Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Livre

Grand fanal, poésie de Pierre Morency ****

Un nouvel ouvrage de Pierre Morency, c’est une denrée rare à cueillir avec soin. Le poète et naturaliste, considéré à juste titre comme l’un des plus importants de sa génération, qui remonte aux toutes premières Nuits de la poésie, s’était commis pour la dernière fois en 2008 avec Amouraska. Dans Grand fanal (Boréal), il explore, en filigrane, l’idée de la flamme, celle qu’on cherche à maintenir en vie. On reconnaît le grand amant de la nature devant l’éternel, dont le style n’a pas vraiment changé, si ce n’est que la prose y prend plus de place. Mais c’est pour cette poésie d’un naturel désarmant, farouchement accessible, qui semble couler de source, qu’on l’aime autant. Il y a dans Grand fanal cependant une sorte d’urgence trempée de nostalgie, quelque chose comme un testament sans le côté macabre (dans le très beau J’aurai aimé, notamment). Et en même temps un furieux goût de vivre, où il faut savoir «Se donner par jour cinq minutes de poésie; Vie large.» Aussi, une odeur de printemps qu’il fait bon humer : «On n’attend plus que les vols et les chants / Pour la levée de la sève et la façon / Que va prendre la vie pour se faire plus chaude.»  Isabelle Houde


LIVRE

La meilleure des vies, essai de J.K. Rowling ***

En juin 2008, J.K. Rowling, l’auteure des romans Harry Potter, était appelée à prononcer un discours devant les étudiants de l’Université Harvard, à l’occasion de la traditionnelle cérémonie de remise des diplômes. Son allocution est reprise intégralement dans ce petit livre, abondamment imagé, qui se lit le temps d’une pause café. Rowling revient sur ses années difficiles de jeune adulte où la peur de l’échec la hantait. Ce qu’elle a fini par vivre. Sept ans après la fin de ses études en littérature, Rowling se décrit comme «la plus formidable ratée que j’ai jamais connue». Ce qui ne l’empêche pas, aujourd’hui, paradoxalement, de parler des multiples «bienfaits» apportés par ces épreuves. L’auteure revient aussi sur son expérience de bénévolat au sein d’Amnistie internationale, à Londres, où elle a découvert l’empathie et la compassion. «L’une des expériences les plus exaltantes de toute ma vie.» Aux diplômés de Harvard, tous appelés à jouer un rôle déterminant dans la société, elle termine : «Nous n’avons pas besoin de magie pour transformer notre monde; nous portons déjà en nous tout le pouvoir dont nous avons besoin: nous avons le pouvoir d’imaginer mieux.»  Normand Provencher


Musique

Sleepwalkers, de Brian Fallon ***1/2

La vie est parfois injuste. Prenez Brian Fallon. Il est le digne héritier de Bruce Springsteen. Le natif du New Jersey n’a pourtant pas obtenu toute l’obtention qu’il méritait avec The Gaslight Anthem (2007-2015), son groupe punk rock. Painkillers, son premier essai solo, payait sa dette envers le Boss. Avec Sleepwalkers, Fallon a tenté de prendre un peu de distance même si Come Wander With Me n’aurait pas déparé le répertoire de Springsteen. Son rock de col bleu est infusé d’une bonne dose de soul et de R&B, qui convient parfaitement à sa voix rauque et intense, mais nuancée. Etta James, son hommage à la chanteuse, en est le parfait exemple. La complainte monte en un long crescendo jusqu’à ce que le chant de Fallon devienne tellement prenant qu’on en a la chair de poule. Proof of Life, à l’inverse, laboure les mêmes sillons que Tom Petty époque Southern Accents (1985). Sans jamais que ce soit trop appuyé. Les arrangements de Sleepwalkers manquent parfois d’ampleur, mais ça reste un fichu bon album de rock. C’est plutôt rare.  Éric Moreault