Le livre de la semaine: L'heure mauve

Michèle Ouimet, L’heure mauve, Boréal

L’histoire: Jacqueline Laflamme, grande reporter à la retraite, s’installe au Bel Âge, une chic résidence pour aînés. Rebelle de nature, elle a du mal à en respecter les règles. Mais quand la directrice décide d’exclure les personnes démentes des repas et des activités de la résidence, Jacqueline se rebiffe contre cet «apartheid». Exacerbée par les radios et par les médias sociaux, sa révolte prend des proportions insoupçonnées.

L’auteure: Aujourd’hui chroniqueuse, Michèle Ouimet est journaliste à La Presse depuis 1989. Elle est l’une des rares femmes québécoises à avoir couvert les zones de guerre. Son reportage sur les militants islamistes appelés salafistes, réalisé avec sa collègue Agnès Gruda, lui a valu un prix au Concours canadien de journalisme. Michèle Ouimet a publié un premier roman intitulé La promesse.

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LA VIEILLESSE INTERMINABLE

CRITIQUE / L’éternité, c’est long, surtout vers la fin, disait Woody Allen. Après avoir lu L’heure mauve de Michèle Ouimet, on se dit que la vieillesse est encore plus interminable...

Percutant et douloureux? Triste et cinglant? Émouvant et déprimant? Difficile de démêler mes sentiments après avoir avalé — presque d’un trait — les 364 pages du roman. Une diffuse angoisse me reste au fond de la gorge. Et un constat; je ne recommanderai pas le bouquin à mes parents, avides lecteurs.

Pas qu’il soit mal écrit. Au contraire! L’auteure brosse un portrait cru et sans fard de la vieillesse, telle qu’elle est vécue par des résidents du Bel Âge, résidence cossue d’Outremont.

Le premier tiers du livre est démoralisant au possible. On y suit le quotidien morne de Jacqueline, grande reporter retraitée, de Georges, l’universitaire aux mille maîtresses, de la veuve Françoise, du vieux juge Pierre et des autres.

Les vieux accumulent les frustrations, ruminent leurs colères. Les bien-portants aimeraient fermer les yeux sur les «atteints», leurs voisins du deuxiè-me étage qui perdent rapidement leurs facultés mentales et physiques.

Les petits moments de douceur viennent des préposés aux bénéficiaires, Maxime et Charlotte, qui prennent soin de leurs vieux avec humour et tendresse. L’hommage fait à ces travailleurs souvent oubliés dans le système de santé est touchant et senti.

Pour nous faire bien comprendre ses héros en fin de vie, l’auteure émaille son récit de retour en arrière décrivant la vie passée de chacun d’entre eux. L’écriture de Michèle Ouimet, quasi cinématographique, est à son meilleur dans ces chapitres.

Un roman pertinent, donc, et hautement d’actualité avec tous les défis du vieillissement de la population. Mais L’heure mauve brasse allégrement toutes nos peurs de vieillir et nos inquiétudes face au futur. Un cœur averti en vaut deux.

Isabelle Mathieu, Le Soleil  ***1/2

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EN CONTRÉE INHOSPITALIÈRE

CRITIQUE / Dans son dernier roman, la journaliste Michèle Ouimet nous convie dans une contrée inhospitalière : une résidence pour personnes âgées. 

Les proches aidants qui entameront cette lecture auront deux réactions possibles : l’urgence de continuer, car ils se reconnaissent dans les situations et les personnages; ou l’envie de balancer le livre par la fenêtre parce que leur réalité est déjà assez pénible comme ça.

«Une résidence de morts en sursis», c’est en ces mots que Jacqueline, 72 ans, décrit le Bel Âge, à Outremont, où elle vient d’emménager. Cette journaliste à la retraite a toute sa tête et tout un caractère. Michèle Ouimet fait un portrait très approfondi de cette increvable battante qui carbure à l’action et aux conflits.

La plume est alerte, directe, efficace. Les dialogues sont bien tournés. L’auteure offre de belles images, mais n’en abuse pas. La journaliste n’est jamais loin dans les descriptions, les mots justes, les phrases courtes, sans fioriture.

Et le récit est mené rondement. Au début, le lecteur s’imagine qu’il ne sortira jamais des quatre murs du Bel Âge. Il se trompe. Michèle Ouimet fait des allers-retours entre présent et passé, en nous présentant ses principaux personnages tels qu’ils étaient avant la démence, la maladie, la grande vieillesse, la cruelle fragilité. Ce sont des gens comme vous et moi, qui avaient une carrière et une famille, qui voyageaient, qui se pensaient invulnérables et qui n’avaient aucune idée de ce qui les attendait.

La querelle entre les résidents autonomes et les «atteints» qui sombrent «dans les ténèbres de la démence» devient presque secondaire en regard des péripéties du passé et des moyens pris par Jacqueline pour mener sa croisade contre la directrice du Bel Âge. Son parcours nous éclaire sur ses motivations.

Il y a des moments drôles et quasi burlesques, des passages touchants et tristes, du désespoir et de la lumière, des trahisons et des alliances dans ce roman qui aborde de front le mystère et le drame du grand âge.

Michèle LaFerrière, Le Soleil  ****

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EXTRAIT: LA PREMIÈRE PAGE

Jacqueline descend du taxi et prend sa valise que le chauffeur lui tend, celle qui l’a accompagnée dans ses voyages autour du monde. Le cuir est élimé, les roues protestent quand elle tire sur la poignée et la fermeture éclair bâille.

Elle y tient, à sa valise, vestige de son ancienne vie, celle où elle était la grande reporter Jacqueline Laflamme, avant le cancer, avant la peur de mourir.

Elle remercie le chauffeur et lui glisse un généreux pourboire. Le cœur battant, elle pousse la porte du Bel Âge, une résidence pour personnes âgées, en se promettant de ne pas chialer. À soixante-douze ans, elle se lance, inquiète, dans une nouvelle étape de sa vie. La dernière? Elle préfère ne pas y penser.

Ses meubles sont arrivés hier. Elle a fait un saut à la résidence afin de s’assurer que tout était prêt dans son minuscule deux et demie au loyer astronomique de 5000 dollars par mois. Elle a passé une dernière nuit dans sa maison, un huit pièces avec deux salles de bain, qu’elle a vendue à un couple de professionnels sans enfants. Elle a dormi d’un sommeil agité, ressassant sa décision de s’enterrer dans une résidence de vieux. Elle a toujours détesté le milieu de la nuit, ces heures en dehors du temps, sombres, oppressantes. Aux premières lueurs de l’aube, elle a avalé un somnifère. Elle s’est réveillée quelques heures plus tard avec une tête d’enterrement et une humeur exécrable.

À VENIR

  • 25 novembre: Tom Hanks, Questions de caractère (Seuil)
  • 2 décembre: Janette Bertrand, Avec un grand A (Libre Expression)
  • 9 décembre: Nos suggestions pour le temps des Fêtes

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