Le livre de la semaine: Sélection officielle

Thierry Frémaux, Sélection officielle, Grasset
L'histoire: Au lendemain du 68e Festival de Cannes, le 25 mai 2015, Thierry Frémaux a pris la plume pour tenir un journal. Pendant un an, le délégué général va consigner dans le détail tout ce qui touche la présentation de la 69e édition : de la sélection des films au palmarès, en passant par ses relations avec les médias et, surtout, les artistes.
L'auteur: Natif de Lyon, Thierry Frémaux est nommé délégué artistique du Festival de Cannes en 1999. Huit ans plus tard, il est promu délégué général, chargé à la fois de la sélection des films, mais aussi de l'intendance du plus grand festival de cinéma au monde. Il continue d'assumer en parallèle le poste de directeur de l'Institut Lumière, dans sa ville natale. Il est l'auteur du documentaire Lumière! L'aventure commence.
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Gros plan sur Cannes
CRITIQUE / Je n'aborde pas Sélection officielle comme un lecteur ordinaire ni même en cinéphile aguerri, son «public cible». Ni même en critique de cinéma, mais bien comme témoin de la 69e édition du Festival de Cannes. La résonance est forte. Bien sûr, j'ai dévoré et apprécié cet hommage au septième art d'un érudit qui ne vit (presque) que pour et par le cinéma. Ça ne m'empêche pas d'y voir ses défauts...
La passion de Thierry Frémaux est contagieuse, même pour quelqu'un qui est déjà contaminé comme moi. Pendant 617 pages bien tassées, il nous explique en long et en large pourquoi Cannes, qu'il défend bec et ongles, est le Graal absolu pour les gens du cinéma du monde entier. Mais pas seulement. On y découvre aussi son amour de Lyon, où il réside, et de l'Institut Lumière, qu'il préside. Sa passion pour le vélo et Springsteen - sympathique.
La grosse surprise ne vient pas du peu qu'il révèle, mais de son style. Frémaux a la plume habile et aiguisée ainsi que le sens de la formule. Il faut lire son superbe et vibrant hommage à Isabelle Huppert - un exemple parmi tant d'autres. Par contre, il y a des longueurs, les références sont très franco-françaises et le propos passe à l'occasion du coq à l'âne, parfois dans un même paragraphe.
Frémaux se complaît un peu dans le name dropping, il s'en excuse d'ailleurs à la fin, mais c'est difficile d'y échapper quand Tavernier, Scorsese, De Niro, Foster, Tarantino, Kusturica et compagnie sont devenus des amis.
Reste que ce gros plan sur Cannes est d'abord et avant tout un plaidoyer convaincant sur l'importance et la vitalité du cinéma. Juste pour ça, Sélection officielle est une lecture qui compte.
Thierry Frémaux n'aime pas qu'on réduise la critique des films à des étoiles. Moi non plus. Je ne le ferai donc pas pour son livre...  Éric Moreault, Le Soleil
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Le boulimique de cinéma
CRITIQUE / Le cinéma est la grande histoire d'amour de Thierry Frémaux. À titre de délégué général du plus prestigieux festival de la planète, il est celui qui, pendant 12 jours, accueille en haut des marches du Palais le «Who's Who» du septième art.
Pendant un an, au jour le jour, du festival de 2015 à celui de l'an dernier, Frémaux a tenu son journal. Une occasion unique de découvrir de l'intérieur ce travail qui relève du sacerdoce. Sur plus de 600 pages, il dévoile une vie réglée au quart de tour, entre Lyon, Paris, quelques villes du monde, et, bien entendu, Cannes, en fin de parcours, alors que tout se bouscule pour lui et son équipe pour le choix de la vingtaine de films de la sélection officielle (parmi 1800 candidats) qui tenteront de décrocher la Palme d'or.
Vous pensez connaître le cinéma? Détrompez-vous, Frémaux en connaît pas mal plus. Ce livre, écrit d'une plume alerte, le démontre avec éloquence. Ce boulimique de cinoche, grand ami des Tavernier, Scorsese, Almodovar et autres Deneuve, est capable de parler du dernier blockbuster hollywoodien comme des meilleurs films de zombies italiens ou du directeur photo de la Nouvelle Vague bulgare des années 60.
Grand fan de Springsteen et de vélo, Frémaux est de toute évidence un hyperactif. On est fatigué pour lui à le voir sauter dans un TGV ou un avion, parcourir Paris à vélo entre deux rendez-vous, trois appels et quatre textos. Où l'homme de bientôt 57 ans trouve-t-il le temps et l'énergie pour en faire autant, jusqu'à écrire un bouquin, on se le demande...
Sélection officielle est un pavé pour cinéphile très averti. Évidemment, le journaliste qui aura eu le privilège de vivre Cannes (13 fois dans mon cas) s'en délectera. J'ai revécu par procuration quelques moments d'une expérience exaltante «qui commence par le trac et s'achève dans la mélancolie», comme l'écrit si bien Frémaux. Normand Provencher, Le Soleil ****
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Extrait: la première page
Lundi 25 mai 2015
Lendemain de clôture au Festival de Cannes. Dans la matinée, le temps s'est couvert et m'a ôté tout regret de quitter la ville. Autrefois, nous restions quelques jours. Plus maintenant. Tous les jurés sont partis ou sur le point de le faire, m'a dit Laure Cazeneuve, qui a veillé sur eux pendant douze jours. «Jake Gyllenhaal et Xavier Dolan très tôt, suivis par Guillermo del Toro, Rossy de Palma à 10h30, les Coen à 11 heures puis Rokia Traoré et Sienna Miller entre 12 heures et 13h30 et Sophie Marceau en fin d'après--midi.» Hier, dominait déjà un parfum de tristesse. Les artistes sont des oiseaux de passage.
Marc, le chauffeur, m'a conduit à l'aéroport de Nice. C'est notre dernier voyage. Dans le tumulte de la Croisette, sa voiture était un havre de paix. Au guichet d'Air France, l'hôtesse m'a fait un grand sourire, a parlé du Festival et n'a pas taxé mon excédent de bagages. En salle d'attente, Sophie Marceau était là avec sa fille. Nous avons bavardé quelques minutes, sans évoquer la sélection, ni le palmarès, il est trop tôt, on se reverra à l'automne. À la librairie de l'aéroport, j'ai racheté L'Homme inquiet de Henning Mankell, mais pas les journaux - je ne veux rien lire sur le Festival. À 17 heures, j'ai sauté dans mon 23e et dernier avion de cette édition cannoise. La mer a vite laissé place aux montagnes du Vercors que nous avons survolées à travers les nuages. 
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Échos des lecteurs
À propos du livre Le poids de la lumière d'Alexander MacLeod
Quelle lecture décevante! Des histoires d'une affligeante banalité. Des nouvelles sans chute, je veux bien, mais sans conclusion, que l'auteur aurait aisément pu poursuivre? Évocations nostalgiques de petits faits divers, dans un style vivant, je dois l'admettre, sans doute intéressantes pour les collectivités décrites qui retrouveront leur image dans tout son réalisme et sa platitude, mais sans grand intérêt pour les autres.  Louise Dumoulin, Gatineau 
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À venir
20 mai: Sévryna Lupien, Je ne suis pas de ceux qui ont un grand génie (Stanké)
27 mai: Marc Levy, La dernière des Stanfield (Robert Laffont)
3 juin: Micheline Lachance, Rue des Remparts (Québec Amérique)
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