Le livre de la semaine: Rue des Remparts 

Micheline Lachance, Rue des Remparts, Québec Amérique
L'histoire: Rue des Remparts est une «oeuvre de fiction» inspirée de faits réels. Elle relate le destin de deux jeunes femmes qui ont réellement existé, dans les «années folles» qui précèdent la bataille des plaines d'Abraham. À travers leur amitié, l'auteure revisite les événements politiques entre 1747 et 1762, dont la chute de la Nouvelle-France.
L'auteure: Détentrice d'une maîtrise en histoire, la journaliste et romancière Micheline Lachance a été rédactrice en chef du magazine Châtelaine pendant cinq ans avant de se lancer dans l'écriture de romans historiques, au milieu des années 90. Parmi ses oeuvres, Le Roman de Julie PapineauLady CartierLes filles tombées et La saga des Papineau. Elle a également rédigé la biographie du Frère André et celle du cardinal Paul-Émile Léger, publiée en trois tomes.
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Une montée dramatique qui s'essouffle
CRITIQUE / Rue des Remparts dépeint la bourgeoisie de Québec pendant « les années folles » du XVIIIe siècle. Si la montée dramatique nous tient en haleine jusqu'à la bataille des plaines d'Abraham, elle s'essouffle à mi-parcours, nous abandonnant à deux héroïnes esseulées qui se languissent, et dont les états d'âme nous lassent.
Historienne, journaliste et romancière, Micheline Lachance a une écriture efficace. Ses dialogues sonnent vrai. Certains sont « tirés mot à mot » des correspondances de Montcalm, Bougainville, Bourlamaque. Souvent savoureux, ils en révèlent beaucoup sur ces personnages historiques qui sont bien plus que des noms de rue. 
Les moeurs libertines de la bourgeoisie de Québec sont décrites avec réalisme. Le peuple crevait de faim, l'administration de la colonie était corrompue, mais ces messieurs-dames faisaient le party, couraient la galipote, parlaient dans le dos des autres et multipliaient les trahisons. Voilà la grande surprise de ce roman historique.
Catherine de Beaubassin et Geneviève de Lanaudière sont deux grandes amies. Jeunes et belles, elles font partie de cette élite de la Nouvelle-France qui fréquente les soirées arrosées de l'intendant Bigot. Elles ont le béguin pour le marquis de Montcalm. Mais lui, c'est Geneviève qu'il aime. Elle ne se remettra jamais de sa mort, sombrant dans une dépression qu'elle soigne au laudanum, en espérant que son mari, Tarieu de Lanaudière, la fera venir  en France où il est reparti après la Conquête. 
Entre le manoir d'une belle-soeur à Sainte-Anne-de-la-Pérade et leurs appartements de Québec, Geneviève et Catherine se morfondent. La Conquête, la présence des Anglais, l'abandon des Français, la vie dans une ville dévastée par la guerre : la Grande Histoire est reléguée au second plan derrière le chagrin de Geneviève et la question qui taraude Catherine  : son amie a-t-elle fait l'amour avec Montcalm ? Le récit stagne et frise parfois le mélodrame.  Michèle LaFerrière, Le Soleil ***
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Émois amoureux en Nouvelle-France
CRITIQUE / J'avoue être sorti perplexe de la lecture du pavé de Micheline Lachance. Du point de vue historique, à n'en pas douter un instant, l'auteure a fait ses devoirs. C'est le grand mérite du bouquin. La vie en Nouvelle-France, à l'aube de la capitulation de Québec de 1759, est décrite avec minutie, au moment où, de l'autre côté de l'Atlantique, l'«indolente mère patrie» abandonne ses «quelques arpents de neige» en terre d'Amérique.
Le marquis Louis-Joseph de Montcalm, l'intendant François Bigot, Louis-Antoine de Bougainville, François-Gaston de Lévis, Tarieu de Lanaudière, autant de personnages qui prennent vie dans notre imagination pour notre plus grand plaisir, avec leurs qualités et aussi leurs défauts - ainsi, Montcalm aurait été un «irrésistible cancanier» doté d'un «humour caustique», qui «se métamorphosait en présence du sexe faible»...
À l'opposé, et c'est là que le bât blesse, ce pan de l'histoire est vu à travers le regard d'une noble de l'époque, Catherine de Beaubassin, une dame de la belle société «toujours avide de nouvelles émotions», avec un faible «pour les hommes bien sanglés dans leur uniforme». Il en résulte une série d'anecdotes amoureuses lancinantes, d'états d'âme ennuyants et de poncifs sentimentaux. La protagoniste fait une véritable fixation sur sa grande amie et confidente Geneviève de Lanaudière qui, à son grand désarroi, aura eu le malheur de s'attirer les bonnes grâces du marquis de Montcalm. Ont-ils, oui ou non, couché ensemble? Éprouve-t-il, oui ou non, des sentiments à son égard? Et cet enfant mort-né, serait-ce l'enfant du péché? Autant de questions qui m'ont laissé de marbre.
Peut-être ne suis-je pas le bon public pour ce genre de lecture. Peut-être aurais-je dû faire un effort pour réveiller la courtisane qui sommeille en moi. Toujours est-il que cette histoire d'amitié féminine trouble a joué avec ma patience dans ses passages les plus romanesques.  Normand Provencher, Le Soleil ***
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Extrait: la première page
Au moment d'ouvrir ce cahier, la rue du Parloir surgit dans ma mémoire. Je revois la maison de Geneviève comme elle était à l'automne de 1760. À moitié dévastée pendant le siège de Québec, un an plus tôt, elle n'avait pas été complètement restaurée. Un boulet avait percé le toit de l'aile gauche du bâtiment et une partie du mur s'était écroulée, creusant un trou béant. Le corps du logis était moins endommagé, mais le bel escalier tournant n'avait pas retrouvé sa splendeur. Seuls les carreaux éclatés en mille miettes avaient été remplacés.
Mon amie chérissait cette maison de pierres que son époux, Charles- François Tarieu de Lanaudière, avait acquise quelques années après leur mariage. Elle était située à l'extrémité d'une impasse menant au séminaire. De la fenêtre du salon, le point de vue embrassait l'horizon au-delà du fleuve Saint-Laurent, laissant deviner au loin les montagnes sans Nom. Le jardin dont Geneviève tirait fierté avait grise mine. Au fil des mois, la nature avait repris ses droits, si bien que les mauvaises herbes recouvraient les gravats et les amas de débris à demi calcinés. De grosses tales de marguerites jaunes à coeur brun et des bouquets de campanules envahissaient la cour. 
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À venir
10 juin: Jay Asher, 13 raisons (Albin Michel)
17 juin: Marie-Ève Sévigny, Sans terre (Héliotrope)
23 juin: spécial lectures d'été
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