Grand littéraire, Simon Boulerice sert effectivement sur un plateau d’argent bon nombre de réflexions issues des plus célèbres penseurs : Rilke, Cocteau, Kundera, Valéry, Duras, etc.
Grand littéraire, Simon Boulerice sert effectivement sur un plateau d’argent bon nombre de réflexions issues des plus célèbres penseurs : Rilke, Cocteau, Kundera, Valéry, Duras, etc.

Simon Boulerice: un pied dans la fiction, l’autre dans la réalité

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Didi, le gilet de sauvetage de la Croix-Rouge, une feuille d’érable fièrement canadienne et La Boule de Loto-Québec sont les trois mascottes phares du nouveau livre de Simon Boulerice. Autour de ces trois personnages au sourire excentrique, l’auteur greffe de petits moments d’existence lui appartenant… ou non.

Simon Boulerice est un «partisan de l’autofiction». «Je ne fais pas que ça, mais je me sens très à l’aise dans cette écriture qui permet d’utiliser sa vie comme un matériau de base et de la refaçonner comme on veut», explique-t-il.

C’est exactement le but de la Collection III, chez Québec Amérique : les écrivains qui y publient doivent ressasser leur passé et y extirper trois souvenirs marquants qu’ils peuvent réécrire comme bon leur semble. Marc Séguin, Catherine Mavrikakis, Maxime Olivier Moutier et Léa Clermont-Dion y ont déjà paru. Simon Boulerice est le cinquième auteur à se prêter au jeu.

En plus des histoires de mascottes, il s’inspire de différents thèmes qu’il désirait coucher sur papier.

«J’avais, depuis des années, l’envie d’écrire un roman sur l’arrivée du théâtre dans ma vie et sur l’École de théâtre spécifiquement. Parce que c’est très formateur et douloureux comme formation. Pendant quatre ans, tu te fais taper sur les doigts. À chaque fois qu’il y a un problème, c’est ton corps, ta voix», dévoile Simon Boulerice, qui souhaitait grâce à ce projet renouer avec ces souvenirs difficiles jusqu’à les détricoter. 

Entre deux ellipses, Pleurer au fond des mascottes offre des confidences ainsi que de grands questionnements existentiels. Avec la proximité d’un journal intime, les petites histoires, qui se suivent et se mélangent, créent un tout, presque une vie.

«Dans chacune des parties, c’est un dérapage contrôlé. Je trouverais ça malheureux de mettre le doigt sur chaque détail pour dire ce qui est inventé et ce qui ne l’est pas. Mais, pour moi, ce qui est important, c’est que tout semble vrai et pourrait être vrai», souligne l’auteur tout en précisant que l’état du personnage, sa sauvagerie comme sa solitude, est tout à fait sincère.

 «Il y a souvent une réflexion qui peut se détacher de l’autofiction, admet-il. […] Ça m’a permis, par moment dans le livre, de flirter avec l’essai. Ce qui fait de l’ouvrage un livre hybride, selon moi.»


« La littérature est de plus en plus plurielle et j’ai l’impression qu’on a de moins en moins de scrupules à mettre ça de l’avant. Le regard sur l’autofiction a changé »
Simon Boulerice

Grand littéraire, Simon Boulerice sert effectivement sur un plateau d’argent bon nombre de réflexions issues des plus célèbres penseurs : Rilke, Cocteau, Kundera, Valéry, Duras, etc.

Le dramaturge songe d’ailleurs à son image publique dans les 184 pages qui composent Pleurer au fond des mascottes. Ayant reçu plusieurs commentaires sur son «grand sourire», Simon Boulerice avait envie «d’écailler le vernis» et de discuter de cette «forme de politesse» qui se dresse souvent comme «forme de protection».

L’autofiction, pas nouvelle, mais à la mode

Le terme «autofiction» est apparu à fin des années 70. Si on l’utilisait du bout des lèvres, le mot s’affiche maintenant ouvertement dans le milieu littéraire québécois. «La littérature est de plus en plus plurielle et j’ai l’impression qu’on a de moins en moins de scrupules à mettre ça de l’avant. Le regard sur l’autofiction a changé», affirme l’écrivain.

Selon lui, tant pour ce qui est de l’industrie que des lecteurs, nous gagnons un certain respect face à cette «littérature de l’intime» qui obtient tranquillement ses lettres de noblesse.

«J’ai des collègues qui délaissent complètement la fiction pour se concentrer sur l’autofiction et le récit, pour être plus sincères à propos de ce sur quoi ils écrivent. Moi, je n’en suis pas là. J’aime réorchestrer les choses. Je suis encore un pied dans la fiction et un pied dans la réalité», avoue Simon Boulerice