Les artistes Julien Clauss et Emma Loriaut ont choisi le livre Le Plongeur, de Stéphane Larue, pour leur marathon de lecture participative.

Mois Multi: lire jusqu’au bout de la nuit

Vous n’avez pas encore lu Le plongeur, de Stéphane Larue, gagnant du Prix des libraires en 2017? C’est le temps de le faire, samedi, ou plutôt de l’entendre, dans un contexte assez particulier. C’est que le bouquin a été choisi par les artistes derrière le concept On entend lire jusqu’au bout..., présenté dans le cadre du Mois Multi.

Un concept? Disons plutôt une autre façon de concevoir la lecture. Les Français Emma Loriaut et Julien Clauss, assistés de leur complice aux fourneaux Cécile Clozel, proposeront un happening communautaire au Tam Tam Café, samedi. Sur le coup de 18h sera lancée la lecture participative, à voix haute, du Plongeur. 

Et l’activité ne s’arrêtera que quand le dernier mot sera prononcé, soit une quinzaine d’heures plus tard, estiment les deux artistes. Entre les deux, les participants seront libres de venir se glisser au micro pour assurer la lecture en continu de l’œuvre. Ou de circuler à leur guise entre différents espaces du café, celui où l’on entend la lecture à voix nue, mais aussi un réfectoire et d’autres espaces où sera répercutée la lecture au moyen de radios. 

Il n’y a ni règles ni lois. Pas de silence imposé, pas de temps de lecture réglementaire. Un narrateur désireux de poursuivre s’installe simplement à côté du lecteur courant, et attend que celui-ci lui passe l’ouvrage. À la cuisine, Cécile Clozel servira des menus inspirés du livre. «Le challenge, c’est comment se sentir chez soi alors qu’on n’est pas du tout chez soi. La radio a une vraie force d’occupation dans ce sens-là. L’espace est habité», explique Julien Clauss. 

«On ne demande pas aux spectateurs d’être autre chose que ce qu’ils sont. Il y a moins de jeu social que quand vous allez au restaurant. C’est vraiment juste comme à la maison», poursuit-il. «C’est très touchant aussi de voir des gens surmonter leur timidité pour venir lire au micro. Certains se révèlent de très bons lecteurs!», raconte de son côté Emma Loriaut.

Des coins douillets seront même aménagés pour ceux qui ont besoin de roupiller! Parce que c’est comme un «marathon olympique», convient Emma Loriaut. Ce n’est pas la première fois que le duo propose son dispositif. «Il y a parfois des moments de solitude, souvent entre 3h et 5h du matin, où tu es là, tu lis, tu es fatigué, mais tu dois articuler, et il n’y a personne à côté de toi», raconte-t-elle. «En même temps, c’est très physique, mais aussi très grisant. C’est très jouissif de voir qu’ensemble on peut dépasser cet écœurement. Il y a un truc de dépassement de soi qui opère».

Son collègue opine, tout en précisant qu’il ne l’a jamais vécu comme ça. C’est que sa complice a déjà lu les œuvres, et est toujours là pour reprendre le rôle de lectrice quand arrivent des passages à vide. «J’ai un temps d’écoute très limité, je rentre mieux dans le livre quand je le lis à voix haute», note-t-elle. De son côté, Julien Clauss ne lit pas les œuvres choisies avant les évènements. «D’abord, ça me fait gagner 15h dans ma vie», rigole-t-il. 

Mais aussi parce qu’il a une bonne «pratique» d’auditeur, et se promène beaucoup dans les différents espaces aménagés. «Les modalités d’écoute changent selon l’endroit. Ça me fait penser à ce qui se passe quand on découvre une ville par son métro», image-t-il. «On sort dans une bouche de métro, on découvre un quartier, ensuite on replonge, on en redécouvre un autre, et il se passe un certain temps avant qu’on fasse le lien entre ces endroits et les quartiers ont des espèces de vies autonomes.»

L’écoute n’est pas attentive durant 15h, c’est bien évident, conviennent les deux artistes. «Il y a des moments où les gens deviennent dans un état second, d’autres où ils sont très attentifs. C’est plein de reliefs qui viennent se placer dans l’évènement», raconte Julien Clauss. 

«Certaines personnes sortent avec l’envie de relire l’œuvre, à leur manière et en entier, et certaines personnes veulent rester sur cette impression parcellaire, où il manque des bouts», expose Emma Loriaut. «Le lendemain, on sort transformé d’avoir traversé la nuit ensemble», complète son compère. Et c’est là, finalement, l’essence de l’expérience : explorer le vivre-ensemble, «une manière de se mettre en commun et de s’organiser ensemble durant cette période», résume l’artiste. 

Pour y assister : dès 18h, le 17 février, au Tam Tam Café (421 Boulevard Langelier). Entrée libre en continu.

Bulletin météo

S’il s’agit d’une deuxième présence en sol québécois au Mois Multi pour Julien Clauss, Emma Loriaut, elle, en est à son baptême de notre climat froid et neigeux. Et c’est un grand bonheur pour tous les deux, tiennent-ils à préciser. D’autant plus qu’ils apprécient beaucoup la philosophie et l’orientation du Mois Multi, qui ne se compare pas aux festivals d’arts électroniques et médiatiques en France, selon eux. 

Outre leur projet On entend lire jusqu’au bout, le duo présentera aussi, ce soir, Météo mondiale, une performance intimement liée au climat. L’art radiophonique, une tangente bien présente dans leurs explorations à tous les deux, est aussi au cœur de la prestation.

On y entendra Emma Loriaut décliner le relevé météo en direct de près 500 villes sur la planète, classées par ordre croissant de température. Le nom de la ville, l’heure locale, sa température, l’état du ciel. Et ainsi de suite. Accompagnée par Julien Clauss au synthétiseur analogique. 

«C’est comme un clignotement qui provient de partout sur le globe», image l’artiste. «Il y a quelque chose de cinématographique, qui crée une poésie sonore. Ce n’est pas une litanie», précise-t-il. 

Pour y assister : dès 21h30, le 15 février, au Quartier général du Mois Multi, au complexe Méduse. Entrée libre.