«Le président [Emmanuel Macron] ne va pas se rendre sur le pavillon officiel de la Russie au Salon du livre [...] dans le contexte de l’attaque de Salisbury en cohérence avec nos positions et par solidarité avec notre allié britannique», a indiqué l’Élysée.

Macron boycotte le pavillon russe au Salon Livre Paris

PARIS — Coup de froid entre Paris et Moscou même sur la scène littéraire. Signe de la tension croissante entre la Russie et les capitales occidentales après l’empoisonnement en Angleterre d’un ex-espion russe, le président Emmanuel Macron a décidé de boycotter le pavillon russe, pays pourtant à l’honneur du Salon Livre Paris.

Le chef de l’État, qui inaugure jeudi soir le Salon du livre, «ne se rendra pas» au pavillon de la Russie, a indiqué son entourage.

Dans un document vu par l’AFP, cette visite était pourtant bien au programme du président.

«Le président ne va pas se rendre sur le pavillon officiel de la Russie au Salon du livre [...] dans le contexte de l’attaque de Salisbury en cohérence avec nos positions et par solidarité avec notre allié britannique», a indiqué l’Élysée.

Mais «le président rencontrera des écrivains russes» au cours de la visite du Salon, a précisé la présidence. «Nous avons à cœur de faire vivre les liens culturels étroits entre la société russe et la société française».

Le chef de l’État avait indiqué à la mi-journée qu’il annoncerait «dans les prochains jours [des] mesures». Sans préciser si ces mesures viseraient Moscou, il a affirmé que «tout porte à croire que la responsabilité est attribuable à la Russie».

Les organisateurs du Salon Livre Paris marchent sur des œufs. Préparé depuis des mois, le Salon devait mettre en avant le renouveau des lettres russes. Trente-huit auteurs russes y ont été invités dont Zakhar Prilepine, 42 ans, politicien controversé proche du chef du Parti national-bolchevique Édouard Limonov, mais aussi écrivain parmi les plus doués de sa génération. Ou encore Ludmila Oulitskaïa, lauréate du prix Médicis étranger en 1996.

Les écrivains de la délégation russe ne sont pas tous des partisans du président Vladimir Poutine, quasiment assuré d’obtenir un quatrième mandat à l’issue de l’élection présidentielle de dimanche.

«Je n’ai jamais dépendu du pouvoir, il ne m’a pas fait de cadeaux et je ne lui dois rien», a ainsi confié jeudi Ludmila Oulitskaïa à l’AFP.

«Je n’irai pas voter dimanche», a ajouté la romancière qui vient de publier L’échelle de Jacob (Gallimard).

«Certes, la Russie est le pays invité d’honneur du Salon, mais il y a beaucoup d’autres choses», a de son côté souligné auprès de l’AFP et sous couvert de l’anonymat, un des organisateurs.

Ce responsable a mis notamment en avant la présence «de plus d’une dizaine de pays africains». Pour sa deuxième participation au Salon, le pavillon des Lettres d’Afrique s’est ouvert aux pays des Caraïbes et du Pacifique. Quelque 130 auteurs y sont attendus, dont l’écrivaine sénégalaise Aminata Sow Fall, 76 ans, une des plus grandes plumes de la littérature africaine francophone.

Le Québec sera également en force au Salon avec une quarantaine d’auteurs.

Au total, près d’une cinquantaine de pays seront représentés dont, pour la première fois, la Chine, la Hongrie et l’Ukraine.

Salon parallèle

Plus de 3000 auteurs disposés à la rencontre, aux échanges et aux dédicaces sont attendus.

Après s’être mobilisés sur les réseaux sociaux avec le hashtag #PayeTonAuteur, les écrivains ont obtenu que leurs prestations lors des conférences soient rémunérées.

La question de la rémunération des auteurs est une question lancinante alors que selon une étude du ministère de la Culture, 41% des auteurs professionnels gagnent moins que le salaire minimum.

D’une manière générale, l’année 2017 a été médiocre pour le monde de l’édition avec un marché en recul de 1,1% en valeur, selon une récente étude du magazine spécialisé Livres Hebdo.