Le livre de la semaine: Eva Braun (Un jour mon prince viendra)

Jean-Pierre Charland, Eva Braun (Un jour mon prince viendra), Hurtubise
L'histoire: au début des années 30, dans une Allemagne devenue exsangue après la Première Guerre mondiale, Eva Braun, une jeune fille de 17 ans, commis dans une boutique de photographie reliée au parti nazi, s'amourache d'un petit homme qui enflamme les foules, un dénommé Adolf Hitler. Malgré la différence d'âge, elle deviendra sa maîtresse, unissant du coup son destin avec un homme qui va changer tragiquement le cours de l'histoire.
L'auteur: Le Québécois Jean-Pierre Charland a connu un immense succès avec ses sagas historiques, notamment Les portes de Québec et Félicité. Professeur d'université à la retraite, il est titulaire d'un doctorat en histoire et d'un autre en didactique. Il a publié pas moins de 28 livres au cours des 15 dernières années.
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Le prince et le crapaud
CRITIQUE / Docteur en histoire, Jean-Pierre Charland a de toute évidence fait ses devoirs pour livrer ce volumineux bouquin, captivant de la première à la dernière page.
Uniquement à partir des photos d'Eva Braun, vu le peu d'écrits disponibles sur sa personne, l'auteur laisse aller son imagination pour décrire, de façon la plus plausible possible, comment une jeune fille sans histoire, élevée dans une famille austère et tirant le diable par la queue, vit sa première histoire d'amour avec «un drôle de petit bonhomme avec une moustache en forme de brosse à dents», un dénommé Herr Wolf.
Vivant sa relation en catimini, avec seulement sa meilleure amie Herta comme chaperon, Eva Braun accompagnera le futur Führer au théâtre et à l'opéra. Ils fréquenteront les meilleurs restaurants, discuteront cinéma. De fil en aiguille, la jeune fille, deux fois plus jeune que lui, deviendra la maîtresse du «maître absolu de l'Allemagne» ce qui lui vaudra plusieurs privilèges.
En toile de fond de cette romance qui laissera plus d'une fois la jeune Eva insatisfaite, vu la passion de l'homme pour la politique, l'auteur brosse avec doigté le portrait d'une Allemagne engluée dans une pauvreté absolue et une inflation galopante, à la suite du blocus imposé par les Alliés pour forcer la signature du Traité de Versailles. En cela, le roman est fort instructif dans sa façon de montrer le paysage de misère qui a permis à Hitler d'imposer ses idées, dans une population à la recherche d'un sauveur.
Redonner sa grandeur d'avant 1914 à une Allemagne mise à genoux et punir les bolchéviques, Hitler en avait fait une obsession, davantage en tout cas que de conter fleurette à une jouvencelle se languissant de lui entre deux rendez-vous.
Eva Braun rêvait de son prince charmant. Sauf qu'elle ne savait pas encore qu'il allait devenir le plus vilain de tous les crapauds... 
(À noter que la suite, Ils furent malheureux et n'eurent pas d'enfant, paraîtra en novembre.) Normand Provencher, Le Soleil  ***1/2
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Eva et Hitler, héros de roman
CRITIQUE / «Est-ce que c'est un livre de fille?» Un ami, passionné de Deuxième Guerre mondiale, pose la question en voyant le joli minois d'Eva Braun sur la page couverture du dernier Jean-Pierre Charland. Réponse : oui. Et réussi.
La recherche historique impressionnante donne toute sa saveur à cette grosse brique de 500 pages, le premier tome d'une série. Dans Un jour mon prince viendra, l'auteur couvre l'enfance de la maîtresse d'Hitler jusqu'à 1935, avec quelques chapitres, habilement intercalés, qui se déroulent à la fin du sanglant conflit.
Sous la plume de Charland, les personnages historiques deviennent des héros de roman. Il est fascinant d'entendre leur voix, de les imaginer bouger.
La jeune Eva, élève peu studieuse, qui aime le cinéma et la photographie, grandit dans la sombre Allemagne de la Grande Guerre. 
Charland résume efficacement la fin du conflit et l'arrivée d'une propagande haineuse contre les Juifs, terreau fertile pour le nazisme.
Le roman prend véritablement son envol à mi-parcours quand, en 1929, Eva Braun rencontre un politicien en pleine montée, portant une moustache à la Charlie Chaplin : Adolf Hitler.
Au fil des rendez-vous, Eva devient la maîtresse secrète du futur Führer.
Le lecteur connaît les crimes odieux de Hitler et de son régime; l'amour obsessif de la jeune fille pour le caporal autrichien n'en devient que plus intrigant.
Obnubilée par le charme magnétique du tribun, Eva accourt dès qu'il l'appelle. Elle souffre de ses absences et jalouse les vedettes qui croisent le chemin de Hitler. 
L'auteur passe beaucoup de temps à sonder le coeur de son héroïne, à décrire ses états d'âme. D'où l'avertissement pour les gars.
Le roman aurait, à mes yeux, gagné à être un peu compressé. Certains passages de la vie d'Eva, surtout lorsqu'elle cache sa relation avec Hitler, sont carrément répétitifs.
L'auteur a un tic d'écriture; il appelle Eva «la blonde» et Adolf Hitler «son amant» ad nauseam. Agaçant. Isabelle Mathieu, Le Soleil  ***
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Extrait: la première page
Berchtesgaden, le samedi 3 juin 1944
Dès avant neuf heures, Eva se tenait sous les grandes arches de l'entrée du chalet de montagne aux allures de palace, pour être certaine qu'un nombre suffisant de voitures Mercedes décapotables s'alignent au pied du grand escalier pour convoyer tout le monde à Salzbourg. À sa grande surprise, elle vit s'approcher son amant.
Au bout de presque cinq ans de conflit armé, Hitler semblait avoir vieilli du double. Son allure la surprenait toujours. Dans son esprit, elle voyait toujours l'homme dans la force de l'âge rencontré en 1929, dans un accoutrement rappelant celui des gangsters des films américains : un trench-coat et un chapeau de feutre mou. Il ajoutait alors une petite touche inquiétante, une cravache de cuir de rhinocéros. Les rues n'étaient jamais tout à fait sûres pour le chef d'un parti politique aux ambitions révolutionnaires.
- Tu aurais pu rester au lit, dit Eva. Le Führer - un mot signifiant simplement le chef, le dirigeant, le guide : un terme plutôt banal, utilisé dans un autre contexte - ne commençait jamais sa journée avant midi, d'habitude. Il haussa les épaules, sans répondre. Il retrouverait sans doute sa chambre bientôt. Elle ajouta :
- À midi...
Cet homme menait la guerre la plus meurtrière depuis le début de l'histoire de l'humanité. Dans des circonstances aussi dramatiques, Eva n'osa pas formuler «Seras-tu avec nous?». Cependant, il la comprit à demi-mot.
- J'ai annulé la réunion avec les généraux, comme promis.»
Je vous tiendrai compagnie lors du repas de noce.
Qu'il lui consente du temps, à elle et à sa famille, toucha
Eva profondément. Comme s'il s'agissait d'une offrande inespérée. Pourtant, elle dit à voix basse :
- Les Américains...
- Qu'ils débarquent, fit-il avec colère, et nous leur donnerons une leçon. Pour l'instant, ces marionnettes des Juifs se cachent en Angleterre.
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À venir
23 septembre: Andrée A. Michaud, Routes secondaires (Québec Amérique)
30 septembre: Richard Wagamese, Cheval indien (XYZ)
7 octobre: Denise Filiatrault et Danièle lorain, Quand t'es née pour un p'tit pain (Libre Expression)
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