Arrachée à sa famille et envoyée dans un pensionnat, puis achetée, martyrisée et agressée sexuellement, Lucy Wolvérène porte avec elle un lourd passé pour une femme de 17 ans.
Arrachée à sa famille et envoyée dans un pensionnat, puis achetée, martyrisée et agressée sexuellement, Lucy Wolvérène porte avec elle un lourd passé pour une femme de 17 ans.

Lucy Wolvérène: une saga historique et fantastique en plein cœur de Québec

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
Que ce soit sur la terrasse Dufferin, la rue Saint-Joseph ou à l’Île d’Orléans, aucun quartier ni même le fleuve n’arrête Lucy Wolvérène, la plus grande cambrioleuse de Québec. Dans Les cristaux d’Orléans, la jeune autochtone de 17 ans s’engage d’ailleurs dans une saga pour réaliser «le coup du siècle».

Ce n’est pas un hasard si le tout nouveau roman jeunesse de Sandra Dussault se situe en 1907. Alors qu’elle cherchait de l’inspiration après l’écriture de son livre Le Programme, les algorithmes de Facebook lui ont proposé une publication de la Société historique de Québec.

«Ils publient régulièrement des faits historiques qui se sont passés à Québec. J’en recevais souvent et, un jour, je suis tombée sur une publication qui racontait qu’en 1907 un prince japonais est venu à Québec. Ça disait qu’il était resté une nuit au Château Frontenac, qu’il était parti en train à Montréal et qu’il avait ensuite traversé le Canada», raconte Mme Dussault, qui a donc brodé l’histoire de Lucy Wolvérène autour de cette anecdote.

Arrachée à sa famille et envoyée dans un pensionnat, puis achetée, martyrisée et agressée sexuellement, Lucy Wolvérène porte avec elle un lourd passé pour une femme de 17 ans. Devenue voleuse grâce à sa ruse et à la façon dont «elle sait s’entourer», l’adolescente n’est pas sympathique aux premiers abords. «C’est une jeune fille au caractère assez fort. Elle a beaucoup de colère à l’intérieur d’elle. Ce n’est pas un personnage aimable au départ», admet l’autrice.

L’héroïne a tout de même un bon fond, précise Mme Dussault, pour qui il était important «d’ajouter de la profondeur au personnage, de raconter d’où elle vient et d’expliquer pourquoi elle agit ainsi». Dès le début du roman, Lucy «prend position» par rapport à certains enjeux «plus actuels». Elle vit notamment de manière indépendante, en femme forte et féministe; tue les voyous qui encouragent la traite d’enfants et déteste «tout ce qui porte une soutane».

Sandra Dussault, auteure

Entre son personnage terre à terre, les faits historiques et les rues de Québec, Sandra Dussault souhaitait plonger Les cristaux d’Orléans dans le roman fantastique : hommes-corbeaux, sorcières, guérisseuses et cristaux sont au programme. «Ce que j’aime moins dans le fantastique, c’est la profusion d’information quand c’est un monde créer à partir de zéro. Les noms des personnages, les lieux, tout ça, c’est beaucoup d’information à intégrer. En utilisant un lieu [la ville de Québec] connu du moins par une partie de mes lecteurs, je pense que c’est plus facile à lire», explique-t-elle.

Le fantastique et les jeunes

Il n’y a pas si longtemps Amos Daragon, Arielle Queen, Les Chevaliers d’émeraude et autres étaient très populaires auprès des adolescents. Le merveilleux et le surnaturel perdent-ils du terrain devant les romans jeunesse plus contemporains? «C’est sûr qu’on voit un grand engouement pour les romans plus réalistes, avec la série Tabou notamment. Ce sont des thèmes peut-être plus lourds, qui amènent une réflexion. Mais avec le fantastique, on va plus dans l’imaginaire», estime l’autrice, qui porte aussi le chapeau d’enseignante à temps partiel dans la région de Québec.

Selon Mme Dussault, les jeunes doivent avoir accès à plusieurs genres littéraires afin de trouver celui qui les accroche le plus. 


« Un de mes buts principaux, c’est intéresser les garçons à la lecture. J’ai l’impression que le fantastique peut être un genre qui les attire »
Sandra Dussault, auteure


La professeure au primaire, qui offre des animations littéraires dans les écoles, souligne d’ailleurs le «grand effort» réalisé actuellement par les enseignants de français du secondaire qui «font beaucoup de belles choses» pour promouvoir la lecture auprès de leurs élèves.