La Grosse Pomme fascine Mikaël depuis qu'il est petit. Le Québécois d'adoption comptait bien, un jour, y camper une histoire. C'est maintenant chose faite avec Giant.

Mikaël parmi les gratte-ciels new-yorkais

Après s'être fait un nom dans le milieu de la littérature jeunesse, puis s'être distingué en cosignant la série bd Promise, Mikaël vole de ses propres ailes dans un registre adulte. Avec Giant, sa première histoire pour la respectée maison Dargaud, l'auteur et dessinateur s'intéresse au New York des années 30.
La Grosse Pomme fascine Mikaël depuis qu'il est petit. Il comptait bien, un jour, y camper une histoire, mais aucune de ses idées n'avait su le satisfaire pleinement. Puis, il y a cinq ans, le Québécois d'adoption est retombé sur la photo Lunch atop a Skyscraper, ce mythique cliché de 1932 où l'on voit des ouvriers casser la croûte dans les hauteurs.
«J'ai tiré le fil de cette photo et j'ai trouvé mon cadre : New York, 1932, sur le chantier de construction, dans les années de la grande dépression, à la suite du krach de 29, raconte-t-il. J'ai découvert les années 30 en faisant mes recherches et j'ai trouvé que c'était une époque très propice à aborder des thèmes qui avaient une résonnance dans notre contemporain : l'immigration, la crise économique, l'enfermement dans les routines de nos grandes villes.»
C'est ainsi, donc, que Giant, une bd dont le premier de deux volumes vient tout juste de paraître, a trouvé ses sources. On y relate le destin d'un ouvrier aussi costaud que mystérieux, Giant, qui n'est pas particulièrement jasant. Dans ce chantier de construction de gratte-ciel, où des immigrés irlandais viennent chercher une source de revenus pour leur famille restée outremer, plusieurs trouvent la mort. Et lorsqu'un des comparses de Giant a cette malchance, il est mandaté pour écrire à la veuve et lui annoncer la mauvaise nouvelle. Plutôt que s'exécuter, Giant décide d'entretenir la correspondance et de continuer d'acheminer de l'argent à la famille du défunt.
Immigration
Giant n'a rien d'autobiographique, mais comme Mikaël est immigrant lui-même, Français d'origine installé à Québec depuis 2008, après un détour par la Guadeloupe, sa nouvelle création trouve écho dans son propre parcours. Cependant, son lien personnel le plus fort s'est manifesté lorsqu'il a rencontré l'oncle de sa conjointe, qui est Portugais. À l'image des Irlandais de sa bd, l'homme s'était exilé seul en France pour travailler, acheminant sa paie à sa famille et ne la rejoignant que durant ses vacances estivales.
«Ce qui m'intéresse est de parler de l'histoire des petites gens, précise Mikaël. Les gens courageux qui quittent les pays où ils sont en proie à la famine, répression politique ou religieuse, c'est le thème de l'immigration : comment les gens se réinventent. Je suis moi-même immigrant, même si, on s'entend, ce n'est pas dans les années 30 et je n'ai pas quitté un pays en guerre. Il y a une reconstruction à faire et c'est ça dont j'ai voulu parler : tous ces hommes qui partaient chercher du travail tout seuls, car ils ne pouvaient pas payer le billet du bateau pour toute la famille, ils envoyaient l'argent et vivaient souvent de manière misérable.»
D'une griffe à l'autre
De la même manière que des immigrants ont appris à se réinventer, Mikaël a revu sa griffe, faisant de la série Promise où il agissait à titre de dessinateur, une sorte de laboratoire graphique. Quand est venu le temps de pondre Giant, il a continué d'affiner son dessin, tout en développant cette histoire. Il a également travaillé les couleurs, jouant des teintes sépia, évoquant les années passées, mais aussi la grisaille de ce milieu dur. 
Par-dessus tout, Mikaël s'est efforcé de dépeindre le New York de l'époque avec le plus de rigueur possible. Il n'a donc pas hésité à aller y mettre les pieds, à s'arrêter à la NYPL, la grande bibliothèque publique, où il a pu trouver des documents lui donnant une idée de ce à quoi ressemblaient les rues dans les années 30. À titre d'auteur, il a par ailleurs eu accès aux archives du Rockefeller Center, ce qui lui a permis de retracer toute la période de construction.
Alors que le premier volume de Giant arrive sur les tablettes, Mikaël vient d'achever le deuxième, dont la parution est prévue pour janvier. Bien qu'il ait baigné dans ce projet pendant près de cinq ans, il ne vit pas de déprime à l'idée de devoir quitter l'aventure. Il faut dire qu'il ne la délaisse pas tout à fait. Certes, c'est terminé pour Giant, mais pas pour la Grosse Pomme, puisque au moins deux autres histoires réalistes, situées dans la même ville, à la même époque, sont dans les cartons.
«J'ai encore des choses à dire sur le New York de cette époque, pour aborder des thèmes qui me sont chers, affirme-t-il. J'aimerais aller jusqu'à faire ma trilogie new-yorkaise - je dis ma, car le titre est déjà pris [par Paul Auster]!»
Mikaël lance officiellement Giant à Québec mercredi, à la Librairie du quartier, à 17h30. Un lancement aura aussi lieu à Montréal à la librairie Monet le 30 septembre à 14h.