Lu pour vous: spécial BD

<strong>Guy Delisle</strong> <strong><i>S'enfuir - Récit d'un otage</i></strong> Dargaud, 428 pages
S'enfuir - Récit d'un otage****
On connaissait Guy Delisle pour ses carnets de voyage, comme Chronique de Jérusalem, où il mariait humour et observations culturelles ou sociales, ainsi que pour ses publications plus légères, comme Le guide du mauvais père. Avec S'enfuir - Récit d'un otage, il investit un autre registre, mais avec la même adresse. L'auteur originaire de Québec raconte l'enlèvement du travailleur humanitaire Christophe André, en 1997, et ses 111 longues journées de captivité. Avec un dessin minimaliste, des effets de redondance et un jeu de couleurs limité, il nous fait entrer dans la tête du captif : son attente, ses espoirs, ses efforts pour rester sain d'esprit. Il sait jouer sur les rares événements qui ponctuent l'attente de Christophe André et tire habilement les ficelles du suspense. Un ouvrage qui nous habite jusqu'à la dernière page. Et même au-delà...
Les trois fantômes de Tesla, tome 1 ***1/2
<strong>Guilhem et Marazano</strong> <strong><i>Les trois fantômes de Tesla, tome 1</i></strong> Le Lombard, 46 pages <strong></strong>
Nous sommes en 1942. Travis, un jeune garçon, et sa mère, contrainte de travailler de nuit dans une usine, s'installent dans un New York qui n'a rien de rassurant. Non seulement il y a ce voisin de palier inquiétant, un vieillard peu sympathique, mais la nuit, des itinérants disparaissent, tandis que de mystérieuses lumières apparaissent... Dans ce premier tome d'une trilogie, Marazano plante solidement le décor de cette uchronie. Il s'intéresse à Nikola Tesla, de même qu'à son rival, Thomas Edison, tout en développant des intrigues parallèles sans égarer le lecteur. Guilhem met l'histoire en images fort habilement, optant pour un trait réaliste qui traduit à la fois la dimension historique, fantastique et rétro du scénario. Voilà qui laisse présager le meilleur pour la suite.
Ramures ***
<strong>Bellebrute</strong> <strong><i>Ramures</i></strong> Bayard Canada, 104 pages
Le duo d'auteurs québécois Bellebrute, qui réunit Marianne Chevalier et Vincent Gagnon, s'était surtout fait connaître jusqu'à maintenant par l'intermédiaire de ses albums jeunesse. Avec Ramures, les deux complices publient un premier roman graphique, à la signature particulière. On y relate le destin d'Albert, un cordonnier solitaire, dont la vie chamboule lorsqu'il tombe amoureux d'une de ses clientes. Malheureusement, sa relation ne sera pas aussi simple, d'autant qu'il n'est pas doué pour communiquer et qu'il est hanté par ses démons du passé. Bellebrute livre une histoire où les segments sous forme de bande dessinée sont interrompus par des illustrations sur deux pages, représentant le jardin à la fois intérieur et extérieur d'Albert. C'est un peu chargé au plan visuel, mais l'ouvrage n'est pas moins pertinent, relaté avec sensibilité.
Mickey's Craziest Adventures ***
<strong>Keramidas, Lewis Trondheim</strong> <strong><i>Mickey's Craziest Adventures</i></strong> Glénat, 44 pages
En guise de prémisse aux Mickey's Craziest Adventures, l'auteur Lewis Trondheim et le dessinateur Keramidas ont fait comme s'ils avaient trouvé des exemplaires d'une vieille série de Mickey oubliés et les avaient traduits, puis reproduits. Et c'est cette série, proposée comme un feuilleton, qui est livrée ici, avec des épisodes manquants. L'histoire est aussi mince et que les péripéties sont folles : Mickey et Donald survivent aux dinosaures, vont dans l'Atlantide et jusque sur la Lune pour retrouver le trésor perdu de Picsou. Ce n'est pas parfait, mais ça marche. L'idée d'une histoire avec des trous est bonne et c'est rendu de manière hyper dynamique par Keramidas, le tout avec des effets de pages vieillies, tachées ou même déchirées. Un heureux lifting des héros de Disney.