Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

The Now Now, album pop-rock de Gorillaz ***1/2

Damon Albarn a pris une sage décision pour The Now Now, successeur du très bon, mais démesuré Humanz (2017): la concision. Moins d’invités (seulement Snoop Dogg et Jamie Principle sur la hip hop Hollywood et le guitariste George Benson sur Humility) et aucune chanson qui dépasse les cinq minutes. En fait, ce remarquable sixième effort ressemble de moins en moins au groupe «virtuel» totalement éclaté de Gorillaz (2001) et Demon Days (2005) et de plus en plus à la créature de l’ex-chanteur de Blur. Même sur le plan musical, The Now Now, avec ses accents mélancoliques post-new-wave, s’apparente beaucoup plus à la suite logique d’Everyday Robots (2014), seul album «solo» d’Albarn, qu’à un nouveau Gorillaz. Ce n’est donc pas une rupture, mais une continuité. Très down tempo avec une basse ronflante, des accents disco et une abondance de claviers, l’ensemble reflète les inquiétudes et le spleen très anglais de son parolier. The Now Now, comme son titre l’indique, se veut un disque très actuel, tout en assumant son héritage musical. Damon Albarn continue de nous fasciner.  Éric Moreault

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MUSIQUE

High as Hope, album pop-rock de Florence + the Machine ***1/2

High as Hope s’écoute comme une longue confession que Florence Welch fait à ses auditeurs. Du genre que recueille habituellement un ami, un parent, voire un prêtre… En commençant par camper le décor sur June, celui de la solitude liée à la popularité. Puis, comme un retour en arrière, l’intense chanteuse avoue avoir souffert d’anorexie à 17 ans et cherché le réconfort dans la drogue (Hunger). Elle exprime aussi ses regrets d’avoir gâché les 18 ans de son amour (Grace). Et ainsi de suite. High as Hope est une méditation sur les mécanismes de défense (alcool, drogue, solitude, négation de la réalité…) utilisés pour lutter contre la souffrance causée par les sentiments. Mais comme la chanteuse anglaise le chante sur No Choir, qui clôt ce quatrième album, difficile d’écrire sur le bonheur… Un disque plus intime, donc, mais toujours avec de la démesure dans les arrangements. Moins qu’avant, tout en étant loin de l’épure. Vrai que son envoûtante et ample voix peut s’imposer sur n’importe quelle mélodie pop-rock rythmée. Les amateurs ne seront pas dépaysés par le solide High as Hope. Le changement dans la continuité, quoi. Éric Moreault

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LIVRE

Couleurs de l’incendie, roman de Pierre Lemaitre ***1/2

Après avoir gagné le Goncourt pour Au revoir là-haut (2013), Pierre Lemaitre poursuit sa trilogie de l’entre-deux-guerres dans la même veine avec Couleurs de l’incendie. Pas besoin d’avoir lu le premier tome (ou d’avoir vu le très bon film d’Albert Dupontel) pour dévorer ce nouveau chapitre, un tourne-page redoutable. L’auteur français nous résume les péripéties précédentes, sans que ce soit lourd, tout en démarrant sur les chapeaux de roues et sans jamais s’essouffler. L’action se déroule sept ans plus tard en se concentrant sur Madeleine Péricourt (presque la seule rescapée du premier livre). De drames en déconvenues, l’héritière perdra sa fortune et sa réputation. Mais pas sa volonté de faire payer les hommes qui l’ont humiliée. Récit revanche, donc. Ce qui compte, ce n’est pas la destination, mais l’haletant voyage, plein de rebondissements et de personnages plus grands que nature. Le style incisif manque d’élévation, mais pas d’efficacité, au contraire! De la littérature populaire divertissante avec un arrière-fond historique bien documenté, Couleurs de l’incendie remplit parfaitement sa mission.
Éric Moreault

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MUSIQUE

Viens avec moi, opéra rock psychédélique des Hôtesses d’Hilaire ***

Les Hôtesses d’Hilaire se sont lancé dans un ambitieux projet avec leur opéra rock sur le succès et le vedettariat instantané. Leur épopée rock psychédélique (avec quelques segments bien kitsch à la sauce de La voix) s’attarde aux destins de Serge Brideau, le leader de ce groupe acadien underground, et de Kevin, un produit de la nouvelle industrie musicale et télévisuelle. Dix-neuf chansons, rien de moins, dont certaines sont plus racontées que chantées, mais aussi des pièces denses, bien tassées, électrisantes. Les barbus, qu’on verra au FEQ le 13 juillet, livrent un objet musical unique, sans compromis, bien réalisé, dont l’écoute a une certaine parenté avec un film expérimental fantasmagorique. À considérer pour combler vos envies de dépaysement. Josianne Desloges

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LIVRE

L’abeille à miel, album de littérature jeunesse d' Isabelle Arsenault et Kirsten Hall ****

Une nouvelle parution signée Isabelle Arsenault (Jane, Le Renard et Moi, Fourchon) est toujours un événement à noter. L’illustratrice au trait reconnaissable possède à son actif plusieurs récompenses notoires, dont pas moins de trois prix du Gouverneur général. C’est donc avec un plaisir anticipé qu’on a plongé dans L’abeille à miel, un album à la couverture pimpante et ensoleillée publié chez La Pastèque. Créé cette fois en duo avec Kirsten Hall, l’ouvrage présente une narration engageante et dynamique, sur le cycle de vie d’une abeille à miel. C’est à la fois poétique et rythmé, mais aussi factuel (très vulgarisé, mais avec des détails intéressants pour les plus vieux). En ces temps où la protection de cet insecte est sur toutes les lèvres, voilà un bon moyen de démystifier la petite bête jaune et noire avec les enfants. Et on aime bien l’effet pop du orange fluo parsemé dans les illustrations de tons plus neutres qui lui donne un petit je-ne-sais-quoi de réjouissant! Isabelle Houde