Du 15 au 25 octobre, Sacy et plusieurs artistes dont Anne Peyrouse, le Collectif Ramen et Alex Noël répandront lyrisme, vers et beauté entre les matchs et les swipes des utilisateurs.
Du 15 au 25 octobre, Sacy et plusieurs artistes dont Anne Peyrouse, le Collectif Ramen et Alex Noël répandront lyrisme, vers et beauté entre les matchs et les swipes des utilisateurs.

Quand Québec en toutes lettres prend d’assaut… Tinder

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Ceux qui ont déjà utilisé Tinder ne seront pas surpris que Dominique Sacy, un poète de Québec, qualifie l’expérience de «traversée du désert». Du 15 au 25 octobre, Sacy et plusieurs artistes dont Anne Peyrouse, le Collectif Ramen et Alex Noël répandront lyrisme, vers et beauté entre les matchs et les swipes des utilisateurs.

«Je suis moi-même sur l’application et la première fois que je l’ai essayée, ça m’a frappé. Je trouve tellement que Tinder, ça manque de poésie et d’espace. J’avais envie d’aérer l’application, que notre événement soit une bouffée d’oxygène pour ceux qui font la traversée du désert. Pour qu’ils puissent s’arrêter un moment, prendre l’espace du poème, grandir un peu et ensuite retourner à leur combat», indique Dominique Sacy, instigateur du projet.

Passionné par la littérature et surtout par l’immense terrain de jeux que lui offre le populaire site de rencontres, le jeune homme invite tous les poètes du Québec à se créer un compte et à établir un dialogue avec les célibataires. Pour ne pas «créer de faux espoirs», les profils des artistes afficheront clairement qu’ils participent à L’invasion poétique de Tinder dans le cadre du festival littéraire Québec en toutes lettres.

«Ça prend beaucoup de courage pour dater en pleine pandémie, insiste Dominique Sacy. Avec l’hiver qui arrive, les marches au froid et la distanciation que l’on doit respecter, ce n’est pas facile. Pour certaines personnes, Tinder est parfois un lieu où on se sent aliéné. À ces gens-là, on offre donc la poésie pour qu’ils se sentent un peu mieux dans leur quête, tout à fait noble, de trouver l’amour.»

Si l’événement ne débute officiellement que jeudi, l’auteur souligne avoir déjà accumulé quelques matchs de son côté et admet recueillir des réponses variées. Entre les fois où il reçoit des réactions positives et celles où il se fait laisser sur «lu», des «correspondances poétiques» naissent.

L'instigateur du projet, Dominique Sacy.

«Concrètement, je pense que les gens vont lire des poèmes et qu’ils seront satisfaits de leur expérience. Mais peut-être aussi que certaines personnes vont commencer à en écrire. Et ça, je ne m’y attendais pas. Il y a des gens qui me répondent [en vers] et qui n’ont pas fait ça depuis le secondaire! Non seulement on partage de la poésie, mais on en fait créer par d’autres. Ça, ça me rend heureux», confie-t-il complètement étonné par les résultats préliminaires de son projet.

Et qui sait, peut-être que tout comme L’amour est dans le pré ou Occupation Double, L’invasion poétique de Tinder verra naître un couple à la fin de l’aventure, espère secrètement l’auteur.

Quand la culture pop se conjugue à l’art

«Tinder fait maintenant partie de la culture pop. En utilisant cette application, ça nous permet d’aller rejoindre des gens qui n’auraient peut-être pas assisté à un spectacle de poésie. Pour moi, c’est toujours important d’aller chercher le public qu’on n’est pas capable de rejoindre en tant qu’artiste [dans les endroits réguliers]», affirme Dominique Sacy.

Pour celui qui adore amener la poésie là où on ne l’attend pas, la littérature, mais aussi l’art en général doit sortir de son vase clos. «C’est bien d’être lu par les gens de notre milieu. Il n’y a rien qui me fait plus plaisir que d’être lu par quelqu’un j’admire. Mais je trouve que c’est la lutte de l’artiste de parler à tous. […] L’art se doit de sortir de son public classique pour aller rejoindre des nouvelles personnes qui en ont besoin, mais qui ne s’en rendent peut-être pas compte encore», ajoute-t-il.

Les événements comme Québec en toutes lettres, Où tu vas quand tu dors en marchant ou Le Mois de la poésie font dire à l’auteur que Québec est «à la fine pointe de cette lutte-là».

«Il y a vraiment un mouvement chez les artistes de Québec qui fait en sorte qu’on sort des spectacles traditionnels. On est dans une époque où il y a beaucoup de haine et de colère. On doit briser ça si on veut vivre en collectivité», conclut l’homme, qui assure que certaines œuvres peuvent rallier les troupes.