Le premier livre de Steve Laflamme, Le chercheur d'âme, est un roman policier pur jus, au centre duquel gravite un enquêteur de la SQ nouvellement basé à Québec.

Steve Laflamme: plonger dans les mots

C'est en forgeant qu'on devient forgeron, dit-on. Dans le cas de Steve Laflamme, on peut dire que c'est en observant qu'on fait ses classes. L'enseignant de littérature au Cégep de Sainte-Foy a mis du temps avant de s'asseoir et de mettre sa plume à exécution. Maintenant que c'est fait, avec un premier roman policier, Le chercheur d'âme, il en faudrait beaucoup pour l'empêcher de récidiver!
«J'ai baigné longtemps dans le monde du fantastique, mais à un moment donné, j'ai intensifié ma lecture de policier», raconte l'auteur originaire du Lac-Saint-Jean établi depuis une vingtaine d'années à Québec. «Quand je me suis installé pour écrire ce roman-là, je me souviens très bien de la scène, j'étais à mon bureau, j'ai écrit la première phrase et j'ai eu l'impression d'être chez nous. Je sentais que j'appartenais à ce créneau-là.»
Même s'il savait depuis l'adolescence qu'il voulait écrire, il aura fallu au jeune quarantenaire une petite poussée dans le dos d'un des auteurs les plus connus dans le genre au Québec pour finalement se commettre. «Martin Michaud était venu au cégep où j'enseigne pour une séance de signature. J'avais jasé un peu avec lui, lui disant que j'avais un projet en tête, mais que je ne savais pas quand je le mettrais en branle. Je suis le genre qui prend beaucoup de notes et qui attend d'être bien sûr avant de se lancer. Martin m'a donné le petit coup de pied qu'il me fallait en me disant "Pourquoi t'essaie pas? Le pire qui peut arriver, c'est que t'aies du fun".»
Il l'a pris au mot, et en a eu beaucoup, de plaisir. Tellement qu'il s'est retrouvé au bout d'un an avec une brique de près de 1100 pages. Un total, évidemment, dans lequel il a dû charcuter.
Le résultat, Le chercheur d'âme, est un roman policier pur jus, au centre duquel gravite un enquêteur de la SQ nouvellement basé à Québec, Xavier Martel. La langue bien pendue, plutôt loup solitaire, le policier a bien sûr quelques démons assez noirs. «Jusqu'à un certain point, Xavier Martel est un sociopathe. On sent que ça n'aurait pas pris grand-chose dans sa vie pour qu'il bascule de l'autre côté», admet en riant son créateur.
Martel enquête donc sur un corps de jeune femme, affreusement mutilé, retrouvé sur un terrain de Sainte-Foy. Un meurtre qui sera rapidement identifié à l'oeuvre d'un tueur en série plutôt malin. Il laisse sur ses victimes d'énigmatiques messages invitant les enquêteurs à s'intéresser au monde de la lutte organisée, un «univers très trash en coulisses», précise Steve Laflamme, qui avoue avoir été fasciné un peu plus longtemps par le sujet que la plupart des ados de son époque. 
Et si son protagoniste évolue dans la Capitale-Nationale, le terrain de jeu s'étend rapidement partout au Québec. «Le phénomène des meurtriers en série m'intéresse depuis longtemps, je me suis beaucoup documenté là-dessus. Évidemment, quand on veut écrire une histoire de meurtrier en série au Québec, on est confronté à un heureux problème, c'est que chez nous, on ne connaît pas tellement ça. C'était clair dès le départ pour moi que le quartier général de Xavier Martel serait à Québec. Sauf que je n'aurais pas pu situer six ou sept meurtres en série à Québec. Il faut pousser, mais pas trop», rigole l'auteur. 
C'est que la crédibilité était au coeur de sa démarche. «Je dis souvent à mes étudiants qu'on n'a pas idée de la complexité que ça représente d'écrire un roman policier tant qu'on n'a pas essayé», explique Steve Laflamme. «Il faut que tu te battes avec deux choses. D'un côté, il y a l'horizon d'attentes du lecteur : il veut avoir une intrigue assez complexe pour ne pas trouver la solution rapidement, en même temps il veut avoir des chances de trouver la réponse. D'un autre côté, il y a les clichés. C'est une espèce de champ de mines dans le genre». 
Et l'auteur n'en fait pas de secrets : son personnage de Xavier Martel sera de retour dans un deuxième roman, déjà bien entamé. «Moi, les personnages parfaitement heureux, ça ne m'intéresse pas. Ça me prend un personnage qui doit se battre contre quelque chose, il faut qu'il y ait une tension dans sa vie.»
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Trois suggestions de Steve Laflamme
Avant d'écrire des polars, Steve Laflamme en a lu beaucoup. «C'est sacrilège de le dire, mais les polars scandinaves, j'en ai essayé une dizaine et à mon goût à moi, c'est trop lent. Je suis plutôt américain dans mes auteurs fétiches». 
En voici trois. 
Dennis Lehane
«Mes livres préférés sont la série avec Patrick Kenzie et Angela Gennaro. C'est de lui que je tiens le souci d'avoir des dialogues punchés.»
Don Winslow
«Le roman La Griffe du chien est dans mon top 3 à vie. Une espèce de brique de 800 pages - j'en aurais pris le double - sur les cartels de drogue mexicains. Il a une écriture très journalistique.»
Warren Ellis
«Il est moins connu, il a beaucoup écrit pour Marvel entre autres. Il a écrit deux romans, Artères souterraines et Gun machine. C'est du Tarantino romanesque, c'est complètement déjanté. C'est sale, bête et méchant.»