Le livre de la semaine: Question de caractère

Tom Hanks, Question de caractère, Seuil

L’histoire: Questions de caractère regroupe 17 nouvelles écrites par la vedette du grand écran Tom Hanks, qui signe ici un premier livre. L’auteur met de l’avant une galerie de personnages, allant d’un garçon de 10 ans à de (trop) riches hommes d’affaires en passant par un réfugié bulgare et des mères monoparentales. Tous seront en contact avec une machine à écrire à un moment du récit.

L’auteur: Tom Hanks est un acteur, scénariste, réalisateur et producteur américain prolifique. En plus de 35 ans de carrière, on a notamment pu le voir dans près d’une centaine de films, dont Philadelphie, Forrest Gump, Attrape-moi si tu peux, Le Code Da Vinci et Seul au monde. Questions de caractère est son tout premier livre.

D'UN GRAND ENNUI

CRITIQUE / On croirait que Tom Hanks a le don de changer en or tous les projets qu’il entreprend. Or, sa main de Midas atteint sa limite avec Questions de caractère. S’il est un acteur brillant, Hanks s’avère malheureusement un auteur ordinaire. 

Pas que l’Américain soit sans talent devant ses machines à écrire, qu’il met en vedette dans les quelque 17 nouvelles qu’il propose aux lecteurs dans son premier recueil. Au contraire, grâce à sa plume fine et son souci du détail, il parvient à camper ses personnages dans des scènes dignes de ses propres films. Mais au-delà du set up, ses histoires sont dénuées d’intrigue. Ainsi, en dépit des efforts de l’auteur pour donner vie à ses personnages et à leur environnement — presque tous typiquement américains, ça ne lève tout simplement pas.

Pendant près de 400 pages, on passe mollement (et avec la narration de Bernard Fortin, voix française de Hanks, en tête) d’une tranche de vie à l’autre, tout autant de récits anecdotiques qui auraient été un tant soit peu intéressants seulement s’ils avaient été autobiographiques. 

Certes, quelques nouvelles sont divertissantes et nous arrachent un sourire, mais rien pour nous faire ressentir quelconque attachement aux personnages qui cohabitent dans l’imaginaire de l’acteur et dont on renoue avec certains au fil des pages. On ne peut pas non plus enlever à Tom Hanks l’originalité et la diversité des thèmes qu’il aborde dans ses nouvelles.

La déception aurait-elle été moins grande si l’auteur n’avait pas été un comédien chouchou d’Hollywood? La traduction française de l’ouvrage y est-elle pour quelque chose? Peut-être, mais le recueil demeure d’un grand ennui.

On se dira qu’heureusement, l’auteur n’a pas besoin de vendre beaucoup d’exemplaires de son livre pour mettre du pain sur sa table. Nul doute toutefois que sa célébrité fera du bouquin un best-seller chez nos voisins du Sud.

Marie-Ève Martel, La Voix de l'Est ** 1/2

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LA MACHINE TOM HANKS

CRITIQUE / Il y a des livres qu’on referme avec l’envie de cuisiner, de serrer un enfant dans ses bras ou de devenir agent secret. Après Questions de caractère, recueil de nouvelles de Tom Hanks, je me suis mise à rêver d’une bonne vieille machine à écrire.

Je ne savais pas que le célèbre acteur américain collectionne les Remington, Royal, Olympia et Hermes depuis l’enfance. Il a choisi d’en placer une dans chacune des 17 histoires qu’il propose dans ce premier livre.

L’auteur parle des machines à écrire avec passion et précision, leur attribuant ici un rôle de premier plan, là un rôle de soutien ou de figurant. Si bien que le lecteur se prend à guetter l’apparition, à l’espérer, même. 

Avec la filmographie qu’on lui connaît, je me doutais par contre que Tom Hanks avait quelques bonnes idées en tête. Ses histoires brèves sont bien amenées et diversifiées, souvent teintées d’une pointe d’humour. Il navigue entre différents lieux et époques, s’aventurant même dans le futur, ce qui est souvent délicat et pas complètement réussi. 

Le style d’écriture de Hanks varie en fonction du sujet, empruntant à la chronique, au théâtre et — vous l’aurez deviné — au scénario. En bon maniaque de typographie, certains passages ont aussi droit à des polices de caractères particulières, dont il dresse la liste à la fin du bouquin. 

Comme c’est souvent le cas avec ce genre de proposition, seulement quelques histoires se sont imprimées dans ma mémoire. Mais l’auteur a assurément réussi à bien décrire et communiquer les sentiments des nombreux personnages sortis de son imagination. 

La mère monoparentale qui fuit le nouveau voisin avant que vienne le béguin. Le coup de foudre d’un milliardaire pour une jeune femme croisée lors d’un voyage dans le passé. La déception d’un grand enfant de 19 ans qui découvre que son père trompe sa mère. De ça, on s’en rappelle. 

Comme beaucoup de traductions, celle-ci compte son lot de formules maladroites qui agacent. Mais de façon générale, la lecture n’est pas trop gênée. 

Au final, Tom Hanks nous convie à une sympathique platée qui a l’avantage de se déguster par petites bouchées, mais nous laisse en appétit. 

Annie Morin, Le Soleil ***

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EXTRAIT: LA PREMIÈRE PAGE

Trois semaines éreintantes

1er jour

À en croire Anna, il n’existait qu’un seul endroit où dénicher le cadeau approprié pour MDash : le Hangar aux antiquités, davantage brocante permanente que mine de vieux trésors, installé dans l’ancien cinéma Lux. Avant que HBO, Netflix et cent sept autres chaînes de divertissement ne mettent le Lux en faillite, j’ai passé un bon nombre d’heures devant les écrans de ce palace à la splendeur déchue. Aujourd’hui, ce n’est qu’une succession de stands de prétendues antiquités. Anna et moi les avons écumés jusqu’au dernier.

MDash allait obtenir sa naturalisation, événement aussi important pour lui que pour nous. Les grands-parents de Steve Wong ont été naturalisés dans les années quarante. Mon père a échappé aux vulgaires bandits qu’étaient les communistes d’Europe de l’Est dans les années soixante-dix, et, jadis, les ancêtres d’Anna ont traversé l’Atlantique nord à la rame, avec l’idée de piller tout ce qu’il y avait à piller dans le Nouveau Monde. La légende familiale voulait qu’ils aient découvert la fameuse île de Martha’s Vineyard. Mohammed Dayax-Abdo, à son tour, serait bientôt aussi américain que la tarte aux pommes, et nous voulions donc lui offrir un objet ancien, une relique patriotique, marquée par la tradition et l’humour de son nouveau pays. 

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À VENIR

  • 2 décembre: Janette Bertrand, Avec un grand A (Libre Expression)
  • 9 décembre: Nos suggestions pour le temps des Fêtes

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