Le livre de la semaine: Les égarés 

Lori Lansens, Les égarés, Alto
L'histoire: En se rendant au sommet de la montagne surplombant Palm Springs et Tin Town, Wolf entend célébrer ses 18 ans en se suicidant. Or, ce jour-là, trois femmes croisent sa route - Nola, Bridget et Vonn - et le feront inexorablement dévier de son chemin. Perdus et blessés, seulement trois d'entre eux sortiront vivants au terme des cinq jours qu'ils passeront ensemble à tenter de sauver leur peau. Et peut-être aussi, voire surtout, leur âme.
L'auteure: Scénariste et auteure, Lori Lansens est née en Ontario. Elle travaille maintenant dans le monde du cinéma en Californie. Les égarés est son quatrième roman. Elle a débuté sa carrière littéraire en 2002 avec La ballade des adieux, puis elle a publié Les filles et Un si joli visage, qui sera bientôt adapté au cinéma.
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La rage de survivre
CRITIQUE / J'ai découvert Lori Lansens avec Les filles, en 2009. Je l'ai adoptée une fois pour toutes après La Ballade des adieux et Un si joli visage. J'ai eu un vrai coup de coeur pour la plume sensible et puissamment évocatrice à la fois de cette Ontarienne d'origine et Californienne d'adoption, pour son indéniable talent à rendre si attachants ses héroïnes et héros malgré leurs défauts et contradictions. Car Lori Lansens maîtrise l'art de mettre en scène des personnages tout simplement... humains. Je trépignais donc d'impatience à l'idée de plonger dans son nouveau roman.
Ses Égarés, ce sont Wolf, qui comptait sauter du haut de la montagne le jour de ses 18 ans; Nola, qui cherchait à souligner son premier anniversaire de mariage sans Pip; Bridget, qui s'essouffle à trop parler et bouger; Vonn, qui cache un secret. D'un côté, un jeune homme au bord du gouffre, qui retrouvera une raison de vivre. De l'autre, trois générations de Devine exposant leurs failles et leur courage. Car ces quatre êtres en mal d'aimer vont se perdre en montagne. Et devront dès lors apprendre à survivre ensemble. Pour le meilleur et pour le pire : d'entrée de jeu, le lecteur sait que l'une des trois femmes mourra étant donné que c'est Wolf qui relate, des années plus tard, ce qui s'est passé pendant ces cinq jours.
Certes, il y a çà et là des rebondissements (le saut d'une des Devine par-dessus une large crevasse, propulsée par sa peur d'un prédateur - sans en oublier un autre...; l'omniprésence de Frankie, le père de Wolf) qui semblent un peu trop arrangés avec la «fille des vues» (l'auteure oeuvre aussi dans le milieu du cinéma). Mais pas assez, heureusement, pour faire décrocher. Car c'est dans les petits gestes (Wolf qui tente de réchauffer les orteils de Vonn), les grandes trahisons (les barres granolas non partagées) mais aussi dans les formidables résilience et solidarité, dans la rage de vivre de ses personnages que réside toute la force évocatrice de l'écriture de Lori Lansens.  Valérie Lessard, Le Droit  ***1/2
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La mort qui mène à la vie
CRITIQUE / Au départ, j'ai été surprise et déçue d'apprendre la fin de l'histoire en lisant la quatrième de couverture. Quatre marcheurs seront perdus en forêt pendant cinq jours et l'un d'eux mourra. «Merci de brûler le punch!» me suis-je dit.
Mais en fin de compte, l'auteure n'a rien brûlé du tout. Elle a mis la table à un suspense humain vraiment enlevant, qui nous fait réfléchir sur nos valeurs profondes autant qu'il nous divertit.
J'ai déjà été perdue en montagne, à 18 ans, dans les Rocheuses canadiennes. Mais contrairement au héros de ce livre, j'y allais pour une simple balade avec des copines et la mésaventure a duré quatre heures, pas cinq jours. Quand même, ce livre m'a replongée dans cette expérience de vie qui a révélé que j'avais - légèrement! - tendance à paniquer lorsque j'étais confrontée à une situation potentiellement dangereuse. 
Dans le roman, les quatre randonneurs réagissent différemment au danger, à la douleur, à la soif, à la faim et aux hallucinations. On s'identifie à l'un ou à l'autre, on réfléchit à ce que l'on aurait fait à leur place. La force du récit tient dans la description ultraprécise des ambiances, des odeurs, des sons. 
Tout au long du roman, j'ai tenté de prédire la personne qui mourra. Prédiction un peu macabre, mais la mort, que l'on pleure, que l'on souhaite ou que l'on fuit, fait tellement partie de ce livre, que ça devient naturel de le faire. 
J'ai beaucoup aimé Les égarés parce qu'il nous plonge en pleine nature, en montrant ce qu'elle a de plus beau, mais aussi de plus cruel. J'ai aussi aimé découvrir le passé de chaque personnage au goutte à goutte, connaître leurs aspirations et leurs regrets. 
Seul bémol, le récit connaît un creux de vague, sans grandes péripéties, au milieu du roman. Mais ça vaut vraiment la peine de continuer à lire pour arriver au punch final, dont je ne vous dirai rien, à part qu'il est excellent.  Patricia Cloutier, Le Soleil ****
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Extrait: la première page
Cher Daniel,
Il faut avoir vécu un peu pour apprécier une histoire de survie. C'est ce que j'ai toujours soutenu et je me suis promis que je te raconterais la mienne dès que tu serais en âge de l'entendre. C'est une histoire qui ne convient pas à un enfant, mais justement, tu n'es plus un enfant. Aujourd'hui, tu es plus vieux que je l'étais lorsque je me suis égaré dans la montagne sauvage.
Cinq jours là-haut par un froid glacial, sans nourriture, sans eau et sans abri. Cette partie de l'histoire, tu la connais, comme tu sais que j'étais en compagnie de trois inconnues et que nous n'en sommes pas tous sortis vivants. Les événements survenus dans cette montagne ont changé ma vie, Danny. Le récit que je m'apprête à te faire va changer la tienne.
Il est difficile de déterminer à quel moment un fils est prêt à entendre la vérité sur l'auteur de ses jours. Le soir où tu as reçu ton diplôme de premier cycle du secondaire, j'ai bien failli t'en parler; après, j'ai été tenté de le faire au moment de ton quatorzième anniversaire, du suivant, et chaque année depuis. Tu as le droit de savoir, et pourtant, c'est plus compliqué que c'en a l'air. Pour comprendre la montagne, tu dois savoir ce qui s'est passé avant.
Tu te souviens de la tournée des universités que nous avons faite, le printemps dernier? Sur une sombre route de gravier, non loin de Bloomington, j'ai évité de peu une collision avec un cerf. Tu te rappelles que je tremblais tellement que j'ai dû m'arrêter dans un relais routier?
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Échos des lecteurs
À propos du livre Les égarés de Lori Larsens
Ce roman m'a étonnée. Il parle aussi bien de déchéance que de hasard, de rédemption et de rêves. C'est principalement une histoire de survie dans la montagne. Un jeune homme et trois femmes de génération différente, inconnus au départ de la randonnée, sont appelés à vivre une certaine intimité et maintes épreuves qui révèlent leur personnalité. Le suspense bien mené nous tient en haleine pendant des pages et des pages. Au-delà de l'aventure en montagne, un thème est récurrent, celui de la famille. Une enfance et une adolescence perturbées peuvent parfois mener à un geste ultime, mais ici elles sont rachetées par des rencontres et des actions déterminantes. Claire Desjardins, Gatineau
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À venir
15 avril: Mario Bolduc: Le tsar de Peshawar (Libre Expression)
22 avril: Marie-Renée Lavoie, Autopsie d'une femme plate (XYZ)
29 avril: Alexander MacLeod, Le poids de la lumière (Marchand de feuilles)
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