Panorama: de Mumford & Sons à James Ellroy

MUSIQUE

Delta, album pop-rock de Mumford & Sons **

Pour son quatrième album, Mumford & Sons emprunte exactement la même pente dangereuse et glissante que Coldplay, abandonnant toute once de créativité pour un son ultra-léché soigneusement calibré pour jouer à la radio et ne défriser personne. Le quatuor anglais n’a rien inventé en endisquant Sigh No More (2009). Mais leur folk rock acoustique dégageait une énergie débridée qui les a propulsés à l’avant-scène de la planète pop. De fil en aiguille, le groupe a poli les aspérités. Leur EP Johannesburg (2016), mâtiné d’afrobeat, laissait espérer de grandes choses pour Delta — qui, non, ne contient pas une once de blues. Le choix de Paul Epworth (Adele, Rihanna…) comme réalisateur est manifestement une erreur. Même les morceaux avec un peu de rythme sonnent comme de la musique d’ascenseur. Avec une tonne de ballades sirupeuses en prime, cet essai est à ranger au rayon «à oublier». Éric Moreault

LIVRE

Les lettres de ma mère, essai de Serge Giguère ***1/2

Acteur important du cinéma documentaire québécois, Serge Giguère (Le mystère Macpherson) a lancé en début d’année Les lettres de ma mère, un petit bijou de film où il revisitait de façon fort originale l’histoire de sa famille des Bois-Francs, à travers les écrits de sa défunte mère. Ceux qui étaient tombés sous le charme peuvent étirer leur plaisir avec ce petit livre renfermant à la fois des extraits du scénario original, des lettres inédites, mais également un court making of assorti de photos. L’ouvrage est complété d’un survol de ce Québec méconnu de la fin des années 40 au début des années 50, expliqué par le professeur de l’Université Concordia et sociologue, Jean-Philippe Warren. Un document de mémoire qui ramène à nos propres racines. Normand Provencher

MUSIQUE

Quiet as Fire, album folk alternatif de l i l a ***1/2

Le grand public a fait la connaissance de Marianne Poirier il y a trois ans, sous les projecteurs du populaire concours télévisé La voix. C’est toutefois dans un contexte infiniment plus intime que l’auteure-compositrice-interprète de Québec crée désormais sous le pseudonyme l i l a, projet multidisciplinaire alliant musique et arts visuels. Enregistré avec la complicité du compositeur et concepteur sonore Josué Beaucage (dont on peut régulièrement entendre le travail dans les théâtres de la capitale), Quiet as Fire est le deuxième minialbum que l i l a dépose en moins d’un an. Sur ces quatre nouvelles chansons, elle y peaufine un cocon sonore tout en douceur dans lequel on entre comme dans un lieu enveloppant. Soulignons ici le travail sur l’instrumentation, où l’organique (guitare, violon, violoncelle) se mélange au synthétique dans une subtile broderie sonore. De quoi offrir un écrin à la voix éthérée de la jeune musicienne, qui accompagne sa musique de jolies illustrations. Quiet as Fire fera l’objet d’une soirée de lancement et d’écoute du vinyle, le 7 décembre dès 18h, au disquaire Knock-Out. Geneviève Bouchard

LIVRE

Reporter criminel, essai de James Ellroy ***1/2

Les aficionados de James Ellroy ont de quoi patienter avec Reporter criminel. Vu que le deuxième volet du Quatuor de Los Angeles, This Storm, est prévu pour mai 2019. Rivages a réuni dans ce livre deux reportages du maître du roman noir initialement publiés par Vanity Fair. Il s’agit de deux affaires de meurtres sordides qui révèlent, comme d’habitude chez l’auteur, les recoins sombres de la société états-unienne, sa violence et son racisme latent. Ellroy incarne, avec son habituel style télégraphique, des policiers chargés d’enquêter sur ces affaires véridiques et leurs conclusions. On pense évidemment à son célèbre Dahlia noir (1987), mais aussi au De sang-froid (1966) de Truman Capote avec cette façon d’entrer dans la psyché du narrateur. Un prétexte pour dépeindre plus largement la société en 1963, année tumultueuse aux États-Unis, et en 1976. Comme d’habitude, Ellroy ne nous épargne aucun détail. Et ne nous laisse pas indemnes. On dévore ses deux longs reportages, porté par son écriture, mais aussi par son efficace sens du drame et du suspense.  Éric Moreault

MUSIQUE

Les matricides, album alternatif de Fuudge ***1/2

Après une couple de mini-albums (EP) qui ont créé un gros buzz, on avait bien hâte d’entendre le premier long jeu de Fuudge, Les matricides. Le décapant quatuor de Montréal se décrit comme un groupe de stoner grunge psychédélique — avec des influences prog bien cachées. À temps se situe quelque part entre King Crimson (période Red) et Galaxie, en plus sale. Même chose avec On est une gang de moumounes, qui flirte aussi avec le punk pour le refrain. On écrit groupe, mais David Bujold signe tous les titres et joue la majorité des instruments, en plus de réaliser. Il a la main pesante avec la batterie et du fuzz en masse, sans pour autant négliger les mélodies accrocheuses — on pense à Queens of the Stone Age. La pièce titre ressemble à du Pink Floyd avec Syd Barrett. En utilisant une langue décomplexée et vernaculaire, Fuudge revendique fièrement ses racines, tout en apparaissant comme un ovni musical dans notre paysage. Décapant à souhait. Éric Moreault

MUSIQUE

Bayou Saint-Laurent, album de blues/country de Raphaël Denommé ***1/2

Il appelle ça du «castor-blues québécois». On pourrait préciser que Raphaël Denommé a puisé dans des influences blues, country, folk, rock et americana pour façonner son premier album complet. Le jeune auteur-compositeur-interprète s’est commis pour la première fois début 2017 sur un minialbum qui se démarquait par sa dégaine, mais qui demeurait très proche de ses influences (on avait parfois l’impression d’entendre une imitation d’Adamus). L’ombre du grand Bernard se pointe encore çà et là sur Bayou Saint-Laurent, mais force est d’admettre que Denommé affine sa signature sur cette collection inspirée d’un séjour en Louisiane, généralement endiablée, enfumée et alcoolisée! S’il ralentit la cadence le temps d’un duo avec Caroline Savoie et d’une finale toute acoustique, l’album déboule à toute allure, infligeant au minimum une irrésistible envie de taper du pied. Disons que ça risque de déménager en spectacle... Geneviève Bouchard

Nos cotes: ***** Exceptionnel;  **** Excellent;  ***Bon;  ** Passable;  * À éviter