Le livre de la semaine: Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie 

Sévryna Lupien, Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie, Stanké
L'histoire: Victor veut se faire appeler Auguste, «comme l'empereur». Auguste n'est pas un empereur et il n'est pas non plus «de ceux qui ont un grand génie». Mais il a de l'imagination et de la débrouillardise qui le feront s'enfuir de l'orphelinat Sainte-Marie-des-Cieux pour se rendre à New York où il découvrira l'amitié et la solidarité.
L'auteure: Sévryna Lupien, qui signe son premier roman, est une figure bien connue des arts visuels à Québec. Avec son acolyte Yves Béland, elle a notamment créé l'exposition Rétrospective à l'Espace Parenthèse du Cégep de Sainte-Foy. Sévryna Lupien a été formée au baccalauréat et à la maîtrise en arts visuels et médiatiques. Qualifiée d'artiste multi-disciplinaire, elle est maintenant elle-même formatrice. Sévryna Lupien est aussi libraire à la Coopsco Sainte-Foy.
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Méli-mélo de naïveté et de lucidité
J'ai pensé à Forrest Gump. J'ai pensé à Sol. J'ai pensé à mon garçon de 6 ans en lisant Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie, charmant méli-mélo de naïveté et de lucidité. Et j'ai aimé.
D'abord, la forme. De courts chapitres, qui donnent du rythme au récit. Mais à l'intérieur, la vie défile lentement, doucement, sans se presser. L'écriture est concrète et directe, belle dans sa simplicité.
Le fond est tout aussi agréable. L'épopée de Victor qui préfère être appelé Auguste se lit sans effort, avec un sourire au coin des lèvres malgré la tristesse et la pauvreté qui suinte à travers les pages.
J'ai particulièrement aimé lire toute la brutalité involontaire de l'enfance à travers la quête du héros. «Je ne comprends pas pourquoi ce sont toujours les gens moches qui parlent à Dieu. C'est sans doute pour ça qu'il ne répond pas, par manque d'intérêt.» Ouch.
Auguste nous amène dans un New York rétro de ruelles, de petites misères et de grandes joies.
Avide de découvertes, il conserve ses souvenirs comme des trésors dans un coffre et utilise un vocabulaire précis. «J'ai essuyé une larme sur ma joue et j'ai expliqué au monsieur que j'étais un écrivain aventurier mangeur de croissants qui n'avait pas de crayon.» Adorable.
Il se lie petit à petit avec des personnages tantôt étranges, tantôt touchants, toujours intéressants pour le lecteur.
À mes yeux, la finale est brillante. Assez pleine de réponses pour être satisfaisante. Assez pleine de mystère pour nous rester en tête longtemps, une fois le court bouquin de 180 pages refermé.
Oui, la folie est tout près du génie. Mais est-ce vraiment de la folie?
Une jolie réussite, surtout pour un premier roman, qui donne le goût de lire encore, espérons-le bientôt, Sévryna Lupien. Isabelle Mathieu, Le Soleil ****
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Il y a de ces romans qui nous donnent envie d'interrompre la lecture pour noter une citation, un passage, une formulation. Ça m'est arrivé souvent au fil des pages de Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie.
Le «je» en question, c'est Victor, mais, à sa demande, on l'appellera Auguste. Auguste qui n'a pas d'âge. Peut-être 9, 10, 13 ans? Qu'importe, quand on a une vie à découvrir et une envie de liberté. Celle de quitter l'orphelinat Sainte-Marie-des-Cieux peuplé de «bande de soeurs» et d'un «troupeau de petits enfants seuls» pour aller changer le monde. «S'il existe vraiment», précise-t-il, car Auguste n'a pas vraiment idée de ce qu'est «la vie en général». «Elle ne m'avait pas téléphoné pour me parler d'elle», dira-t-il. 
Dans son baluchon, Auguste, qui est aussi un écrivain sans crayon, traine le souvenir tendre de son ami Gustave. Un ami qui avait vécu les camps de concentration. «Moi, je trouvais ça intolérable pour un enfant d'avoir à se concentrer tout le temps», dira-t-il encore dans une autre de ces savoureuses tournures tragi-comiques que multiplie Sévryna Lupien dans son  premier roman plein d'esprit et d'humanité. 
L'une de ces phrases qu'on note, justement. Pour y revenir, pour décanter tranquillement toute la finesse de ce récit qui mènera Auguste jusqu'à New York où il découvrira l'univers des sans-abri. Un monde dur sur lequel l'enfant jette un regard aussi candide que lucide.
Entouré de nouveaux amis itinérants, bien déterminé à se nourrir de croissants chauds plutôt que de pain sec, Auguste se joue des malheurs et se tricote une vie. Car oui, il en invente sans doute des bouts, notre Victor, pardon, Auguste. Et Dieu sait dans quel rayon de sa tête se logent toutes ces aventures. On ne sait pas tout. Et on ne dit pas tout, car il faut lire ce roman dans lequel l'imagination triomphe.  Valérie Gaudreau, Le Soleil ****
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Extrait: la première page
Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie... Enfin, c'est ce que me répétait sans cesse Gustave.
Gustave, c'était mon grand ami. En fait, c'était un ami de longue date, mais il n'était pas tellement grand. Gustave, c'était comme un doudou de bébé qu'on garde très longtemps par simple habitude. J'oubliais qu'il était irremplaçable parce qu'il était tout le temps là. Il était tout le temps là, jusqu'au jour où il a disparu.
Sylvia, ma mère, ou celle que je m'imagine être ma mère, n'a jamais existé réellement. Je sais qu'elle s'appelle Sylvia parce que c'est le nom qui apparaît sur mon certificat d'achat. Gustave me disait qu'il s'agit en fait d'un certificat de naissance, mais moi, je ne crois pas que je suis né. Je persiste à croire que j'étais là bien avant Sylvia et même avant Gustave. Je trouve complètement absurde l'idée d'avoir une naissance et une mort. Si c'était le cas, ça ne servirait à rien de vivre puisqu'on saurait pertinemment que c'est pour mourir. Bref, Gustave détestait ces propos et j'imagine que si Sylvia, ma présumée génitrice, avait été là, elle aurait pensé comme lui. Qu'importe, de toute façon, Gustave a disparu. Je dis disparu parce que je trouve cela plus poétique. La vérité, c'est que je n'ai aucune idée d'où il est passé. J'ai cherché partout, même dans le panier de chaussettes sales, mais impossible de le retrouver.
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À venir
27 mai: Marc Levy, La dernière des Stanfield (Robert Laffont)
3 juin: Micheline Lachance, Rue des Remparts (Québec Amérique)
10 juin: Jay Asher, 13 raisons (Albin Michel)
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