Les Amplificateurs en pleine séance d'écriture collaborative en direct devant public à Matane.

Les Amplificateurs: un projet d'écriture numérique nouveau genre

Trois écrivains du Bas-Saint-Laurent s'éjectent du livre pour travailler, depuis quelques semaines, sur un grand projet d'écriture numérique plutôt singulier, au procédé complètement réinventé. Anick Fortin, Mylène Fortin et Pierre Labrie ont conçu un espace collectif de création en direct permettant aux lecteurs de partout d'assister, en temps réel, à leur processus d'écriture et à le commenter. Le trio s'appelle Les Amplificateurs.
Pourquoi Les Amplificateurs? «C'est une façon d'amplifier la parole poétique, la littérature, de se servir des réseaux sociaux et d'un blogue pour rejoindre plein de gens dont le lectorat peut être un peu différent du lectorat habituel, explique Anick Fortin. Puis, éventuellement, on pourrait amplifier le groupe. C'est une plate-forme qui pourrait être ouverte à d'autres écrivains. Amplifier, c'est aussi partir petit, faire des tentatives avec des choses complètement différentes pour sortir de notre bulle.» Les réseaux sociaux utilisés par le trio d'écrivains sont Facebook, Twitter et Instagram.
L'idée est venue après une première expérience d'écriture collective entre les trois comparses dans le magazine Bleu Panache, où ils ont remporté le prix Coup de coeur du jury. «On a publié un premier texte qu'on avait écrit ensemble, sans être ensemble», mentionne Mylène Fortin. Devant le succès de ce premier exercice d'écriture, le trio a fait une demande de subvention au Conseil des arts et des lettres du Québec, qui lui a accordé 30 000 $.
Les trois écrivains étendent leur performance au concept d'écriture en direct grâce à l'application Google Docs. Le blogue lesamplificateurs.com donne accès au projet en chantier, où l'internaute peut voir le texte en train de s'écrire, parfois en direct. Leurs auteurs sortent complètement de leur zone de confort habituel. «Quand je suis toute seule, j'écris des mots et je sais que je ne les garderai pas, indique Mylène Fortin. Mais, c'est une idée que j'ai et je sais que je vais la retravailler, la métaphoriser. Les gens ont accès à ce qui se passe dans ma tête! Il y a une zone d'intimité par rapport au processus de création qui est vertigineuse!»
Pour le lecteur, c'est comme avoir accès au cahier de l'écrivain avec toutes ses ratures et ses imperfections auquel il n'a jamais accès avant d'en arriver à la publication finale. Pendant que Les Amplificateurs écrivent, leur texte bouge au gré des ajouts et des modifications de l'autre, mais aussi des commentaires de lecteurs qui peuvent interagir par rapport à leur manuscrit. «Je suis dans ma création et je suis constamment "dérangée", reconnaît Mylène Fortin. Mais, ce "dérangement"-là, il devient porteur de quelque chose.» «Ce n'est plus juste un regard au-dessus de l'épaule qui est en train d'espionner ce qu'on fait, c'est qu'en plus, il tape sur l'épaule pour questionner», illustre Pierre Labrie.
À la fin novembre, les Amplificateurs se sont prêtés à deux séances d'écriture collaborative en direct devant public, l'une à Rimouski et l'autre à Matane. «Les poètes surréalistes français travaillaient beaucoup dans un café, en groupe, avec du travail à contrainte, rappelle Pierre Labrie. Les gens qui étaient autour pouvaient espionner ce qui se passait, regarder, entendre. C'est un peu la même chose. Mais, pour nous, le café est aussi virtuel.»
À la fin du projet, Les Amplificateurs songent à publier un livre pour raconter leur expérience. «C'est une question de pérennité, justifie Anick Fortin. Le concept du livre, qu'il soit numérique ou papier, c'est quelque chose qui va perdurer.»