Le livre de la semaine: La vie secrète des arbres 

Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres, Multimondes
L'histoire: La vie secrète des arbres, c'est nos forêts racontées autrement, comme si elles étaient composées d'êtres humains qui communiquent, qui s'entraident et qui se préviennent des dangers. Sauf que ce ne sont pas les humains qu'on y décrit, mais les arbres. Fiction? Mais non. L'auteur, un garde forestier, a puisé dans la littérature scientifique et ses propres expériences pour nous en convaincre.
Peter Wohlleben
L'auteur: L'Allemand Peter Wohlleben a travaillé toute sa vie en milieu forestier en y appliquant les méthodes bien modernes de coupes agressives et de pesticides à grands jets avant de commencer à regarder la forêt différemment, à mieux la comprendre et, du coup, à mieux la traiter. C'est pour partager ses apprentissages et son savoir que le garde forestier de la commune de Hümmell qu'il a écrit La vie secrète des arbres, traduit dans une quinzaine de langues et vendu à plus d'un million d'exemplaires.
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L'arbre qui cachait la forêt
CRITIQUE / Pourquoi avons-nous beaucoup plus de difficultés à comprendre les plantes que les animaux?
La question n'est pas de moi, mais de Peter Wohlleben lui-même. L'auteur de La vie secrète des arbres y va aussi d'une réponse courte, «parce que l'évolution nous a très tôt coupés du monde végétal» insérée dans une proposition beaucoup plus complète et complexe, un périple dans le monde qui nous entoure et dont nous ne savons, ma foi, que bien peu de choses.
Mon fauteuil de lecture est orienté directement vers une forêt dans laquelle on s'enfonce dès qu'on a franchi la porte. Une forêt d'érables, de pruches, de sapins et d'épinettes que j'entretiens à tâtons depuis des années, sévissant à la hache ou à la scie à chaîne selon les besoins. Mes besoins.
Wohlleben et sa vie secrète des arbres viennent de remettre les compteurs à zéro, de rétablir l'équilibre et mon rapport à la végétation environnante, et tout particulièrement aux générations d'arbres qui se côtoient dans mon arrière-cour.
Parce que je suis une néo-rurale armée d'un crochet à bois? Non. Wohlleben aborde la vie des arbres avec une telle simplicité et sous tellement de facettes que tous les petits et grands curieux y trouveront des réponses à des questions qu'ils ne se sont souvent jamais posées. Pourquoi les feuilles sont vertes? Combien de temps les arbres naturels mettent-ils à pousser? Comment se défendent-ils contre les agresseurs? Comment se nourrissent-ils et s'approvisionnent-ils en eau lorsqu'ils sont là, au milieu de rien?
Tout ça dans un langage clair, au gré d'une traduction qui ne nous largue pas aux confins d'une forêt allemande où le garde forestier a fait ses classes avant de devenir l'auteur d'un livre millionnaire idéal pour «renouer le dialogue avec les plantes».  Sonia Bolduc, La Tribune  ****
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Une troublante découverte
CRITIQUE / J'ai toujours rêvé d'avoir ma forêt, d'y faire un beau nettoyage des arbustes indésirables qui obstruent la vue et bloquent le chemin, de n'y laisser que les grands arbres dont j'aurais émondé la base... Quelle ignorance!
Parce que sous la plume de Peter Wohlleben, les arbres sont des êtres vivants qui dépendent les uns des autres, qui se transmettent des messages, et dont la vie est d'une trop grande complexité pour n'y voir que du bois de chauffage. Tout, dans ce livre, est un impressionnant plaidoyer pour le respect des arbres, au même titre que la vie animale.
«Comment s'étonner que les arbres soient traités comme des choses? Nous utilisons des êtres vivants qui sont tués pour satisfaire nos besoins, c'est la réalité», conclut l'auteur.
Ainsi formulées, les conclusions de Wohlleben peuvent sembler exagérées, mais ce n'est pas le cas. Son livre est le résultat de nombreuses études scientifiques sur la vie des arbres du sous-sol jusqu'aux feuilles, leurs rapports les uns avec les autres et leur contribution exceptionnelle à notre univers.
Dans la savane africaine, une espèce d'acacia augmente en quelques minutes la teneur en substances toxiques de ses feuilles pour éloigner les girafes. Les acacias agressés émettent un gaz avertisseur pour informer leurs voisins de l'imminence d'un danger.
Les arbres s'échangent des éléments nutritifs par leurs racines et les immenses réseaux de champignons qui occupent le sous-sol. Une forêt de hêtres très serrée est plus productive. Si on débarrasse un arbre de ses «concurrents», il devient solitaire. «Si les plus faibles disparaissent, tous y perdent. La forêt devient ouverte à tout, aux brûlures du soleil, aux vents violents qui pénètrent jusqu'au sol et modifient l'environnement climatique, frais et humide».
J'espère avoir piqué votre curiosité, parce que la lecture de ce livre changera à jamais vos randonnées en forêt.  Gilbert Lavoie, Le Soleil *****
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Extrait: la première page
Il y a longtemps de cela, alors que je parcourais l'une des anciennes réserves de hêtres de ma forêt, de curieuses pierres moussues ont attiré mon attention. J'étais assurément passé maintes fois à côté sans les remarquer, jusqu'à ce jour où je me suis arrêté et accroupi. Leur forme, en léger arc de cercle, était peu ordinaire. En soulevant un peu la mousse, je mis au jour de l'écorce. Ce que je croyais être des pierres était en fait du vieux bois. Le bois de hêtre pourrissant habituellement en l'espace de quelques années sur un sol humide, la dureté du morceau que j'examinais m'étonna. Surtout, je ne pouvais pas le soulever, il était solidement ancré dans le sol. Je grattai alors un petit morceau de cette écorce avec un canif et découvris une couche verte. Verte? Cette couleur n'apparaît que lorsqu'il y a présence de chlorophylle, soit dans les feuilles fraîches, soit stockée sous forme de réserve dans les troncs des arbres vivants. Une seule explication était possible : ce morceau de bois n'était pas mort! À y regarder de plus près, les autres "pierres" n'étaient pas disposées au hasard, mais formaient un cercle de 1,50 mètre de diamètre. Je me trouvais en présence des très anciens vestiges d'une immense souche d'arbre. Il ne subsistait que quelques fragments de ce qui avait jadis été l'écorce tandis que l'intérieur s'était depuis longtemps décomposé et transformé en humus...
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À venir
25 mars: India Desjardins, La mort d'une princesse (Éditions de l'Homme)
1er avril: Blaise Ndala, Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d'encrier)
8 avril: Lori Lansens, Les égarés (Alto)
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