Marie Laberge
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Marie Laberge fête ses 45 ans de carrière et les 20 ans de Gabrielle

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Avec les salons du livre et autres événements littéraires annulés, les derniers mois ont permis à Marie Laberge de se «réfugier dans la solitude» et de se donner quotidiennement à sa «tâche d’écrivaine». C’est pourtant entourée d’internautes, via Facebook, qu’elle a officiellement célébré, lundi soir, les vingt ans de Gabrielle, le premier tome de la populaire saga Le Goût du bonheur.

«Chanceuse», c’est ainsi que se décrit l’auteure québécoise qui se considère déjà «bien gâtée» d’écrire et d’avoir pu ne serait-ce que souligner cet anniversaire littéraire malgré la pandémie.

Quand on la questionne sur le succès de sa trilogie, Marie Laberge, bien humble, répond encore une fois : «la chance».

«Ce succès, je l’ai reçu comme quelque chose qui n’arrive pas souvent et qu’il faut savourer à fond. […] On écrit tous nos livres avec le même travail, puis tout à coup tout le monde se met à en lire un et à s’en enthousiasmer. Pour moi, c’est vraiment un grand bonheur que j’ai reçu avec humilité», explique-t-elle, en entrevue au Soleil.

En plus de revenir sur ce succès qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers la francophonie, Marie Laberge a partagé plusieurs archives personnelles et intimes lors de son Facebook live. Notes, journal, manuscrit original et photos de son espace de travail ont jeté un nouveau regard sur la conception de la populaire trilogie.

«Hier, j’ai fait aux gens cadeau de quelque chose qui provient de l’intimité de la trilogie, lance-t-elle en riant. Je voulais montrer comment se sont étoffé les pages du livre, de quelle ardeur, de quel travail ça découlait. Les gens ont lu l’histoire mais, derrière cette histoire, il y a quelqu’un qui a travaillé sur une table, devant la mer, avec tous ces petits déchirements intérieurs qui accompagnent l’acte d’écrire», soutient-elle.

Sur le web ou en entrevue, Marie Laberge parle de Gabrielle, Adélaïde et Florent avec beaucoup d’amour et de façon très touchante. Si la relation qu’elle entretient avec eux semble bien particulière, l’auteure assure qu’elle vit cette connexion avec chacun de ses personnages : «J’ai une grande tolérance et beaucoup d’affection envers mes personnages même quand ils ne sont pas fins. Je suis très encline à les comprendre et à les écouter. Quand j’écris mes personnages, ils prennent de l’ampleur, puis de la place dans mon cœur.»

«L’attachement inexplicable» qu’ont éprouvé bon nombre de lecteurs envers les êtres fictifs du Goût du bonheur relève toutefois des mystères de la littérature, estime l’auteure.

«Il y a des personnages qui ont une sorte d’aura. Et je ne sais pas pourquoi. […] Quand on lit un roman qu’on aime ou qui nous parle beaucoup, souvent, on y entre comme si on était dans notre propre famille. On crée dans sa tête une famille imaginaire qui est très forte et qui a même l’air d’être présente.»

Une trilogie «pour comprendre les différences»

Dans Gabrielle, Marie Laberge présente le Québec rigide et religieux des années 30. Le mariage de Gabrielle et Edward, qui n’a pas reçu la bénédiction de la famille, donne le ton à l’histoire et aux deux autres livres qui suivront plus tard. La tolérance, l’acceptation et surtout la compréhension des différences sont les bases du Goût du bonheur, explique l’auteure.

Bien que près de cent ans séparent Gabrielle d’aujourd’hui, les êtres humains, contrairement à leur milieu, ne «changent pas tant que ça», estime Marie Laberge.

«L’important, c’est de trouver la veine humaine qui fait qu’un personnage daté des années 30 va quand même nous parler aujourd’hui. Un roman historique nous montre à quel point les choses ont changé, mais aussi à quel point les personnes [d’avant] étaient comme nous, avec des envies, des désirs, des renoncements, des échecs et des grandes réussites.

«Il est vrai que notre époque est polarisée mais actuellement, tout comme dans la trilogie, on voit que le travail de l’ignorance est l’un des pires qui puisse se passer. Parce que, quand on ne sait pas, on a peur. Et quand on a peur, on condamne. On ne condamne pas aujourd’hui avec les mêmes raisons qu’à l’époque, mais on le fait quand même.»

Avec les réseaux sociaux qui sont, pour elle, comme des tas de brindilles sèches : une petite étincelle et tout s’enflamme, Marie Laberge s’avoue donc inquiète, mais pas surprise du climat actuel, difficile pour la littérature. Que l’on parle du cas d’Yvan Godbout, acquitté d'accusations de production de pornographie juvénile, ou des différents combats pour la liberté d’expression.

«Toute œuvre est un acte libre vers la compréhension d’autrui. Quelquefois, la compréhension est courte, pour ne pas dire précipitée. Les gens réagissent souvent à cette compréhension comme s’ils étaient à fleur de peau. On se scandalise rapidement, même là où il n’y a pas lieu de réagir comme ça», déplore-t-elle.

Et l’autocensure dans tout ça? «Jamais! Si quelqu’un veut me censurer, qu’il s’essaye. Je vais me battre. J’écris avec une liberté que je chéris et que j’entretiens férocement. Ma liberté, j’y tiens. Personne ne pourra s’immiscer dans ma page», affirme haut et fort la passionnée de littérature.

Pour les années à venir, Marie Laberge souhaite donc, tout simplement, continuer d’écrire librement «des choses assez intéressantes pour que [son] lectorat [la] suive».

Afin de souligner les 45 ans de carrière de Marie Laberge et les 20 ans de Gabrielle, Québec Amérique lance d’ailleurs un coffret anniversaire réunissant les trois tomes de la saga. La vidéo du lancement avec Marie Laberge est toujours disponible sur la page Facebook de la maison d’édition.