur les plaines, pendant lequel j’ai salué les grandes qui ont été là avant nous, a précipité le projet. C’est devenu une nécessité de faire ce livre. Je sentais qu’il y avait un besoin. Je pense que son propos arrive au bon moment. Avec la vague du mouvement #moiaussi, il y a eu de la colère, mais l’album est empreint de douceur. Il y a eu aussi la réappropriation d’une voix, qui était nécessaire. Dans la foulée, ça fait du bien de mettre ces mémorables femmes en lumière, de reconnaître leur apport. »

Dans Nos héroïnes, superbe album illustré tout juste lancé, les inspirantes figures d’hier qu’Anaïs Barbeau-Lavalette raconte sont multiples. Elles ont eu de l’audace, du chien, de l’humanité, de la débrouillardise, de la détermination, du talent, de la force. Elles ont pavé la voie. Parfois avec éclat, d’autres fois de façon presque confidentielle.  

Des femmes fortes

« Elles me touchent toutes, d’une façon différente. Leur grandeur s’est déployée dans des sphères variées. Je pense, par exemple, au Cercle des fermières du Québec. Celles qui en faisaient partie ont choisi de briser l’isolement en se réunissant pour faire des tartes et des courtepointes. C’est tout simple, mais c’était un geste solidaire qui témoignait de leur volonté de ne pas s’emmurer. Je pense aussi à Irma Levasseur, fondatrice de deux grands hôpitaux pour enfants, Sainte-Justine à Montréal et l’hôpital de l’Enfant-Jésus, à Québec. Je pense à toutes ces pionnières qui ont donné le meilleur et fait naître le beau. »

Les roses poussent parfois sur des lits d’orties : ces destins réunis sur papier transportent aussi une charge émotive.

« Plusieurs sont des survivantes. C’est beau, la survivance, mais ça vient avec des chapitres douloureux, ça transporte du doux-amer. J’ai ressenti tout ça, mais j’ai eu envie de les ancrer dans quelque chose de lumineux et de très tendre. »

Signées Mathilde Cinq-Mars, les illustrations au trait doux, tout en finesse et en délicatesse, mettent un visage sur le nom de ces femmes oubliées.

« Mathilde a vraiment imagé les portraits de ces femmes volontaires et courageuses avec beaucoup de tendresse et de douceur. »

Brèche d’humanité

Il y a dans la liste certaines évidences. La Bolduc, Émilie Gamelin, Jeanne Mance, Judith Jasmin, Simonne Monet-Chartrand, les femmes du Refus global, Thérèse Forget-Casgrain, par exemple. Il y a aussi des inconnues, des grandes qu’on découvre au fil des pages. Alice Vibert-Douglas. Louise Armaindo. Marie Josèphe Angélique. Émilie Fortin-Tremblay. Maud Watt. Et tant d’autres. Au fil des pages, des femmes autochtones (Mary Two-Axe Early, Kenojuak Ashevak, Kateri Tekakwitha, Ellen Gabriel) se dessinent aussi.  

« Ce qui est très beau, c’est que ça allait de soi. On n’a pas fait d’effort particulier pour les trouver. Ces femmes-là faisaient déjà partie des registres, tout comme d’autres d’origine irlandaise ou juive, par exemple. On a des racines plurielles, nos ancêtres sont multiples. Pour choisir les unes et les autres, j’y suis allée par coups de cœur. Après ça, à partir d’un épais dossier de recherches, je me suis attardée à l’humanité de chacune. Je voulais connaître la femme derrière le personnage. J’ai cherché à ancrer chaque héroïne dans son vécu, dans le concret de son existence. Quand je pouvais passer par une brèche d’enfance, je le faisais. Je trouvais émouvant d’ouvrir cette porte, de les connaître en passant par les petites filles qu’elles ont été. »

La quarantaine de portraits ainsi campés résonnent dans l’imaginaire des enfants. Filles comme garçons.

« Les enfants sont des éponges. Il n’y a aucune raison pour que des femmes de la trempe d’Irma Levasseur ne s’imprègnent pas dans leur imaginaire héroïque au même titre que Spider Man ou la reine des neiges. Je l’ai constaté auprès de mes enfants : après deux ou trois lectures, ces figures féminines faisaient partie de leur paysage intérieur. Je trouve ça beau, cette possibilité que, dans l’intimité d’un moment doux comme la lecture du soir, quelque chose de plus grand puisse se déposer. »  

Et s’ouvrir, aussi. Parce qu’on referme le livre avec l’envie franche d’aller lire davantage sur ces inconnues d’un autre temps. Nos héroïnes.

« C’est un premier jalon. Je pense qu’il y a encore plein de femmes à raconter. On verra si ce sera moi ou une autre qui le fera », dit celle qui a deux projets cinématographiques sur le feu, soit l’adaptation des romans Chien blanc (Romain Gary) et La déesse des mouches à feu (Geneviève Pettersen).

Le pacte et ses lendemains

Anaïs Barbeau-Lavalette fait partie de ceux et celles qui ont porté et rédigé l’énoncé du Pacte pour la transition. 

« Lorsqu’on a commencé à parler du projet, ça m’a sortie d’un lourd sentiment d’impuissance. Le pacte, c’est une invitation à se réapproprier notre pouvoir citoyen. En le signant, on affirme notre désir de faire ce qu’on peut pour l’environnement, à la mesure de nos moyens, de nos possibilités. Tout est modulable selon la réalité des uns et des autres. Chacun fait son bout de chemin à la hauteur de ses moyens. C’est un contrat social en vertu duquel on demande au gouvernement de s’engager à faire une différence, lui aussi. L’idée, c’est de tendre la main. On sent déjà qu’une porte s’ouvre. »

Après une semaine, 185 000 personnes avaient déjà signé la proposition amenée par l’imposant collectif d’artistes et de personnalités de tous horizons. 

« Ça veut peut-être dire que les gens ont soif d’être ensemble et que ce nouveau projet collectif les rassemble. »     

Livres

David Diop remporte le Goncourt des lycéens

RENNES — Le romancier David Diop a remporté jeudi le convoité Goncourt des lycéens, qui fête cette année ses 30 ans, pour «Frère d’âme» (Seuil), «vision terrible de la Grande Guerre», entre «sagesse» de l’Afrique et «folie» de l’Europe.

Comme l’an dernier, la décision s’est jouée à une voix près. Le roman de l’universitaire a été choisi au deuxième tour, par 5 voix sur 13, devant Le Malheur du Bas (Albin Michel) et La vraie vie (L’Iconoclaste), ex-æquo.

Livres

Festival du Jamais lu: l’indéfini en vitrine

La plume d’une quinzaine d’auteurs sera mise en vitrine lors des diverses activités du huitième Festival du jamais lu, présenté au Périscope du 6 au 8 décembre. Inspirés par le monde qui se dérègle, qui se transforme, qui peut être angoissant, ils ont imposé le fil conducteur du rassemblement artistique, déployé cette année sous le thème Ce qui nous indéfinit.

«On a eu une rencontre où chacun parlait de son projet aux autres et c’était fascinant de voir à quel point le rapport à l’indéfini me paraissait encore plus évident», assure la directrice artistique du Jamais lu, Marianne Marceau.

Le 6 décembre, celle-ci lancera la réflexion en compagnie des chroniqueurs Mickaël Bergeron et Maryam Bessiri. La discussion sera suivie de deux lectures intégrales. Voir pour croire de Marie-Ève Francoeur, qui a reçu l’appui de Larry Tremblay, nous amènera à la rencontre d’un mystérieux Thomas, tandis que Verglas de Rosalie Cournoyer nous conviera dans une famille confinée dans une maison après la tempête de 1998. 

La matinée du 7 décembre sera consacrée aux adolescents, alors que le texte Princesse de personne de Pascale Renaud-Hébert explorera la notion de consentement. 

En soirée, L’accélérateur de particules présentera des extraits d’œuvres en chantier. Alors que Samantha Clavet nous amènera dans un monde post-apocalyptique avec Food Club, Vincent Michaud a imaginé le personnage d’une dame âgée qui décide d’utiliser Internet pour léguer à l’humanité sa recette de sauce à spaghetti. Le judas de François Édouard Bernier fera le récit d’une rencontre entre un voyant et un non-voyant, tandis que Majorité — Conversations sur le futur de Samuel Corbeil nous projettera en 2068, tel qu’imaginé par de jeunes adultes. Friand de l’étrange et de l’inquiétant, Jean-Denis Beaudoin signe finalement avec Ce qui est invisible l’histoire d’un homme qui trouve un cadavre dans son appartement.

Portraits d’individus

Pour la clôture du Jamais lu, Olivier Arteau et Mariane Marceau ont confié à quatre auteurs (Mariane Dansereau, Dominique Leclerc, Marc-Antoine Marceau et Samuel Matteau) le mandat de brosser le portrait de quatre individus à partir d’un court extrait d’entrevue. Ils viendront à la rencontre de leur sujet lors d’une soirée animée par Alexandrine Warren. 

Détails et programmation complète au jamaislu.com

Monde

Après Victor Hugo, le Koweït censure le romancier russe Dostoïevski

KOWEÏT - Les autorités du Koweït ont censuré un millier d’ouvrages, dont un classique du grand écrivain russe Fiodor Dostoïevski, lors d’un festival littéraire qui a débuté mercredi dans ce pays du Golfe, selon les organisateurs.

Saad al-Anzi, à la tête du Festival international de littérature du Koweït, a indiqué à l’AFP que le ministère de l’Information avait interdit 948 livres.

Parmi les ouvrages censurés, le roman «Les Frères Karamazov» (1880) de Dostoïevski a pour cadre la Russie du XIXe siècle et questionne la moralité, le libre arbitre et l’existence de Dieu, a-t-il précisé.

Dostoïevski rejoint une liste grandissante d’écrivains censurés dans ce pays arabe du Golfe qui passe pour modéré, mais qui connaît une tendance conservatrice croissante dans la sphère politique et la société.

Ces cinq dernières années, plus de 4.000 livres ont été interdits par le ministère de l’Information, dont le célèbre roman de Victor Hugo «Notre-Dame de Paris» (1831) et «Cent ans de solitude» (1967) du Colombien Gabriel Garcia Marquez, surnommé Gabo par ses admirateurs.

Tous les ouvrages exposés à la 43e édition du festival, qui se poursuit jusqu’au 24 novembre, ont été préalablement examinés par une commission de censure, comme prévu par la législation du pays.

Cette commission, qui relève du ministère de l’Information, travaille en vertu de la loi de 2006 sur «la presse et les publications» qui prévoit des sanctions à l’encontre des éditeurs de littérature et de presse.

Cette loi réprime toute insulte à l’islam ou à la justice, toute menace à la sécurité nationale, toute «incitation au désordre» et tout acte «immoral».

En septembre, des militants ont protesté à deux reprises dans les rues de la capitale contre cette censure grandissante.

Le Koweït avait été dans les années 1970-1990 un centre actif pour l’édition avec la publication de la revue culturelle «Al-Arabi» diffusée à grande échelle dans les pays arabes et des séries de livres de vulgarisation scientifique, littéraire et autres.

Mais ces dernières années, la Chambre des députés koweïtiens, élue au suffrage universel - ce qui est une exception dans les pays arabes du Golfe -, a été généralement dominée par des élus conservateurs ou tribaux.