Rentrée littéraire dans les tourments du monde

PARIS — Souvenirs de la Grande Guerre et de conflits plus récents, stigmates du terrorisme, violence sociale... les romans de la rentrée littéraire qui commencent à sortir en France se font l’écho des tourments contemporains.

Un total de 567 titres, dont 381 ouvrages francophones, sont attendus en librairie d’ici la mi-octobre, selon un décompte de Livres Hebdo et, à de rares exceptions près, les écrivains ont choisi d’ignorer l’insouciance.

La fin de l’innocence c’est notamment le thème d’À son image (Actes Sud), magnifique roman du lauréat du prix Goncourt 2012, Jérôme Ferrari. Le romancier, âgé de 50 ans, évoque à travers le destin tragique d’une photographe (chaque chapitre correspond aux différentes étapes de la messe de ses funérailles), la guerre civile dans l’ex-Yougoslavie, les impasses du nationalisme corse et notre rapport ambigu aux images.

Un roman kafkaïen

Lauréat du Femina en 2015, Christophe Boltanski, 56 ans, est de retour avec Le guetteur (Stock), un roman familial sur le passé de sa mère qui se lit comme un polar. L’auteur découvrira au fil de son enquête comment des Européens se sont engagés aux côtés des indépendantistes du FLN durant la guerre d’Algérie.

Serge Joncour, 56 ans, a choisi d’évoquer la Première Guerre mondiale avec son mystérieux Chien-loup (Flammarion). C’est également le cas de David Diop, 52 ans, qui rappelle l’engagement des tirailleurs sénégalais dans Frère d’âme (Seuil).

L’auteur algérien Boualem Sansal, 68 ans, met de nouveau en garde contre le fondamentalisme religieux dans Le train d’Erlingen (Gallimard), roman kafkaïen terrifiant.

Après s’être mis dans la tête de Kadhafi au moment de sa chute (La dernière nuit du Raïs, 2015), l’Algérien Yasmina Khadra, 63 ans, a choisi de se mettre dans la peau d’un jeune kamikaze islamiste dans Khalil (Julliard).

Comme un titre des Sex Pistols

François Bégaudeau, 47 ans, a écrit un des romans les plus décapants de la rentrée. En guerre (Verticales) raconte la relation impossible entre une ouvrière et un jeune haut-fonctionnaire. Bégaudeau ne goûte pas les romans à l’eau de rose et laisse à d’autres les histoires de prince et de bergère qui finissent avec beaucoup d’enfants.

Ancien patron de l’agence Capa, Pascal Manoukian, 63 ans, évoque lui aussi la crise sociale dans Le paradoxe d’Anderson (Seuil), qui raconte les conséquences dramatiques d’un licenciement dans une famille française.

Thomas B. Reverdy, 44 ans, raconte l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher dans L’hiver du mécontentement (Flammarion), un roman aussi ébouriffant qu’un titre des Sex Pistols.

Édités chez P.O.L. Nathalie Léger (La robe blanche) et Bertrand Schefer (Série noire) traitent avec brio deux faits divers: l’assassinat sordide de l’artiste Pippa Bacca et l’enlèvement d’un enfant.

Présenté comme un des auteurs à suivre pour les prix d’automne, Alain Mabanckou, 52 ans, évoque avec une fausse naïveté son enfance à Pointe-Noire au Congo dans Les cigognes sont immortelles (Seuil). Autre auteure citée pour les prix, Maylis de Kerangal, 51 ans, espère qu’Un monde à portée de main (Verticales) connaîtra le même succès que Réparer les vivants.

D’abord écrit en anglais

Plusieurs écrivains ont choisi d’évoquer leurs parents. C’est le cas notamment de Philippe Torreton, Laurent Seksik, Guy Boley ou encore Eric Fottorino dans respectivement Jacques à la guerre (Plon), «Un fils obéissant (Flammarion), Quand Dieu boxait en amateur (Grasset) et Dix-sept ans (Gallimard).

Le coup de cœur va à Isidore et les autres (Inculte), livre drôle, sensible et émouvant de Camille Bordas, 31 ans, écrivaine française établie à Chicago et collaboratrice régulière du New Yorker, qui a d’abord écrit son livre en anglais (il a été salué par Zadie Smith) avant de le traduire elle-même en français.

Dans son deuxième roman, Les nuits d’Ava (Actes Sud), Thierry Froger, 45 ans, réussit à mêler avec adresse les destins d’Ava Gardner et de Gustave Courbet.

Enfin, pas de rentrée littéraire sans Amélie Nothomb, qui a choisi une terrible histoire de vengeance amoureuse pour son 27e titre, Les prénoms épicènes (Albin Michel).

Un roman de Christine Angot, Un tournant de la vie (Flammarion), est également attendu.