Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

ARC Glass-Handel, album classique d'Anthony Roth Costanzo, Jonathan Cohen & Les Violons du Roy ***1/2

Parmi les concerts qui m’ont laissé un souvenir impérissable ces dernières années, il y a celui d’Anthony Roth Costanzo et des Violons du Roy au Festival d’opéra de Québec en 2017. Même si, sur disque, il semble toujours manquer ce petit quelque chose qui fait de la prestation en salle un moment unique et privilégié, on ne peut que se réjouir que l’aventure musicale ralliant le contre-ténor, l’orchestre baroque de Québec et le directeur musical Jonathan Cohen ait généré une parution sous l’étiquette Decca Gold d’Universal Music. Le son a été balancé avec précision. Les instruments conservent une belle profondeur. L’exercice a surtout permis d’immortaliser le mariage fulgurant entre le répertoire de Philipp Glass et de Handel, que 250 ans séparent, mais dont les compositions semblent s’arrimer complètement. On dirait presque, lorsqu’on ferme les yeux, qu’on est en plein centre du Palais Montcalm, où l’enregistrement a été réalisé.  Josianne Desloges

MUSIQUE

Dans le noir, album folk et de chanson, de Safia Nolin ****

Nous avons découvert en 2015 la plume et la voix à fleur de peau de Safia Nolin. Depuis, l’auteure-compositrice-interprète polarise les opinions : les uns craquent pour sa candeur et ses chansons tristes, les autres s’insurgent contre son individualité, son look, son anticonformisme. Elle a choisi de s’assumer et de continuer à creuser son sillon sur un deuxième album qui s’inscrit dans la continuité du premier. Dans une facture souvent minimaliste, mettant de l’avant un côté plus brut que par le passé (dans l’usage de la guitare électrique et de tous ces petits bruits ambiants qui s’invitent dans les chansons), Nolin distille ses angoisses et ses peines dans une poésie sensible, sombre, parfois carrément dure (Miroir en offre un exemple flagrant). Il est beaucoup question de mort, de manque, de démons et de monstres intérieurs. On retiendra particulièrement la bouleversante Belvédère, cette Sans titre lancée par des extraits sonores tirés d’une vidéo de famille offrant une touchante mise en perspective et Lesbian Break-up Song, très beau duo bilingue avec Ariel Engle (La Force). Geneviève Bouchard

LIVRE

Le club des mal cités, essai d'Olivier Niquet ***1/2

Olivier Niquet est passé maître dans l’art de débusquer les personnalités qui se mettent un pied dans la bouche avec des déclarations sans queue ni tête. Après le monde du sport (Dans mon livre à moi), c’est la politique qui lui donne la possibilité de faire le plein de citations au potentiel comique indéniable. Les Mélanie Joly, Justin Trudeau, Laurent Lessard, Yves Bolduc, l’ex-maire Jean Tremblay, Steven Blaney et plusieurs autres font l’objet de franche rigolade avec leur prose sortie du champ gauche. On vous en donne une entre mille: «Il continue d’esquisser la question de pourquoi le Canada n’est pas en train d’être le pays que les gens à travers le monde ont toujours vu le Canada comme étant.» (Justin Trudeau, qui esquisse une phrase) Plaisir et fous rires garantis.  Normand Provencher

LIVRE

Ne m’appelle pas Capitaine, roman de Lyonel Trouillot ***1/2

La trame du dernier livre de Lyonel Trouillot n’a rien de bien originale — la rencontre d’une jeune bourgeoise, aspirante journaliste, avec le Capitaine, un pauvre sénile au bord de la folie. Ou comme le dit si bien Aude, la narratrice: une pimbêche et un vieux con qui apprennent à s’apprivoiser. Tout est dans la manière. Celle de l’écriture. Courte et sans fioritures — journalistique — pour la jeune femme. Poétique et fiévreuse quand le Capitaine se lance dans ses diatribes. Le romancier et poète haïtien se sert évidemment du cadre de son récit pour illustrer subtilement les inégalités sociales, raciales et humanitaires d’une société à deux vitesses et la faillite de son système politique. Mais aussi en proposant une réflexion sur l’importance de la mémoire, du témoignage et, par conséquent, de la transmission. Un court roman à l’écriture luxuriante qu’on dévore pour en découvrir plus au fil des révélations... Éric Moreault

LIVRE

Voir un ami voler, récit de Jean Liardon et Arnaud Bédat ***

Passionné d’aviation, Jacques Brel a appris à piloter avec Jean Liardon, de l’école Les Ailes de Genève, en 1969. Ce livre, écrit avec le concours du reporter Arnaud Bédat, est le récit de la longue amitié d’une dizaine d’années entre les deux hommes. Sur le ton de la confession, sans chercher à trahir quelque secret, Liardon relate plusieurs tranches de vie partagées avec Brel, au-delà de l’immense star qu’il a été. Plusieurs photographies inédites viennent en complément, dont l’une montrant la tombe du chanteur, quelques instants après son enterrement aux îles Marquises, en octobre 1978. «Jean, promets-moi de ne jamais être malade» aura été la phrase d’adieu de Brel à son grand copain. Normand Provencher

Nos cotes: ***** Exceptionnel;  **** Excellent;  ***Bon;  ** Passable;  * À éviter