Livres

Michael Ondaatje en lice pour le prix littéraire Booker

LONDRES - Le Canadien Michael Ondaatje se retrouve parmi les cinq auteurs en nomination pour un prestigieux prix littéraire Booker, qui sera remis au meilleur livre de fiction des cinquante dernières années.

L’auteur canadien pourrait recevoir le «Golden Man Booker Prize» pour son livre «The English Patient» («Le Patient anglais»), qui avait d’ailleurs été adapté au cinéma.

Parmi les cinq autres nommés, on retrouve le roman de l’auteure britannique Hilary Mantel, «Wolf Hall» («Dans l’ombre des Tudors»), ainsi que celui de l’écrivain américain George Saunders, «Lincoln in the Bardo».

L’auteur trinidadien V. S. Naipaul, qui est lauréat d’un prix Nobel de littérature, apparaît aussi dans la courte liste pour son roman «In a Free State» («Dis-moi qui tuer»). «Moon Tiger» («Serpent de lune»), de l’écrivaine britannique Penelope Lively pourrait aussi remporter le prix.

Les nominations ont été annoncées samedi.

Un comité de juges a sélectionné un récipiendaire du prix pour chaque décennie depuis 1969, l’année de la création de cette récompense.

C’est un vote du public qui déterminera le grand gagnant, qui sera annoncé le 8 juillet.

Le prix était traditionnellement pour les Britanniques, les Irlandais et les membres du Commonwealth, mais les Américains sont admissibles depuis 2014.

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Jacques Godbout: l’inventaire d’une vie

Maintenant que le livre est là, sur les tablettes, on dirait que ça va de soi: Jacques Godbout se devait de raconter sa vie, particulièrement riche, et entremêlée avec tout un pan de l’histoire du Québec moderne. Pourtant, le cinéaste, écrivain et essayiste a créé «De l’avantage d’être né» en premier lieu… parce qu’il avait pitié d’un archiviste.

«J’ai déposé mes manuscrits, mes documents, toutes sortes de choses, à la bibliothèque à Ottawa, il y a plusieurs années. J’ai rencontré un archiviste qui mettait de l’ordre là-dedans. Et je me suis découragé pour lui, je me suis dit qu’il ne s’y retrouverait jamais! Alors je lui ai fait un bilan, un inventaire», raconte Jacques Godbout au bout du fil.  

Comme avec tous ses manuscrits depuis les débuts de sa carrière, il a fait lire le document à sa femme Ghislaine. C’est elle qui a vu le potentiel et lui a dit d’ajouter des détails, pour qu’on puisse comprendre dans quel contexte tel livre, tel film, ou tel participation à un mouvement ont été faits. «Et voilà, vous avez le livre que j’ai rédigé!» lance l’octogénaire.

Il précise que son patron chez Boréal, Pascal Assathiany, lui poussait dans le dos depuis longtemps pour faire quelque chose du genre. Tout comme des étudiants et des lecteurs qu’il continue de rencontrer fréquemment. «Je savais que j’arrivais aussi à la fin d’une vie, jusqu’à un certain point, et je commençais à avoir peur de perdre la mémoire. On est quand même entouré de gens à un moment qui nous font frissonner parce qu’ils disparaissent», laisse-t-il tomber, lucide. 

N’empêche, une question le taraudait: les lecteurs vont-ils trouver la démarche pertinente? Si cette autobiographie est rédigée dans un ton plutôt factuel, on sent quand même à la lecture une sorte de préoccupation constante sur l’utilité de sa création, de ses engagements. «Ça m’a toujours étonné, cette espèce d’angoisse. J’ai toujours eu peur d’ennuyer les gens. Alors pour ne pas les ennuyer, je changeais de véhicule. Déjà, de publier ce livre, je me disais, mais qui est-ce que ça peut intéresser? Mais les gens autour de moi m’ont dit : “Non, t’as vécu dans un monde qui est en quelque sorte historique, alors raconte”», expose Jacques Godbout. 

Vrai que sa vie est une riche leçon d’histoire. Né en 1933 à Montréal, le jeune Jacques Godbout est scolarisé chez les Jésuites, au Collège Jean-de-Brébeuf. Un de ses amis d’enfance s’appelle Robert Bourassa et lui confie, à 12 ans, vouloir devenir premier ministre. L’oncle de son père est Adélard Godbout. La famille trempe dans les idéaux libéraux. Très jeune, Jacques Godbout développe une intolérance à la chape religieuse qui pèse sur le Québec d’alors. Au début de la vingtaine, il part enseigner en Éthiopie, avec sa femme, Ghislaine Reiher. Ils y auront leur premier enfant. 

Écrivain ou cinéaste?

De retour, Jacques Godbout se cherche une vocation. Il devient rédacteur dans une agence de publicité. Puis, au fil de ses connexions, on lui offre un poste à l’Office national du film, où il restera presque toute sa carrière, devenant un cinéaste renommé (YUL 871, Kid Sentiment, IXE 13, Derrière l’image, Le sort de l’Amérique, pour ne nommer que ceux-là). En parallèle, il contribue entre autres, au fil des années, à la création de la revue Liberté, à celle du Mouvement laïque français, du Mouvement Souveraineté-Association et à l’Union des écrivains québécois, dont il devient le premier président en 1977. 

C’est sans oublier sa carrière d’écrivain, menée en parallèle de tout ça, qui commence en poésie et se poursuit dans le roman (Salut Galarneau!, D’amour, P.Q., Les têtes à Papineau, Histoire américaine, etc…). Une carrière, conjuguée avec celle de l’ONF, qui le fera voyager partout autour du monde. «J’ai pas chômé», concède Jacques Godbout, un sourire dans la voix. 

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Michel Tremblay en trois temps

Une heure, c’est bien peu, pour s’entretenir avec un monument comme Michel Tremblay. N’utilisez pas ce mot pour parler de lui, d’ailleurs. Diane Martin, l’animatrice du Grand entretien qu’il a livré, jeudi, à la Maison de la littérature, l’a appris à ses dépens. «C’est un mot que je déteste dans la vie!» lui a-t-il lancé, du but en blanc, mais avec le sourire.

L’auteur a en effet beaucoup d’humour et il se sait volubile. Il s’est livré avec générosité devant des gens visiblement conquis — et connaissants — de son œuvre. Michel Tremblay était l’invité de l’Institut canadien. Il était en ville pour assister à la première du spectacle La naissance d’un cycle — Merci Michel Tremblay! organisé par la Maison de la littérature autour du 40e anniversaire de la publication de La grosse femme d’à côté est enceinte. Au moment d’écrire ces lignes, il restait par ailleurs quelques billets pour la représentation de vendredi soir (maisondelalitterature.qc.ca).

Pour ceux qui n’y étaient pas, voici quelques-uns des meilleurs moments de cet entretien avec Michel Tremblay.

Le théâtre et le roman

La carrière de Michel Tremblay a toujours oscillé entre le théâtre et le roman. Comment sait-il si sa prochaine œuvre sera l’un ou l’autre? «Ça s’impose de soi», répond-il simplement. Il dit ne s’être trompé qu’une seule fois, avec Marcel poursuivi par les chiens, qu’il aurait finalement voulu avoir écrit en roman dans le cycle des Chroniques du Plateau Mont-Royal plutôt qu’en pièce de théâtre. «Pour moi, une pièce de théâtre, ça existe pour crier des bêtises au monde, et un roman, c’est pour raconter une histoire à l’oreille de son meilleur ami», dira-t-il aussi. Et c’est pourquoi il écrit beaucoup moins de théâtre aujourd’hui. Il a même deux pièces qui n’ont jamais abouti. «Je me suis adouci en vieillissant», constate-t-il. «J’ai passé ma jeunesse à crier, maintenant j’ai envie de murmurer, de chuchoter», poursuit-il un peu plus tard. D’ailleurs, le romancier publiera un nouvel ouvrage en octobre prochain, intitulé 23 secrets bien gardés, soit autant de courts récits basés sur des souvenirs.

La «révolution» des Belles-sœurs

«La chose la plus idiote, c’est de penser qu’on va révolutionner quelque chose. Il ne faut pas calculer ça», analyse Michel Tremblay, autour de l’impact de son écriture en joual. «Tout ça a été fait avec une telle naïveté», dit-il aussi à propos de la première présentation des Belles-sœurs, en 1968, avec son complice André Brassard. Ils étaient «deux tits culs» arrivés au bon moment, rien du plus, pense-t-il. Cet été-là, il y a aussi eu Réjean Ducharme avec Le Cid maghané et Ines Pérée et Inat Tendu, ainsi que L’Osstidcho. «Quand on a voulu écrire en joual, on s’est dit: “on ne se censure pas”… mais comment écrit-on les mots?» raconte Michel Tremblay. Selon lui, «cette question de l’accent et de la pertinence, il y a juste les anciennes colonies qui se les posent.»

Key West et les États-Unis

Plus tôt dans l’entretien, Michel Tremblay avait glissé «qu’en vieillissant, on est moins niaiseux, sauf peut-être Donald Trump». Il en a remis quand un auditeur l’a questionné sur l’importance de Key West dans sa vie. «Je suis un chat, moi, j’ai des habitudes, je refais les mêmes choses au même moment tous les jours. Ma vie est le jour de la marmotte», a-t-il d’abord rigolé. «Quand Donald Trump a pris le pouvoir, j’ai eu la même question que tous ceux qui ont une propriété aux États-Unis : est-ce que j’y retourne? Ça m’a fait peur. Mais comme Key West [...] est plutôt libérale, j’ai décidé d’essayer d’y retourner une première année et tout s’est bien passé. Mis à part quand je suis arrivé, il y a eu un premier gay bashing à Key West. Des hommes qui ont foncé à moto sur des gais en leur disant: “Now you’re in Trump country”. Mais ça s’est calmé. […] Ça fait 28 hivers qui j’y passe, c’est maintenant dans ma peau, mon ADN», a-t-il conclu.

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Philip Roth, une tache sur le Nobel de littérature

STOCKHOLM — Haro sur l’Académie suédoise : les admirateurs de Philip Roth n’avaient pas de mots assez durs mercredi contre l’institution décernant le prix Nobel de littérature qui n’a jamais consacré l’oeuvre de l’écrivain américain.

«Avec Philip Roth, le Nobel de littérature est mort!» titrait carrément Albert Sebag dans l’hebdomadaire français le Point.

Philip Roth, mort mardi à 85 ans, a été souvent donné parmi les favoris de la prestigieuse récompense, mais l’Académie suédoise sera jusqu’à la fin restée sourde aux suggestions d’une partie de la critique.

Ses archives regorgent de courriers des plus grands noms des lettres et de l’édition réclamant plus ou moins subtilement l’attention des académiciens pour eux-mêmes ou leurs pairs.

Rien ne dit que Philip Roth ait été de ceux-là.

«C’était devenu un gag pour lui. Chaque année on en parlait, c’était devenu drôle», a raconté sur France Inter la journaliste et écrivaine Josyane Savigneau qui était son amie.

Mais il a sans nul doute été proposé à de multiples reprises parmi les 350 «candidatures» reçues chaque année par l’académie. Impossible néanmoins d’en avoir le cœur net : ses délibérations demeurent secrètes pendant 50 ans.

Alors pourquoi Bob Dylan (2016), Patrick Modiano (2014) ou Dario Fo (1997) ont-ils été couronnés et pas l’auteur de Portnoy et son complexe, du Sein et de La tache?

«Il y a 300 écrivains dans le monde qui méritent le prix, mais un seul le reçoit chaque année», explique simplement Madelaine Levy, responsable des pages cultures du quotidien suédois Svenska Dagbladet.

Vieux suédois pervers

En 2012, la critique française Nelly Kapriélian avait réagi de la sorte en apprenant l’attribution du Nobel au Chinois Mo Yan.

«Le Nobel de littérature n’est pas une affaire sérieuse. C’est tout au plus un running gag, fomenté par un gang de vieux Suédois pervers décidés à tuer Philip Roth à petit feu en récompensant à peu près tout le monde et n’importe qui, sauf... lui».

«Le Nobel a quand même raté beaucoup de grands écrivains, n’est-ce pas? Proust, Joyce... je ne ferai pas toute la liste», relève Josyane Savigneau.

«L’air du temps» pas favorable

Sur le fond, Madelaine Levy suggère que «l’air du temps» ne lui était pas favorable.

«On peut le voir comme le représentant d’une vision masculine du monde que le mouvement #MeToo tente de briser (...) pour que le regard des femmes sur la sexualité perce», dit-elle.

Pour Christine Jordis, écrivaine, éditrice pendant 20 ans de Roth chez l’éditeur Gallimard, Roth était «trop politiquement incorrect».

«Les Nobel ont dû être un peu effrayés d’un écrivain qui était aussi réfractaire, aussi rebelle, aussi violent dans ses positions contre la pensée toute faite en une époque où (elle) domine», a-t-elle déclaré à l’AFP.

Roth a été «le non-lauréat annuel du prix Nobel de Littérature», a ironisé le philosophe français Alain Finkielkraut. «Il a payé ainsi l’accusation de misogynie qui a été portée contre lui après la parution de Ma vie d’homme. C’est un scandale absolu qui discrédite de façon définitive à mes yeux, le jury de Stockholm», a-t-il déclaré au Monde.

Pas de prix posthume

Les statuts imposent que le lauréat ait écrit une œuvre dans l’année. Or, même si ce point n’a pas forcément toujours été respecté, Philip Roth avait annoncé en 2012 qu’il cessait d’écrire après avoir publié 31 ouvrages et deux ans après son dernier roman Nemesis.

La polémique Roth tombe au plus mauvais moment pour l’académie. Plus que bicentenaire, elle tente de se reconstruire à la suite du scandale #MeToo qui a révélé ses liens compromettants avec un Français, figure de la scène culturelle de Stockholm et soupçonné de multiples agressions sexuelles et viols.

«Les pauvres, non seulement ils sont complètement à la ramasse à cause de l’histoire qui leur est arrivée, mais en plus ils n’auront jamais plus l’honneur de distinguer Philip Roth. C’est vraiment triste pour eux, pas pour lui», a déclaré mercredi l’écrivain et critique Pierre Assouline à l’AFP.

Victime d’une hémorragie de membres démissionnaires, l’académie a annoncé début mai que le Nobel 2018 ne serait pas décerné cette année, mais en même temps que le lauréat 2019.

Quant à savoir si le prix pourrait lui être décerné à titre posthume, comme le réclame Albert Sebag, le testament Nobel l’interdit formellement.