Michel Tremblay était l’invité de l’Institut canadien. L’écrivain s’est livré avec générosité devant des gens visiblement conquis à la Maison de la littérature.

Michel Tremblay en trois temps

Une heure, c’est bien peu, pour s’entretenir avec un monument comme Michel Tremblay. N’utilisez pas ce mot pour parler de lui, d’ailleurs. Diane Martin, l’animatrice du Grand entretien qu’il a livré, jeudi, à la Maison de la littérature, l’a appris à ses dépens. «C’est un mot que je déteste dans la vie!» lui a-t-il lancé, du but en blanc, mais avec le sourire.

L’auteur a en effet beaucoup d’humour et il se sait volubile. Il s’est livré avec générosité devant des gens visiblement conquis — et connaissants — de son œuvre. Michel Tremblay était l’invité de l’Institut canadien. Il était en ville pour assister à la première du spectacle La naissance d’un cycle — Merci Michel Tremblay! organisé par la Maison de la littérature autour du 40e anniversaire de la publication de La grosse femme d’à côté est enceinte. Au moment d’écrire ces lignes, il restait par ailleurs quelques billets pour la représentation de vendredi soir (maisondelalitterature.qc.ca).

Pour ceux qui n’y étaient pas, voici quelques-uns des meilleurs moments de cet entretien avec Michel Tremblay.

Le théâtre et le roman

La carrière de Michel Tremblay a toujours oscillé entre le théâtre et le roman. Comment sait-il si sa prochaine œuvre sera l’un ou l’autre? «Ça s’impose de soi», répond-il simplement. Il dit ne s’être trompé qu’une seule fois, avec Marcel poursuivi par les chiens, qu’il aurait finalement voulu avoir écrit en roman dans le cycle des Chroniques du Plateau Mont-Royal plutôt qu’en pièce de théâtre. «Pour moi, une pièce de théâtre, ça existe pour crier des bêtises au monde, et un roman, c’est pour raconter une histoire à l’oreille de son meilleur ami», dira-t-il aussi. Et c’est pourquoi il écrit beaucoup moins de théâtre aujourd’hui. Il a même deux pièces qui n’ont jamais abouti. «Je me suis adouci en vieillissant», constate-t-il. «J’ai passé ma jeunesse à crier, maintenant j’ai envie de murmurer, de chuchoter», poursuit-il un peu plus tard. D’ailleurs, le romancier publiera un nouvel ouvrage en octobre prochain, intitulé 23 secrets bien gardés, soit autant de courts récits basés sur des souvenirs.

La «révolution» des Belles-sœurs

«La chose la plus idiote, c’est de penser qu’on va révolutionner quelque chose. Il ne faut pas calculer ça», analyse Michel Tremblay, autour de l’impact de son écriture en joual. «Tout ça a été fait avec une telle naïveté», dit-il aussi à propos de la première présentation des Belles-sœurs, en 1968, avec son complice André Brassard. Ils étaient «deux tits culs» arrivés au bon moment, rien du plus, pense-t-il. Cet été-là, il y a aussi eu Réjean Ducharme avec Le Cid maghané et Ines Pérée et Inat Tendu, ainsi que L’Osstidcho. «Quand on a voulu écrire en joual, on s’est dit: “on ne se censure pas”… mais comment écrit-on les mots?» raconte Michel Tremblay. Selon lui, «cette question de l’accent et de la pertinence, il y a juste les anciennes colonies qui se les posent.»

Key West et les États-Unis

Plus tôt dans l’entretien, Michel Tremblay avait glissé «qu’en vieillissant, on est moins niaiseux, sauf peut-être Donald Trump». Il en a remis quand un auditeur l’a questionné sur l’importance de Key West dans sa vie. «Je suis un chat, moi, j’ai des habitudes, je refais les mêmes choses au même moment tous les jours. Ma vie est le jour de la marmotte», a-t-il d’abord rigolé. «Quand Donald Trump a pris le pouvoir, j’ai eu la même question que tous ceux qui ont une propriété aux États-Unis : est-ce que j’y retourne? Ça m’a fait peur. Mais comme Key West [...] est plutôt libérale, j’ai décidé d’essayer d’y retourner une première année et tout s’est bien passé. Mis à part quand je suis arrivé, il y a eu un premier gay bashing à Key West. Des hommes qui ont foncé à moto sur des gais en leur disant: “Now you’re in Trump country”. Mais ça s’est calmé. […] Ça fait 28 hivers qui j’y passe, c’est maintenant dans ma peau, mon ADN», a-t-il conclu.