La réalisatrice Myriam Verreault avec André-Charles Ishtapao, l'un des candidats pour un rôle dans Kuessipan.

Le roman Kuessipan adapté au cinéma

La sensibilité de la réalisatrice Myriam Verreault envers la culture des Premières nations l'a entraîné à adapter le roman de Naomi Fontaine, Kuessipan, qui traite de la cohabitation entre Innus et Blancs à travers l'histoire d'une forte amitié entre deux jeunes Innues.
Verreault et une partie de son équipe sont ces jours-ci à Sept-Îles, et bien sûr dans les deux territoires autochtones que sont Uashat et Mani-Utenam, pour dénicher les acteurs de Kuessipan, dont le tournage devrait débuter à l'automne. Jusqu'ici, plus de 300 Innus se sont inscrits à l'appel de distribution, une réponse au-delà des attentes de la réalisatrice. 
L'enthousiasme est moins grand du côté allochtone pour trouver celui qui personnifiera Francis, le jeune Blanc qui viendra ébranler l'amitié entre Mikuan et Shaniss, deux jeunes femmes qui ont connu des parcours bien différents. Mikuan provient d'une famille aimante alors que Shaniss a vu son enfance bafouée par les siens. Lorsque Francis débarque dans sa vie, Mikuan y voit l'occasion de quitter la réserve, qui n'est pas à la mesure de ses ambitions.
«C'est une histoire à laquelle tout le monde peut s'identifier, pas seulement les autochtones», fait valoir Myriam Verreault, qui garde espoir de trouver à Sept-Îles l'interprète de Francis, car elle croit qu'il n'y a rien de mieux que des non professionnels vivant sur place pour bien rendre la réalité.
«On peut arriver à du jeu très crédible [avec des non professionnels], lance-t-elle. C'est sûr que si ce n'est pas bien fait, ça peut avoir l'air de n'importe quoi, mais quand c'est bien fait, c'est encore meilleur qu'avec des comédiens professionnels.»
Celle qui a grandi près du territoire huron-wendat de Wendake a découvert Uashat, située en pleine ville de Sept-Îles, et Mani-Utenam, à une quinzaine de kilomètres à l'est, lors d'un tournage d'un documentaire de l'Office national du film en 2011. Contrairement à bien d'autres endroits, la cohabitation est quotidienne entre Innus et Blancs à Sept-Îles.
«Je me suis demandé ce que ça pouvait représenter, grandir sur une réserve, et comment on crée notre identité, explique Myriam Verreault. J'ai alors cherché de la littérature innue et je suis tombé sur le livre de Naomi Fontaine [originaire de Uashat]. Kuessipan est un livre d'une grande beauté, qui sort des clichés et qui a le ton juste pour le film que je voulais faire.»
«Un projet audacieux»
On peut s'en douter, le projet Kuessipan n'est pas passé comme une lettre à la poste quand est venu le temps du financement. «C'est un projet audacieux, qui a été très difficile à monter et à financer. Je veux un Innu pour jouer un Innu et ça, ce n'est pas facile à vendre, souligne la réalisatrice. On a écrit durant quatre ans, Naomi et moi, et on a finalement eu une réponse positive de la SODEC à notre quatrième dépôt.»
Si le tournage débute cet automne, il y aura aussi des scènes d'hiver et d'été dans Kuessipan. Le tournage se fera au complet à Sept-Îles et dans les communautés innues «afin de vraiment montrer c'est quoi, cette cohabitation», soutient Myriam Verreault, qui souhaite une sortie pour l'automne ou l'hiver 2018. Elle espère en terminant pouvoir faire une tournée des festivals de cinéma un peu partout dans le monde avec le produit final, avec une distribution la plus large possible en salle au Québec.