Sortie d'un livre inédit de Jacques Stephen Alexis

Météore des lettres haïtiennes, l'écrivain et intellectuel engagé Jacques Stephen Alexis, probablement assassiné en avril 1961, à 39 ans, revient avec un livre totalement inédit à ce jour, L'étoile Absinthe, où, comme le suggère ce titre, résonne le fracas de l'apocalypse.
Le roman publié chez Zulma est parvenu jusqu'à nous «par miracle», affirme l'éditeur. Le texte, non daté, a été établi d'après le seul manuscrit original disponible. Le récit demeure inachevé, la page initiale comporte des lacunes de quelques mots.
Reste une langue formidable et inventive, nourrie de créole et d'espagnol, où l'expression «langue vivante» prend tout son sens. On retrouve la fougueuse et sublime Niña Estrellita, rencontrée dans L'espace d'un cillement, le chef d'oeuvre de Jacques Stephen Alexis.
Elle a tourné le dos à sa vie d'avant, à son amour insensé (et toujours vivace) pour El Caucho, le défenseur des opprimés. La revoilà sous le nom d'Églantine. Avec une autre femme, Célie Chéry, elle affrète un voilier, Dieu-Premier, pour se procurer du sel qu'elle pourra revendre au prix de l'or.
Là, une tempête de tous les démons vaudou les surprend sur la route de la Grande-Saline.
Dans l'Apocalypse selon Jean, il est écrit : «et il tomba du ciel une grande étoile ardente comme un flambeau [...] Le nom de cette étoile est Absinthe et beaucoup d'hommes moururent par les eaux, parce qu'elles étaient devenues amères...»
Avec ses mots vibrants et scintillants, Jacques Stephen Alexis nous plonge au coeur du maelström. La violence des éléments fait évidemment écho à la brutalité du régime Duvalier.
Militant communiste, Jacques Stephen Alexis, par ailleurs médecin neurologue, fut de tous les combats révolutionnaires de la fin des années 1950 (il rencontra Ho Chi Minh, Mao, se lia d'amitié avec Che Guevara) jusqu'à son probable assassinat après avoir été torturé par des sbires de Duvalier à Haïti, au printemps 1961.
À la fin du volume, on trouve une très courte nouvelle, rédigée en novembre 1956, où l'écrivain se dépeint en léopard.
«Le léopard fut honnête. Il fit tout le peu de bien que l'on peut offrir dans une vie de léopard [...] Un jour sonneront les fanfares de la chasse au léopard [...] Alors viendra la déflagration. Droit au coeur...»