Spécial lectures: le livre de chevet de...

Pour la tenue du Salon du livre de Québec, Le Soleil a demandé à des personnalités artistiques et politiques de nommer un livre qui les avait comblé récemment et pourquoi. Voici leurs réponses.

Propos recueillis par Isabelle Houde, Geneviève Bouchard, Josianne Desloges, Normand Provencher, Jean-Marc Salvet et Valérie Gaudreau

Dany Laferrière: L’espace d’un cillement, de Jacques Stephen Alexis. «Je viens de relire un livre que j’avais lu au tout début de ma vingtaine. Je vivais encore à Port-au-Prince. C’était L’Espace d’un cillement de Jacques Stephen Alexis, un romancier haïtien. Cela se passe dans un bordel «Sensation Bar» que fréquentent des prostituées de la côte Caraïbe. Des ouvriers, des intellectuels militants, des «marines» américains et des syndicalistes passent leur soirée à discuter politique au bordel. On danse, on crie, on fête sur fond de misère humaine. Au-dessus de cette histoire sordide flotte un couple d’amoureux. La jeune prostituée Estrellita et un syndicaliste qui marche en sautillant. La langue est somptueuse, jamais pompeuse. La fièvre ne m’a quitté que trois jours après la fin de la lecture.»

Loud: Abattre la bête, de David Goudreault. «J’ai lu ça en voyage et j’avais lu le précédent, aussi en voyage, l’an passé. Ça m’a inspiré. Il y a quelque chose de très proche du rap dans sa manière d’écrire. Pour moi, c’était évident qu’il y avait du rap quelque part dans son parcours. Le slam, c’est un peu interrelié. On le voit dans sa manière de jouer avec les mots et les figures de style. Il y a des liens avec ce qu’on fait [dans le rap], je trouve. J’ai trouvé que c’était super bien écrit.»

André Sauvé: La série Mon combat, de Karl Ove Knausgård. «L’auteur est Norvégien. C’est une série de six romans autobiographiques, je suis rendu au tome 4. C’est sa vie, au gros «je». C’est très simple, il n’y a pas de dénouement, pas d’histoire, il parle de son enfance, de comment il est devenu auteur, de ses deux enfants, de la mort de son père. C’est Marcel Proust en l’an 2000 et c’est vraiment fabuleux.»  

Philippe Couillard: Le peuple rieur, de Serge Bouchard. «J’ai beaucoup aimé la belle voix et les belles histoires de Serge Bouchard à la radio, ses remarquables oubliés et autres beaux moments. Nous connaissons bien son engagement envers les peuples des Premières Nations. À travers ce livre, on découvre l’histoire de la Nation innue, un peuple fier, résilient et fidèle à ses traditions, et on entend aussi l’amour profond qu’il éprouve à son endroit. En cette époque marquée d’une volonté de réconciliation, il est bon de laisser cette histoire nous parler. De constater les blessures qu’elle recèle, mais aussi d’y trouver l’espoir, les occasions de progrès commun qu’elle révèle.»

Brigitte Haentjens: Cette chose étrange en moi, d'Orhan Pamuk. «J’ai tout lu de lui, j’avais adoré Le musée de l’Innocence. Celui-là est extraordinaire, ça rend fou, ça rend jaloux, tu ne veux plus écrire après ça. C’est une fresque romanesque, historique et politique, où il réussit à mêler les desseins d’un vendeur de boisson dans les rues d’Istanbul et l’évolution de la ville elle-même, toujours en transformation.Il y a des Prix Nobel qui s’assoient sur leurs lauriers, mais lui, vraiment, il se dépasse.»

François Legault: Le plongeur, de Stéphane Larue. Citation: «Bébert avait un visage rond et des joues charnues de bambin, mais on n’aurait pas osé les lui pincer.» «C’est mon coup de cœur de la dernière année. Un étudiant du cégep du Vieux-Montréal va travailler comme plongeur pour payer ses dettes. Les rôles dans un restaurant. Les nuits de Montréal. Jeu compulsif, alcool, drogue, mensonges. Une belle relation d’amitié avec le collègue de travail, Bébert.»

Tire le Coyote: Brasser le varech, de Noémie Pomerleau-Cloutier.  «[Ce livre est] sorti fin 2017 chez La Peuplade, magnifique maison d’édition située à Chicoutimi. C’est un recueil touchant et d’une grande vulnérabilité, avec ses nombreuses références aux paysages nord-côtiers et à la flore laurentienne. On sent ce désir chez l’autrice de revisiter les zones difficiles du deuil pour mieux “réapprendre à parler la langue paternelle”... et en résulte une collection de poèmes d’une grande beauté.»

Fabien Cloutier: Les ignorants, récit d’une initiation croisée, d’Étienne Davodeau. «De ce temps-ci, j’ai beaucoup de mots dans ma tête, alors je ne lis pas beaucoup, mais mon livre de chevet est la BD Les ignorants, faite par un vigneron et un bédéiste qui se sont suivis pendant un temps. C’est un livre super pour découvrir leurs deux univers. L’amateur de vin que je suis est comblé et j’en apprends sur la BD en même temps.» 

Anne-Marie Olivier: Ukulélé, de Joann Sfar. «Ce n’est pas nouveau, mais je l’ai lu dernièrement. J’ai tellement aimé ça! Il résume là-dedans toutes les questions que les gens lui posent sur la BD. Il dévoile tous ses secrets. Il explique pourquoi et comment, il raconte des choses qui lui sont arrivées. Je l’ai lu à la Grande Bibliothèque à Montréal. Ç’a été une pause dans ma vie. La BD me fait ça, je décroche de tout. C’est comme un grand luxe.» 

Francis Desharnais: Musique du diable (et autres bruits bénéfiques), d’Alexandre Fontaine Rousseau et Vincent Giard. «Alexandre Fontaine Rousseau pose avec ce recueil de textes “critiques” la question fondamentale du rôle du critique musical. Avec ses textes hautement impressionnistes, il ne s’embarrasse pas de mettre en contexte ou de comparer les œuvres, oh que non! Il nous donne un aperçu des univers sur lesquels débouchent les disques, univers pouvant être peuplés de vikings de party ou d’extra-terrestres qui envahissent des dance floors. En plus, il m’a fait découvrir Colin Stetson.»

Steve Gagnon: Frayer, de Marie-Andrée Gill. «J’aime la poésie de Marie-Andrée Gill. C’est une poète qui vient du Saguenay-Lac-Saint-Jean et qui a été publiée par La Peuplade. Elle a un autre recueil qui s’intitule Béante. J’ai découvert sa poésie dans la dernière année et je la trouve absolument magnifique. C’est vraiment un de mes coups de cœur de l’année.» 

Jean-François Gosselin: De la performance à l’excellence, de Jim Collins. «Ce livre qui m’a beaucoup inspiré dans mon cheminement professionnel constitue une véritable bible pour ceux qui désirent faire rayonner leur organisation, quelle qu’elle soit. On y découvre l’importance de bien s’entourer, de faire confiance à ses collaborateurs et de questionner les façons de faire établies. Des atouts inestimables pour ceux et celles qui désirent réussir!» 

Jean-François Lisée: Royal, de Jean-Philippe Baril Guérard. «J’ai dévoré ce roman qui nous fait plonger dans la féroce compétition des étudiants en droit pour obtenir un des très rares stages qui mènent à un grande carrière d’avocat d’affaires. Tout y passe: l’intensité de la rivalité, la peur paralysante de l’échec, le dopage intellectuel et ses effets secondaires: les idées noires. Jeune auteur aussi acteur, scénariste et metteur en scène, pote de Xavier Dolan, Baril Guérard est impitoyable avec les mécanismes de reproduction de l’élite. Ses protagonistes sont-ils des complices conscients du système, ses victimes, les deux en même temps? Le malaise est à couper au couteau.»

Manon Massé: Sapiens: Une brève histoire de l’humanité, de Yuval Noah Harari. «C’est un livre essentiel qui nous permet de comprendre l’espèce humaine et son évolution à travers le spectre d’une histoire globale trop souvent oubliée. Cette perspective de longue durée offre l’opportunité de réfléchir au sens de la vie et à la façon dont nous nous sommes collectivement organisés pour évoluer au cours de millénaires parsemés de révolution technique avec ses grandeurs et ses calamités. Harari démontre sans ambiguïté que la révolution scientifique actuelle est celle qui a le plus d’impact sur la planète, sa biodiversité et l’humain lui-même. Cela suscite chez moi un mélange de crainte et d’espoir à l’égard de notre avenir commun. La lecture de ce livre humaniste force la responsabilisation individuelle et incite à l’action collective pour nous éviter de foncer dans un mur de façon irréversible.» 

Charles Richard-Hamelin: tout de Zviane. «Elle fait présentement une BD qui s’appelle La jungle, mais c’est un tirage assez limité. J’aime beaucoup tout ce qu’elle fait. Son sens de l’humour me touche. Elle est très authentique, très fidèle à elle-même, ne va jamais dans les faux sentiments, et c’est ce que je cherche aussi en musique.»

Régis Labeaume: The Almost Nearly Perfect People. Behind the myth of the scandinavian utopia, de Michel Booth. «C’est vraiment bon, le gars, avec son humour britannique, se demande pourquoi les Scandinaves seraient si heureux. C’est un essai sociologique, une monographie, avec beaucoup d’humour.»

Paul Béliveau: La comtesse Greffulhe – L’ombre des Guermantes, de Laure Hillerin. «Moi qui est dans la relecture de À la recherche du temps perdu, j’aime bien connaître les pistes qui ont amené Marcel Proust à s’inspirer de son milieu mondain et en particulier d’elle, cette femme extraordinaire, née Elisabeth de Caraman-Chimay (1860-1952), qui a joué un rôle de premier plan dans le renouveau de la création musicale au tournant du siècle. Comme Laure Hillerin le dit: ''Elle ensorcela pendant plus d’un demi-siècle le tout-Paris et le gotha européen avant de s’effacer des mémoires, dévorée par l’ombre des Guermantes qu’elle avait inspirés''.»

Debbie Lynch-White: Ici et maintenant, de Jean-Yves Girard. «Je ne suis pas une grand fan de biographies, mais j’ai dévoré celle de France Castel. J’ai trouvé ça formidable, absolument touchant et bien écrit. Ç’a m’a fait réaliser à quel point on ne connaît pas les gens et par où ils sont passés. J’ai trouvé très inspirant de découvrir la résilience de cette femme après tout ce qu’elle a vécu.»