Le livre de la semaine: Santa

Hélène Vachon, Santa (Alto)
L'histoire: Une travailleuse sociale à la retraite embauchée pour débusquer les responsables d'une vague de vols de téléphones cellulaires dans un centre commercial se voit confier une autre mission : celle d'incarner le père Noël. S'amorce alors une folle aventure auprès d'une galerie de personnages hauts en couleur.
L'auteure: Née dans le Vieux-Québec, Hélène Vachon habite aujourd'hui l'île d'Orléans. Elle a étudié la littérature française à Paris et l'édition critique à l'Université Laval. Employée du ministère des Affaires culturelles, elle s'occupe du livre depuis plus de 20 ans. D'abord auteure jeunesse, Hélène Vachon a remporté un Prix du Gouverneur général en 2002 pour L'oiseau de passage.
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Drôle de magie
CRITIQUE / Quand j'ai su que j'allais critiquer un livre de Noël le 24 décembre, je me suis dit que vous, chers lecteurs, n'alliez pas avoir le goût de trimballer un livre qui ressemble à une canne de Noël brillante rendu au jour de l'An ou au début de la prochaine année. Parce que bon, il ne faut quand même pas avoir l'air trop «passé date». 
Mais je vous rassure, cette histoire n'en est pas vraiment une de Noël. Oui, une grande gaillarde de 71 ans se déguise en père Noël pour débusquer un réseau de voleurs de cellulaires. Mais le regard qu'elle pose sur la société, les anecdotes de centre commercial qui lui arrivent et les liens qu'elle tisse avec ses nouveaux amis hors du commun auraient pu se vivre à n'importe quelle autre période de l'année. 
Dans Santa, le personnage principal est loin de ressembler à une grand-mère bienveillante qui se prépare pour les Fêtes en cuisinant des pâtés à la viande ou des biscuits qui sentent la cannelle. Cette retraitée des services sociaux assez solitaire préfère jouer aux enquêteures dans la foule bigarrée du centre commercial le moins recommandable en ville. Pendant ce temps, elle oublie de s'occuper de son compagnon Valéry, de ses partenaires de cartes et de sa fille qu'elle aime, bien sûr, mais sans savoir comment bien s'y prendre avec elle. 
Les 144 pages de Santa se dévorent en quelques heures. Le rythme est soutenu, la langue colorée, les mots recherchés et toujours justes. Hélène Vachon est dotée d'un grand sens de l'humour et met en scène des personnages plus loufoques les uns que les autres. Le dénouement de l'enquête m'a vraiment prise par surprise. Même si le livre touche à la misère humaine, par exemple lorsque les enfants se confient au père Noël, le ton reste léger. L'auteure ne fait la morale à personne. 
Vraiment un bon petit livre qui réchauffe le coeur et qui démontre que la magie de Noël peut se trouver là où on ne l'attend pas. Patricia Cloutier, Le Soleil ***1/2
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Noël tout croche, mais vrai
CRITIQUE / La magie de Noël, avec ses vraies valeurs d'entraide et d'amitié, peut surgir même quand le vernis craque, quand le costume de père Noël sent la poussière et lorsque chacun est confronté à ses travers. 
Voilà ce que nous dit Hélène Vachon avec son coloré Santa, un conte de Noël en marge qui nous fait entrer dans la faune des Galeries Barberon, un centre commercial de seconde catégorie.
On y retrouve Marthe Winthrop, ex-travailleuse sociale de 71 ans au regard caustique sur la société, qui est embauchée pour incarner le père Noël. Elle mènera aussi une enquête pour élucider une vague de vols de téléphones. Double et improbable mission de détective affublée d'une barbe blanche défraîchie. 
Les choses prendront une étran-ge tournure, révélant les secrets des personnages secondaires originaux et iconoclastes sortis tout droit de la plume allumée d'Hélène Vachon.
On aime l'esprit échevelé de l'aventure, la rencontre de Marthe l'ultra-lucide avec des bambins, eux aussi souvent poqués, qui lui demandent le dernier gadget pour Noël. La Fée des Étoiles, qui est en fait un homme aussi «flyé» qu'attachant avec son conjoint José, tous deux adeptes de romans-savons latinos dans leur incarnation la plus kitsch. Parlant de savon, il y a Valéry aussi, le compagnon de Marthe, qui sculpte le pont de Québec en savon.
On rit beaucoup dans ce livre, notamment grâce au talent d'Hélène Vachon pour créer des images. Ainsi, l'inspectrice improvisée est subtile «comme une girafe dans un abri Tempo» et son ami Coquet parle avec «peu de virgules et presque pas de points». 
Les travers des personnages sont gros, les situations loufoques, mais l'auteure maintient cette fine ligne entre pur délire et authenticité des sentiments. Et à notre plus grand plaisir, l'humanité, la sensibilité et, surtout, le rire triomphent. Valérie Gaudreau, Le Soleil ***1/2
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Extrait: la première page
J'ai fait la connaissance de Mario Poupart un matin de décembre où je m'attardais devant les Galeries Barberon.
Avec ses fenêtres en aluminium, ses incrustations de faux granit rose et son crépi qui s'égrène un peu plus chaque année, l'édifice de huit étages est d'une surprenante laideur. L'intérieur est tout aussi déconcertant. Une trentaine de petits commerces y ont élu domicile et s'affairent modestement au milieu d'une faune bigarrée de clochards, de pickpockets, de prostituées et de rats gros comme des chats, qu'on appelle rats mutants, bien qu'on n'ait pas encore trouvé en quoi leur génétique les différencie du rat commun.
Ce matin-là, mon attention avait été attirée par la Nativité qui trônait au milieu de la plus grande vitrine. Au lieu de la fausse neige, des fausses pierres et des faux glaçons, on avait opté pour un décor beige tout en aridité, sable et plantes grasses. Trois figurines de cire, copies troublantes des Frères Dalton, avaient trouvé refuge dans une crèche en plastique ocre déposée sur une mer de papier sablé. Joseph était imberbe et bourru (l'un expliquant peut-être l'autre), Marie était anguleuse à souhait et arborait cet air d'ennui qu'ont les enfants forcés d'assister aux noces d'or de leurs grands-parents. Partout, des cactus. Suspendus à des fils de nylon, une demi-douzaine d'angelots obèses surveillaient le petit Dalton avec la convoitise de vautours à la diète.
Pour couronner le tout, on avait collé un carton sur la vitrine :
Père Noël demandé.
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À venir
31 décembre: le club de lecture prend une pause
7 janvier: Serge Bouchard, Les yeux triste de mon camion (Boréal)
14 janvier: Jean-Jacques Pelletier, Bain de sang (Hurtubise)
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