Professeure de littérature à l’université de Stockholm, Sara Danius, 56 ans, était entrée à l’Académie en 2013 et en était devenue deux ans plus tard la secrétaire perpétuelle, première femme à ce poste depuis la création de la Svenska Akademien en 1786.

Scandale Nobel de littérature: l’ex-secrétaire perpétuelle rend son fauteuil

STOCKHOLM — Elle était la voix et le visage du Nobel de littérature : emportée par les intrigues entre rénovateurs et gardiens d’un temple vieillissant qui a frôlé la ruine en plein mouvement #MeToo, l’essayiste Sara Danius a annoncé mardi qu’elle rendait son fauteuil à l’Académie suédoise.

Son départ est le dernier rebondissement d’un immense scandale qui a culminé avec le report d’un an de l’annonce du Nobel de littérature 2018, lequel doit être décerné cette année en même temps que le prix 2019.

«J’ai décidé de renoncer à mon fauteuil [...] jadis occupé par la première femme élue à l’académie, Selma Lagerlöf», auteure du Merveilleux voyage de Nils Holgersson, a annoncé Sara Danius dans un communiqué. «Ce fut un honneur», a ajouté l’essayiste suédoise.

Professeure de littérature à l’université de Stockholm, Sara Danius, 56 ans, était entrée à l’Académie en 2013 et en était devenue deux ans plus tard la secrétaire perpétuelle, première femme à ce poste depuis la création de la Svenska Akademien en 1786.

Mais en 2017, en plein mouvement #MeToo, 18 femmes accusaient de harcèlement et d’agressions, dans une tribune publiée par le quotidien de référence Dagens Nyheter, le Français Jean-Claude Arnault, personnalité influente de la scène culturelle suédoise.

Marié à une académicienne, Jean-Claude Arnault recevait de généreux subsides de l’académie, se vantait d’en être le «19e membre» et, selon des témoins, soufflait le nom des futurs lauréats du Nobel à ses amis.

Le septuagénaire a été condamné en appel en décembre dernier à deux ans et six mois de prison ferme pour le viol à deux reprises d’une des signataires de la tribune. Il a saisi la Cour suprême.

«Patriarcat»

Le scandale avait mis au jour le fonctionnement opaque de l’académie, les rivalités entre ses membres, la dénonciation par les soutiens de Sara Danius des forces du «patriarcat» à l’œuvre en son sein, et la culture du silence qui protégeait Jean-Claude Arnault.

L’Académie suédoise a depuis connu une hémorragie de membres. Mme Danius avait elle-même été forcée à abandonner ses prérogatives de secrétaire perpétuelle en avril 2018 tout en conservant son fauteuil.

Son départ définitif signifie «pour l’académie qu’elle perd son membre le plus populaire, et un des plus connus du grand public», indique à l’AFP Madelaine Levy, critique au journal Svenska Dagbladet.