Jesmyn Ward faisait partie de la courte liste des candidats au prix America du meilleur livre américain.

Le prix America à Jesmyn Ward pour «Le chant des revenants»

PARIS — La romancière américaine Jesmyn Ward a reçu mardi le prix America du meilleur livre américain pour «Le chant des revenants», un récit aussi puissant que déchirant autour d’une famille noire du Mississippi rongée par la drogue et la hantise de la prison.

Professeur d’anglais (elle a été la première de sa famille à fréquenter l’université), Jesmyn Ward, 42 ans, avait déjà été récompensée pour ce livre par le prestigieux National Book Award en 2017.

Elle est la seule femme à avoir reçu deux fois cette distinction considérée comme la plus importante récompense littéraire des États-Unis. Certains critiques américains n’hésitent pas à en faire l’héritière de la lauréate du prix Nobel de littérature, Toni Morrisson.

Traduit de l’anglais par Charles Recoursé, Le chant des revenants (Sing, Unburied, Sing) est sorti en français chez Belfond en février. Une femme prénommée Leonie (Noire et toxicomane, parfois brutale) décide d’emmener ses enfants dans le nord du Mississippi pour aller chercher leur père (Michael, un «petit blanc» issu d’une famille raciste) qui va être libéré de prison.

Vers le pénitencier

Le récit fait alterner les voix de Leonie, de son fils Jojo, un gamin de 13 ans, et de Richie, un fantôme qui ne parle qu’à l’oreille de Jojo.

À 13 ans, Jojo (pour Joseph) est d’une incroyable maturité. La première phrase avec laquelle on le découvre est «j’aime bien penser que je sais ce que c’est la mort».

Élevé par ses grands-parents maternels, notamment son grand-père prénommé River, Jojo prend soin de Kayla sa petite sœur embarquée elle aussi vers le pénitencier de Parchman.

Si la ségrégation raciale appartient au passé, dans le sud des États-Unis ses séquelles demeurent.

Au fil du récit, on apprend qu’un cousin de Michael a tué Given le frère de Leonie quand il était adolescent. L’assassin blanc n’a pas été puni pour ce crime. Chaque fois qu’elle se drogue (et elle se drogue souvent), Leonie voit apparaître le fantôme silencieux de son frère assassiné.

River, qui a séjourné à Parchman quand il était jeune homme, demeure douloureusement hanté quant à lui par le souvenir d’un compagnon de détention, le fameux Richie, emprisonné alors qu’il n’était encore qu’un enfant.

«Pendant plus de 300 ans, les Américains noirs ont été traités comme du bétail», accuse Jesmyn Ward dans le nouveau numéro d’America à paraître mercredi.

«C’est une tendance qui dure depuis des siècles et qui est incrustée dans les fondations mêmes de l’Amérique», ajoute la romancière dont le frère, «homme noir de 18 ans», a été mortellement blessé par un conducteur ivre en octobre 2000. Le chauffard, blanc, a été arrêté par la police, mais simplement condamné pour délit de fuite.

«Je me demande souvent à quel point le verdict aurait été différent si c’était mon frère qui l’avait renversé», s’interroge Jesmyn Ward.