Le créateur de la série «Paul», Michel Rabagliati, planche sur un nouvel album qui sortira en 2019.

Michel Rabagliati: Paul à la maison... et à la radio

GRANBY — Arrivé à la bande dessinée sur le tard, Michel Rabagliati est aujourd’hui une figure de proue au Québec dans ce domaine grâce à son célèbre Paul. Son œuvre est aussi publiée à l’international dans plusieurs langues. «Paul à la campagne», «Paul a un travail d’été», «Paul en appartement», «Paul dans le métro», «Paul à la pêche», «Paul à Québec», «Paul au parc», «Paul dans le Nord» et «Paul à Montréal», c’est lui. Son œuvre est aussi publiée à l’international dans plusieurs langues. Avec humilité, il rappelle néanmoins n’avoir rien inventé.

«Je suis embarqué dans un mouvement de bandes dessinées contemporaines. Au début des années 90, plusieurs auteurs proposaient de la BD adulte, plus personnelle, pas comique, en noir et blanc, avec des histoires longues et des souvenirs. En découvrant cette tendance, j’ai pogné de quoi, comme on dit! Ça a permis à des auteurs comme moi d’embarquer dans le train.»  

Au fil des ans, fait-il remarquer, son style a évolué tout seul, en douceur. «Je n’ai pas pesé bien fort sur le crayon. Je vois que les proportions ont changé, qu’il y a plus de détails, plus de hachures. Je dirais que mon style s’est vraiment placé au quatrième album et j’y suis demeuré depuis.» 

Il ne voit pas l’intérêt de le modifier, convaincu que ce ne sont pas nécessairement les dessins qui font le succès d’une BD, c’est plutôt l’histoire. «Je suis plus dans la lignée des Peanuts de Schulz. Je ne suis pas un auteur à dessins, je suis un auteur à histoires. J’ai trouvé ma voie en racontant mes histoires personnelles, des histoires ordinaires, avec de vrais personnages plausibles, dans la vie quotidienne. Devenir père m’a apporté un autre regard sur la vie, une sensibilité plus aiguisée. J’ai eu envie de parler de ce qui se passait autour de moi.»

Ralenti par une tendinite cette année, Michel Rabliagiti a dû réduire son rythme de travail et penser à lui. Pas facile pour un workaholic aux mille et une occupations... «Je ne suis pas habitué de prendre soin de moi. Faut que je me parle! Je n’ai plus 20 ans.»

Il planche néanmoins sur son projet d’album Paul à la maison, qui sera publié en 2019. «Paul a maintenant 51 ans, la vie a avancé, il est plus gros, il est séparé, il a vécu beaucoup de deuils, le climat a changé. C’est un livre plus sombre, mais le personnage est rendu là et j’ai pris le pari de raconter ça. On verra ce que le lecteur en pensera.» 

L’attachant Paul pourrait vivre encore des années, au fil de nombreux autres albums. Pourtant, Michel Rabagliati ne tient rien pour acquis. Ce qui lui importe, c’est de demeurer pertinent. «Paul est une autofiction, mais ce n’est pas un journal personnel. Je pense au bonheur des lecteurs d’abord. Je veux qu’ils accrochent, qu’ils rient et qu’ils aient des émotions. Il faut que ça reste divertissant. Sinon je vais faire un journal personnel et le garder sous mon oreiller.»

En audio

Pour découvrir l’univers de Paul, la radio de Radio-Canada proposera durant le temps des Fêtes une version audio de Paul dans le Nord. Michel Rabagliati est manifestement ravi de cette première. Non seulement ce récit s’est parfaitement prêté à l’exercice, mais il a aussi permis d’y ajouter une atmosphère sonore et musicale. Le bonheur!

À 57 ans, quel rêve lui reste-t-il? «J’ai déjà réalisé mon rêve en 2004, quand j’ai commencé à vivre de mon art. C’est ce que je voulais. Maintenant, j’ai une belle gang de lecteurs et la série a une cote d’amour incroyable. Je rejoins les femmes — plusieurs ont redécouvert la BD avec Paul — et même les enfants dans les écoles! Je n’ai pas l’habitude de me péter les bretelles, mais je pense que Paul a aidé la BD au Québec. Ça a créé une sorte d’engouement et les gens n’ont plus honte de lire une BD dans le métro», lance-t-il en riant.